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CALIBETH DE JULIEN MANDE KANSOU : L’amour n’est pas le matériel (Une satire sociale)

Jeune écrivain, Julien Kandé Kansou se fait une place dans la littérature béninoise à travers ses publications. Dans sa pièce de théâtre intitulée Calibeth, le dramaturge pose un regard sur le sort des relations amoureuses entre les jeunes. Avec une plume fascinante, l’auteur présente certes une intrigue entretenue autour de l’amour, mais dénonce aussi les revers de la société. Tout en mettant en symbiose humours, conseils et histoires de vie quotidienne, l’auteur a exposé les riches écrans culturels du Bénin.

« En toute situation, ne laissez pas vos sentiments prendre le déçu de votre raison. Si cela arrivait, vous risqueriez de le regretter toute votre vie durant ». C’est par ce conseil que Julien Kandé Kansou interpelle les amoureux dans sa pièce de théâtre. À en croire l’intrigue présentée dans l’œuvre, la raison devrait contrôler les sentiments, même si le cœur a ses raisons que la raison elle-même ignore. Publiée en 2015 aux éditions ProTic, Calibeth est une pièce de théâtre subdivisée en cinq actes couvrant 100 pages.  Elle relate l’histoire d’un amour brisé entre Ignace et Calibeth, tous deux étudiants. Femme de cœur respirant le matériel, Calibeth présente d’énormes atouts physiques, mais son goût effréné pour le confort lui a abruti l’esprit. En un mot, elle se réclame et se déclare une ‘’femme matérialiste’’. La page 14 de l’œuvre l’illustre bien à travers les questions que, s’adressant à Ignace, Calibeth pose sans vergogne « Pourquoi, Ignace, tu étudies ? Pas pour le bonheur et surtout le matériel ? Peut-on vivre l’amour sans le confort ? Peut-on parler de l’amour sans parler de l’argent ? » Femme à la beauté féérique comme l’illustre l’image sur la première et la quatrième de couverture, Calibeth est belle comme la lune, « mais les yeux du cœur l’amènent à sortir coûte que coûte avec Gabin », un homme plus nanti que Ignace. Elle sacrifie ses sentiments pour laisser dominer sa cupidité, en se faisant amante de Gabin et réussie par les forces mystiques à se marier à ce dernier. Éphémère, ce mariage a été un échec pour Calibeth. Après moult lamentations et regrets, elle a souhaité finalement revenir à Ignace, mais c’était déjà trop tard. Car pour Ignace aussi les choses avaient évolué, il avait enceinté Gloria, une jeune fille avec qui il vivait désormais dans le confort grâce à la place respectable qu’il s’est faite dans la société. Très déçue, Calibeth regrette et se retrouve dans la solitude. Elle tire les leçons de la vie et finit par comprendre que : « c’est la patience qui est le socle du bonheur ».

Pour une valorisation des richesses culturelles…

Calibeth n’est pas qu’une pièce de théâtre relatant les nuages ombrageux du monde sentimental. Assez limpide, la plume de l’auteur puise des richesses de la littérature orale. Étant, l’ensemble des œuvres écrites et orales ayant une marque esthétique, la littérature voit naître Calibeth de Julien Kandé Kansou comme une œuvre de défense de la littérature béninoise, notamment celle de l’aire Mahi. Pour avoir vu le jour à Savalou, l’auteur se sent très jaloux de la valeur de sa culture et n’hésite guère à la faire découvrir dans les lignes de Calibeth. C’est tout d’abord le style de l’auteur empreint d’interférences linguistiques, de calques stylistiques, de représentations langagières, etc. qui lui a permis de mettre le lecteur en face de l’écran de ses propres réalités et identités culturelles. Pour exprimer par exemple l’idée de prudence, l’auteur utilise ce proverbe fon populaire. Il écrit à la page 40 « ENON TAFO NOUKOUN NON SIN ADJIKOUI DJI AZON WEA », pour dire que l’on doit être prudent, car on ne piétine pas deux fois les « testicules » d’un aveugle. C’est pour ainsi dire que dans cette vie lorsqu’on est mordu par un serpent, on craint même le ver de terre, juste par prudence. L’auteur puise également dans sa langue ‘’Mahi’’ l’emploi des termes renvoyant à une représentation langagière. C’est pourquoi, évoquant les mots de politesse d’une belle-fille à sa belle-mère, Gloria, l’épouse d’Ignace s’exprime en ces termes : « j’aime votre enfant et je demande votre bénédiction pour rester du matin jusqu’au soir comme vous êtes restée avec mon beau-père » page 86. Ensuite, sous un autre volet esthétique, la plume de Julien Kandé Kansou fait écouter aux lecteurs des mélodies, notamment les chansons de GBETCHEOU, D’ALLOKPON et autres vedettes de la musique béninoise. L’auteur chante si bien les paroles d’amour de l’un des morceaux de Gbétchéou, un chantre du rythme Tchingounmin dans l’aire Mahi qu’il le cite dans l’œuvre. À la page 34 : « mè yon gan wè non sa gan ha. Yalé nou Gbéto tché sin do oun djè. Fié to nan dé gan yèmin houn. Oun fili wé bo amlon didon golo hansi non. Tché n’oun wxé yé n’nan wa, e mi nan da midé… » pour dire en français accessible que « c’est à celui qui connait la valeur du fer qu’on vend du fer. C’est de ma chérie que j’ai besoin. Elle serait où à pareille heure maintenant? Je me suis souvenu de toi et mes yeux ont refusé le sommeil. Ce que je veux, je dois le faire, on se mariera… » Tout comme GBETCHEOU, ALLOKPON et autres chantres représentés dans l’œuvre par l’auteur, les artistes de la musique moderne y sont aussi présents. Calibeth est une pièce de théâtre qui s’est inspirée des faits quotidiens. Certes l’auteur affirme avoir eu l’inspiration après une déception amoureuse et s’est vu emprisonner par sa muse, mais Ignace n’est pas Julien. C’est là que réside toute la force de l’imagination et de la fiction.

Hervé Dossou FADONOUGBO

Le Héraut
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