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ENTRETIEN AVEC AUBIN FELIGBE À PROPOS DE SON PREMIER LIVRE : « J’ai observé comme un spectateur innocent la société au sein de laquelle j’évolue »

 Comédien – conteur, Aubin Féligbé jeune écrivain, est l’un des fondateurs de la compagnie estudiantine ‘’27 mars théâtre‘’. Il est un conservateur et défenseur des valeurs culturelles du Bénin et de l’Afrique. Dans cette interview, il parle de son premier livre, intitulé « À qui la faute? » Suivi de « La toilette », un recueil  de nouvelles paru aux éditions savane…

Pourquoi avoir choisi la plume pour vous exprimer ?

Vous savez bien qu’un spectacle de conte, de théâtre se produit sur scène, et ce, face à un public invité. Ils vont suivre le spectacle et une fois rentrer chez eux, ils feront le point aux autres. Mais, combien de personnes font réellement le déplacement pour suivre des spectacles ? Mais, par le biais de l’écriture, même en restant dans un coin, du fond de leur chambre ou encore dans leur lit, ils  peuvent  prendre votre ouvrage  et le lire en vue de s’éduquer et s’informer. Donc, même étant caché derrière sa plume on peut dire très haut ce que les autres pensent très bas.

Le titre de votre premier ouvrage tient-il lieu au hasard ou d’un choix esthétique?

J’ai observé comme un spectateur innocent  la société au sein de laquelle j’évolue. J’ai constaté à travers mes voyages que les enfants sont de plus en plus négligés. Dans une société capitaliste comme la nôtre nous sommes beaucoup plus portés vers la recherche de l’argent. Nous sommes tout le temps en train de courir pour construire à notre progéniture un avenir radieux à un point où parfois on en vient à négliger l’éducation de celle-ci. Il y a des parents qui n’ont même plus le temps de discuter avec leurs enfants, de jouer avec les enfants, d’être ne serait-ce que présent pour eux. Et quand nous prenons un enfant à l’âge de l’adolescence, surtout à cette période de sa vie où il a besoin d’être guidé et accompagné, il est livré à lui-même. Malheureusement, il se retrouve sans soutien et est donc obligé de se battre seul. Mais contre quoi se bat-il ? Contre lui-même,  contre les démons de la puberté. Si ce combat n’est pas réussi, il devient un loup pour la société, un délinquant. Donc, c’est ce qui m’a poussé à  attaquer le côté éducatif, à me poser la question de savoir, mais à qui la faute? À qui la faute, si l’éducation d’un enfant est déchue ? À qui la faute si d’autres enfants ne réussissent pas ?  À qui la faute si certains d’entre eux meurt comme ça ? Aux parents? À l’enfant lui-même? À la société ? Aux amis du dehors ? À qui réellement la faute ? Je suis dans un besoin pressant de réponse.

En dehors du regard sur la société et sur l’éducation, quelles sont les autres thématiques que vous abordez ?

