Crise à l’université d’Abomey-Calavi : Le gouvernement nomme les doyens et directeurs, les syndicats enseignants disent non !
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CRISE DANS LES UNB AUTOUR DE LA DÉCISION DE SUSPENSION DE L’ÉLECTION DES RECTEURS ET ASSIMILE : Esaïe Gandonou, SG SYNES, persiste et signe : « Nous sommes sûrs que sur cette question des élections, le Chef de l’État est très mal conseillé. À travers nos actions, il va comprendre un certain nombre de choses. »

Depuis septembre 2018, un malaise couvait dans les universités béninoises. A l’origine, le décret n° 2018-441 du 20 septembre 2018 portant mesures transitoires à la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance des universités publiques du Bénin. Foncièrement contre le retrait de cet acquis vieux de plus de 30 ans, les enseignants du supérieur n’ont cessé de marteler leur désaccord. Le 21 janvier passé, une goutte d’eau a fait déborder le vase et obliger et la manifestation publique. Dans une interview exclusive, Esaïe Gandonou, Secrétaire générale du Syndicat National des Enseignants du Supérieur nous parle de la situation.

 Le Héraut : Parlez-nous de la décision du gouvernement portant suspension des élections dans les UNB ?

C’est une situation très regrettable. Je commence d’emblée en disant que les nominations ne vont pas nous faire avancer. Et par rapport, au niveau de l’intersyndicale, nous pensons que le chef de l’état n’est pas suffisamment informé. Entre temps, nous avions observé une période de réserve. C’est ce qui explique qu’il n’y a pas eu d’agitations depuis que la décision a été prise. Mais, il y a quelques jours, la situation a pris une autre tournure. Nous vous remercions d’ailleurs de nous permettre de clarifier un peu les choses afin de permettre au Chef de l’État de prendre les décisions qu’il faut pour que cette situation de crise s’éteigne pour que le travail reprenne dans la sérénité avec nos étudiants parce que la formation à l’Université est un peu une œuvre délicate. Les actions que nous sommes en train de mener dernière visent à informer le Chef de l’État. Nous aurons un résultat, il va nous écouter et la décision de suspension sera retirée et les élections vont être organisées.    Je vous explique un peu la situation. Pour l’esprit un universitaire, ce qui s’est passé n’est pas bien, car à l’université, c’est la méthode qui importe le plus. Le 24 juin passé, un courrier du ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique fixant la date des élections des chefs d’établissement nous est parvenu. En effet, les élections devraient avoir lieu le 16 novembre 2018. En prélude à ces élections, les hostilités avaient déjà démarré, donc, la précampagne et les concertations avaient déjà commencé. Pour repréciser les choses, madame la ministre a, le 19 septembre 2018, encore signé un arrêté portant organisation des élections. Ceci parce qu’à la fin de chaque mandat, il a toujours un nouvel arrêté. Avec ceci, la ministre autorise les préparatifs. C’est dans cette logique et en respect de la norme que nous étions en train de mettre en place la commission universitaire pour les élections quand, contre toute attente, courant fin octobre, nous découvrons sur les réseaux sociaux un décret qui non seulement n’a pas été transmis par les voies administratives, mais qui stipule que les élections sont suspendues. Par curiosité, nous avons téléchargé et récupéré le décret et grande a été la surprise quand nous avons constaté que ledit décret date de 20 septembre 2018. Contraste : le document qui nous autorise à enclencher le processus date du 19 septembre. À l’analyse, le même gouvernement sort deux décisions contradictoires en 24 h. S’il fallait prendre les choses à leur mesure, cela seul suffit pour qu’il n’y ait plus d’activité dans les universités nationales du Bénin. Mais nous nous sommes refusé de procéder ainsi. Nous nous sommes promis de comprendre cette anomalie, car ce peut faire objet d’un sujet de recherche de master (sarcasme). Nous avons donc voulu comprendre. Dans ce processus, nous avons rencontré le ministre qui nous a cité un certain nombre de raisons. C’est là que les universitaires ont remarqué un cafouillage. Selon le décret du 20 septembre, décret signé par le président, notre ministre a introduit une communication au cours du conseil des  ministres du 19 septembre. C’est sur la base de cette communication que le chef de l’État par décret a suspendu les élections. Il a alors été décidé que les chefs qui dirigent actuellement nos entités restent en place jusqu’à ce que le Conseil National de l’Éducation indique le mode de désignation. Remarquez que c’est le même 19 septembre que la même ministre a pris un arrêté pour lancer le processus des élections. Poussés par la volonté de garantir un climat de paix, après avoir écouté le ministre, nous lui avons demandé de faire de son possible pour que le CNE accélère ses travaux parce que nous ne pouvons pas admettre que ces suspensions se prolongent sur un long délai. Par rapport à cela, Mme la ministre nous a dit que, sauf force majeure, elle pense que tout sera déjà réglé déjà jusqu’à fin mars et que nous serons tous au ministère (gouvernement et enseignants du supérieur) pour discuter de la formule pour choisir nos chefs en nos responsables. Nous étions à ce point des discussions quand nous avons appris, le 21 janvier passé, que des collègues ont été contactés pour être nommés. L’information est sortie au cours d’une entre certains responsables syndicaux et nous. Nous avons fait nos enquêtes et il se fait que c’est la vérité. Portant, le décret à bien signifié qu’il faudra attendre la décision du CNE afin d’être fixé sur le mode de nomination. Voilà une deuxième faille (la première c’était l’incohérence dans les dates de prise de décision). Avec l’allure que les choses ont prise, c’est là que nos actions ont peut-être servi, les nominations auraient déjà été faites. Cela veut dire que le chef d’État prend un décret et lui-même le viole. L’esprit universitaire n’accepte pas cela. Voilà là où nous en sommes.

 

Vous aviez organisé une assemblée générale extraordinaire le mercredi 23 janvier 2019 pour discuter de la question. Qu’en est-il ressorti ?

Il faut d’abord savoir qu’avant cette grande rencontre, nous avions tenu des réunions pour sensibiliser les collègues enseignants. À la rencontre donc, nous avons en premier temps décidé de continuer à informer. Informer pour que le Chef de l’État comprenne que ça ne va pas et que nous voulons le rencontrer. L’autre chose, c’est que nous pensons que la situation risque de s’enliser. À cette allure, ça va perturber les activités académiques. Nous avons suffisamment attendu. Ainsi, nous allons donner au gouvernement un délai d’un mois pour organiser les élections. Si au-delà de ce mois, les élections ne sont pas organisées là, la situation risque de se compliquer. Moi, je ne souhaite pas une complication. Ce qui me préoccupe à l’université pour le moment c’est de contribuer à la formation de la jeunesse, de la relève pour que le pays grandisse. Donc, pour aller vite, pour que les choses ne s’enlisent pas, ils ont ce délai d’un mois. J’annonce aussi qu’un sit-in sera organisé. Ce ne sera pas une marche, nous allons rester dans l’enceinte de notre ministère, l’espace qu’on a attribué à l’enseignement supérieur pour abriter ses locaux. Tous les enseignants du supérieur vont rester dans cette enceinte. Au cours de ce sit-in, une déclaration sera faite, toujours dans le but d’informer le chef de l’État. Voilà l’essentiel des actions retenues à la dernière AG tenue le 23 janvier 2019.

Dites-nous, le gouvernement ne dispose-t-il pas des prérogatives pour décider de comment doit se faire la désignation des responsables et de qui doit être responsable dans les universités ?