Pour m’appesantir sur ‘’A qui la faute ?’’,  en jetant un regard panoramique sur la société il y a d’autres choses qui m’ont marqué. Je me demande souvent, qui sommes-nous ? Même les écrivains béninois sont obligés d’écrire dans une langue étrangère. Et là maintenant nous essayons de faire un brassage, de faire transparaître notre culture, de la faire onduler à travers la culture étrangère. Nous la faisons transparaître progressivement dans ce qu’on nous a imposé. J’ai constaté ce phénomène dans le bas de la société. Et cela a été introduit par la colonisation à coups de bâton. Aujourd’hui, les gens trouvent que c’est quand ils sont en en veste – cravate qu’ils sont des intellectuels, qu’ils sont beaux, ou encore qu’ils sont élégants. Et bien, c’est un problème. Les gens pensent que c’est en faisant dos à leur culture qu’ils vont se développer. Il y a des gens qui ne mangent plus de leur mets, les “Agbéli manwè”,  les “Wokoli”, les “kluiklui”, les “Kowunkada” les “Kèlèkèlè” etc. C’est des mets qui, malheureusement, disparaissent parce que les gens ne veulent plus consommer de chez nous. Tout le monde veut consommer du sandwich, du chawama pour essayer d’imiter les Occidentaux. Moi, j’ai été dans une maison récemment et comme j’aime m’exprimer dans ma langue, j’ai parlé le Fon pour demander à un enfant des nouvelles de sa mère, mais j’ai été choqué de voir que l’enfant ne me comprenais la langue que je lui parlais, mais qu’il pouvait aisément s’exprimer en Français. C’est de la déperdition totale. C’est grave!  Si  nous ne nous battons pas  pour nos langues, personne ne le fera à notre place. “Mi do nan do gbé miton lè”. (Nous devons parler nos langues). Si tu es Dendi, manipule bien ta langue. Si tu es d’Aja, tu devras parler Ajagbé. Si tu es de Dassa, tu exprimes toi en Idatcha, etc. Nous devons parler nos langues pour les sauver de la perte. Si nos langues disparaissent, à qui la faute ? Dans l’ouvrage, j’ai posé la question. À l’Occident ? Non ! L’Occident prône toujours sa politique de non-ingérence.  À qui la faute ? C’est à nous-mêmes les Africains, car on ne peut pas évoluer sans sa culture. C’est impossible, aucun pays au monde n’est arrivé à se développer sans sa culture. J’ai encore évoqué un autre problème et c’est le problème des feuilletons. Les feuilletons sont devenus un problème social. Combien de fois on a fait des documentaires à la télévision ou montrer comment fabriquer un stylo, un ordinateur, un téléphone? Faire des documentaires pour montrer ces choses à nos enfants afin d’éveiller leurs intelligences. Mais au contraire, on leur apprend comment aimer, tenir des relations amoureuses. On nous endort, donc ce sont tous ces faits ont suscités ‘’A qui la faute ?’’. C’est toute cette colère qui est passée par la plume.

Qu’est-ce qui a motivé « La toilette » ? C’est pour corriger les dérives constatées? Que suggère cette métaphore ?

C’est une métaphore. Il ne s’agit pas de la toilette au sens propre que l’on fait sous la douche. Non ! C’est vraiment psychologique. C’est sur l’esprit parce que tout le temps on nous a dit qu’on était petit, qu’on était inférieur, mais nous avons des valeurs. La preuve, nous avons connu la civilisation avant l’occident. Ils ont essayé de tuer l’histoire, ils ont essayé d’éteindre l’histoire. Mais l’histoire est têtue, l’Afrique demeure le berceau de l’humanité. Et quand l’Afrique va se réveiller, le monde va changer. Pour cela il faut que les dirigeants à divers niveaux se réveillent afin de servir vraiment leur nation. Il faut qu’ils apprennent à dire « non » à l’occident. Sankara a dit non, mais, seul. Ça fait partie des raisons pour lesquelles il n’est plus parmi nous. Il était seul. La toilette s’adresse un peu plus aux dirigeants, à tous ceux qui ont une portion de pouvoir, qui peuvent prendre des décisions graves pour faire remarquer l’Afrique.

Quels sont vos projets pour le futur ?

À l’image de la femme quand elle est parturiente, elle dit : « je n’accoucherai plus jamais » ce à cause des difficultés. Mais elle finit encore par tomber enceinte et ainsi de suite. Donc avec moi c’est le même principe. Malgré les difficultés, on se dit qu’il faut que le premier ne soit pas sans un petit frère. L’Éternel et la muse m’accompagneront et d’ici quelque temps ce qui doit venir viendra.

Pour conclure cet entretien, que direz-vous ?

Un mot à l’endroit de mes camarades de lutte, mes camarades étudiants. Je leur demande de lire pour se cultiver. Lisez et soyez des missionnaires. Lisez et éduquez vos jeunes frères, éduquez vos enfants et la génération à venir.

 

Réalisation : Hervé FADONOUGBO

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