C’est une question pertinente et pour vous répondre, je vais vous renvoyer à la déclaration de KANPALA sur la liberté académique et à la déclaration de Dar es-Salaam. Je vous enverrai également à la recommandation de l’UNESCO de 1997 sur la condition de l’enseignement. Justement, dans cette recommandation, on précise comment les activités académiques sont organisées au niveau supérieur. Il y est dit que les enseignants du supérieur doivent organiser leur affaire de manière autonome. C’est une garantie de la qualité de la formation. La politique ne doit pas chercher à s’ingérer dans les affaires académiques quotidiennes. C’est clairement dit et l’Etat Béninois y a adhéré. Nous sommes membres à part entière de l’UNESCO. Il est vrai que la politique globale de l’enseignement supérieur en plus de la politique de financement relève du gouvernement. Nous sommes d’accord. Mais que met-on dans politique globale de l’enseignement supérieur ? Il s’agit seulement des grands axes, il n’est nullement question des affaires académiques courantes. Quand on parle de grands axes, on parle de la vision du pays à travers l’enseignement supérieur. Une fois cela défini, les enseignants s’occuper du reste. À travers la recherche, la formation ils vont tout faire pour atteindre l’objectif. Il n’est dit nulle part que le gouvernement doit être présent dans la sphère recherche et la sphère académique. En effet, la politique est toute autre chose. La recherche c’est l’enseignement. Ça obéit à deux logiques différentes. Que le gouvernement se préoccupe plutôt de la question de la politique de financement. Vous savez, nous sommes dans un monde de ressource et là, trouver des financements c’est vraiment difficile. Si le gouvernement peut déjà s’occuper de cela, ça va lui prendre tout le temps. À l’université, beaucoup de problèmes sont dus au manque des ressources, de moyens. Ce dont nous avons besoin ce sont des infrastructures, des amphithéâtres dignes du nom dans l’espace universitaire. Le gouvernement doit financer la recherche, le gouvernement doit recruter un nombre suffisant d’enseignants. Tout ceci nécessite un peu de moyens. Que le gouvernement se concentre sur ça que de se mêler des affaires des enseignants. Qui sont ceux qui forment pour la définition de la politique ? Ce sont les enseignants du supérieur. Vous ne pouvez pas élaborer une politique globale de l’enseignement sans les associés. La preuve, pour la mise en place du CNE, vous savez ceux qui sont en train de travailler ? Ce sont encore les enseignants du supérieur. Si vous n’avez pas ce niveau vous ne pouvez pas concevoir. Même la politique globale dont on parle ne peut se faire sans les enseignants. S’ils forcent, ils vont rater la cible puisque ce n’est pas l’affaire de l’administration dans un cabinet. Si vous n’êtes pas convaincu, je vous réfère à la loi portant orientation de l’éducation nationale datant de 2003 et révisé en 2005. Tout y est déjà dit. Nous savons en thème de politique globale ce qui a lieu de faire, ce que nous ne réussissons pas, c’est la politique de financement. Moi je demanderais au gouvernement de consacrer plus de temps à cela.

Ne pensez-vous pas que le gouvernement est dans le souci de veiller sur la politique de financement en décidant de nommer des gens en qui il peut faire confiance ?

La crainte est légitime, mais tout ne s’arrête pas là. Nos entités de formations ne sont pas comme les services de l’administration. Qu’est-ce qu’on fait dans les entités ? On forme et on certifie la formation avec les diplômes. C’est une activité tout à fait particulière. Pour que ça se déroule convenablement il faut des équipes d’enseignements, que les chercheurs travaillent dans de bonnes conditions. Dans le passé, nous avons fait l’expérience des nominations. Ça n’a rien donné de bon. C’est ce qui a amené le président KEREKOU à autoriser les élections. C’était pourtant un régime très autocratique. Depuis 35 ans nous désignons nos responsables. À l’université, le fonctionnement est particulier. Nos textes nous permettent, si nous avons la preuve d’une mauvaise gestion, d’écrire pour destituer les dirigeants. À ce titre, un doyen a été destitué une fois déjà. C’était à la FSA. Il y a encore d’autres moyens pour sanctionner. Nos dirigeants ont un mandat de 3 ans, renouvelable une seule fois. Si le gouvernement constate qu’on peut améliorer le système qui est en place, nous ne sommes pas contre, il faut juste qu’on en discute. Ce n’est pas en nous imposant des gens. À l’Université on ne peut pas accepter certaines choses. Nous sommes passés aux élections depuis 35 ans et ce n’est pas parce qu’on trouve qu’il y a mauvaise gestion qu’il faut retourner aux nominations. Ce n’est pas logique. À l’issu de notre Assemblée Générale du 21 novembre 2018, nous avons conclu qu’il y des motivations obscures. En nous prêtant à une petite analyse, nous fondant sur le raisonnement que le gouvernement mène pour défendre son décret, on se demande si le gouvernement en constatant une mauvaise gestion au niveau des députés, des maires va suspendre les élections. Dans un régime démocratique on ne fonctionne pas comme ça on améliore plutôt le système de contrôle. Nous avons déjà des textes qui prévoient un certain nombre de dispositions en la matière, donc si le gouvernement fait un diagnostic selon lequel le système électoral a besoin d’être amélioré nous sommes prêts à l’accompagné. Mais nous n’allons pas accepter la désignation par nomination parce qu’une telle méthode ne va pas permettre à nos unités d’enseignement et de recherches de fonctionner collégialement. Si par nomination, il est choisi quelqu’un qui légitimement ne mérite pas le poste, comment va-t-il coordonner les activités ? Ça va donner lieu à des contestations.

Quels sont les moyens dont vous disposez pour vous faire entendre ?

Nous sommes convaincus que nous avons déjà été entendus, actuellement, nous ne faisons qu’intensifier notre sensibilisation. Nous ne voulons pas nous lancer dans un bras de fer avec les autorités. Et nous n’avons rien contre de nouvelles réformes, mais nous disons juste au gouvernement de ne pas changer ce qui marche déjà.

Nous n’allons pas en grève tous azimuts à l’université. Notre objectif n’est pas la grève. Le bras de fer avec le gouvernement, ce n’est pas notre objectif. Nous ne sommes pas contre les réformes, mais nous disons au niveau de l’intersyndical que le gouvernement évite de changer ce qui marche. Les élections au Bénin, les élections des responsables universitaires ça marche. En regardant un peu dans le rétroviseur, on peut constater que les élections sont préférables. Les élections doivent rester la norme.

Que pouvez-vous suggérer au gouvernement ?

J’ai suffisamment détaillé et la seule chose que je peux dire c’est que nous demandons au chef de l’État d’entendre notre appel, nos requêtes. Nous l’appelons à une ouverture d’esprit.

Et si le gouvernement ne fait rien pour abroger cette décision portant la suspension des élections, à quoi peut-on s’attendre ?

La cohésion au sein des équipes de recherche et d’enseignement va prendre un coup important et la conséquence, c’est l’accentuation de la mauvaise qualité de la formation de nos apprenants. C’est pourquoi nous, nous attirons l’attention du chef de l’État pour qu’on évite une situation du genre. Tout ce que nous faisons maintenant, c’est accentué la sensibilisation pour que le chef de l’État soit davantage informé et nous, nous sommes sûrs que sur cette question des élections, le Chef de l’État est très mal conseillé. À travers nos actions, il va comprendre un certain nombre de choses. Le dialogue entre la communauté universitaire et lui va s’améliorer et nous sommes sûrs que dans les semaines à venir, il va enclencher le processus de la reprise des élections.

 

 

 

 

Votre mot de la fin ?

Nous voudrions qu’il nous accueille pour qu’on lui explique un certain nombre de choses qui concerne le monde universitaire et la vie académique. Et aussi, la communauté universitaire lui demande de nous rendre visite. Cela fait 3 ans que notre président est élu et il ne nous a pas rendu visite. Quand même ! C’est le lieu qui forme ceux qui travaillent avec lui. La plupart de ceux qui travaillent avec lui sont formés ici.

 

Réalisation : Emmanuel AZINHOU

Le Héraut
Le Héraut
Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.

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