A LA DECOUVERTE DE L’ARBITRAGE VIDEO EN FOOTBALL : Evolution ou dénaturation du jeu ?

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Pour la première fois sur le territoire français, l’arbitrage vidéo «online » a été testé à l’occasion du match amical France-Espagne au Stade de France. Cette opposition du mercredi 26 avril 2017 remportée par la « Roja » sur le score de 2 buts à 0 aurait pu connaitre un tout autre dénouement sans l’intervention des arbitres assistants vidéo. De part son déroulé, il semble être l’illustration concrète de ce à quoi pourrait ressembler le football de demain. Le débat est plus que jamais lancé entre les adeptes d’un tel système et ses détracteurs. Pour les uns, cela sera un plus pour le football mondial, mais d’autres soutiennent carrément le contraire. Qu’en est-il réellement ?

 Comment le système fonctionne t-il logistiquement parlant ?

Au niveau logistique, la configuration est la suivante : un arbitre central, deux arbitres assistants et un quatrième arbitre. Exit donc les arbitres de surface. En dehors du stade, deux assistants vidéo prennent place dans un car équipé en matériel technique et électronique. Ils sont en communication directe et permanente avec l’arbitre central, qui lui, ne peut enclencher le processus d’assistance vidéo dans trois cas de figure précis : la première est le recours à l’assistance vidéo après un but. L’arbitre central peut faire appel aux assistants vidéo pour vérifier que la réalisation n’est entachée d’aucune « infraction » préalable. Cela peut prendre la forme d’un hors-jeu non repéré ou signalé à tort par l’assistant, d’une faute non sanctionnée ou d’un ballon sorti des limites du terrain par exemple. Le deuxième cas où l’appel à la vidéo est possible est celui du pénalty. En cas d’incertitude quant à la véracité de la faute, l’arbitre est susceptible d’y avoir recours. Enfin l’arbitre à la possibilité d’interpeller son assesseur vidéo pour déterminer si un joueur mérite ou non un carton rouge directe ou pour avoir la certitude que le bon joueur a été averti.

Quels sont les arguments des « pro-vidéo » ?

Une semaine après son élection, Gianni Infantino faisait valider par l’International Board de la FIFA le recours à la vidéo. Une « révolution » réclamée par de nombreux observateurs et qui sera vraisemblablement effective lors de la prochaine Coupe du Monde. Le principal argument avancé par ses partisans est celui de l’équité et de la justice. Avec la vidéo, fini les polémiques, fini les erreurs d’arbitrage et la place laissée à l’interprétation humaine. La France-Espagne du mardi 28 mars 2017 ne peut que donner raison aux adeptes de ce moyen technologique. L’ouverture du score de Griezmann a été justement annulée après analyse. De même, le but du joueur de l’AC Milan Deulofeu a été refusé avant d’être validé suite à la consultation vidéo. Pour le cas du hors-jeu, la vidéo vient donc compléter et apporter une aide indéniable au travail des arbitres assistants et permet d’éviter des erreurs de jugement majeures. Les innombrables critiques qui pleuvent sur le corps arbitral tendraient donc à disparaitre avec la vidéo, au même titre que les tricheries de certains joueurs. On pense ici aux simulations, considérées comme la gangrène de ce sport.

Qu’en est-il de ceux des opposants ?

Les critiques pleuvent sur l’instauration de l’arbitrage vidéo et de nombreuses voix s’élèvent dans  « l’opposition ». Contrairement  à la Goal Line Technology, dont l’interprétation ne prête à aucune discussion, la balle est rentrée ou non, les situations où la vidéo intervient sont soumises aux jugements de personnes physiques et donc entièrement subjectives. Même après consultation de plusieurs ralentis, les assistants vidéo de l’arbitre devront prendre une décision, qui ne sera peut-être pas partagée par tous. L’instauration de cette technologie est donc vaine, en tout cas du point de vue des détracteurs, car elle ne peut mettre fin à l’interprétation humaine. Un deuxième point soulevé est celui de la dénaturation du jeu. Avec la vidéo, le football perd en spontanéité et les émotions se voient bouleversées. Cet argument est difficilement réfutable au vue de la situation ubuesque à laquelle on a assisté au Stade de France : Griezmann, bien servi par Layvin Kurzawa, a vu sa 16e réalisation sous le maillot des Blues lui être retirée suite à l’utilisation de la vidéo. Dans les faits, rien de discutable, le latéral du PSG se trouvait effectivement en hors-jeu au moment de la passe. Mais le problème est que le protégé de Simeone a eu le temps de célébrer son but avec ses coéquipiers, de communier avec le public et même de se replacer dans sa moitié de terrain avant que le but ne soit invalidé. Idem sur le second but espagnol, où les joueurs de la Roja ont dû patienter près d’une minute avant de pouvoir le fêter. Les adversaires de la vidéo se rejoignent sur un autre argument : celui de l’erreur humaine. Pour beaucoup, elle fait partie intégrante du football. L’histoire a prouvé que les mauvaises interprétations arbitrales ont contribué à la légende de ce sport. Avec la vidéo, qu’en est-il de la « Main de Dieu » de Maradona en 1986 ? Ou encore de Thierry Henry face à l’Irlande ? La beauté et l’aspect naturel seraient aussi largement remis en question.

COMMENT FONCTIONNE LES AUTRES SPORT ?

La vidéo s’est déjà installée dans les réglementations de nombreux sports collectifs parmi lesquels on retrouve le rugby à XIII et à XV, le football américain et canadien, le baseball ainsi que le hockey sur glace et sur gazon. L’escrime, le squash, le tennis et le judo pour les sports individuels. L’arbitrage vidéo est instauré en rugby depuis 2001 pour les compétitions internationales et 2006 pour le Top 14. L’arbitrage vidéo est un officiel appelé TMO (Television Match Official). Le football américain, lui, a connu l’arbitrage vidéo de 1986 à 1992 puis de 1999 à nos jours. Les arbitres renvoient l’action sur un moniteur puis, équipés de micro connectés au système de son du stade, rendent leur décision publiquement. Voté en 1986 et lancé durant les play-offs cette même année, l’arbitrage vidéo en football américain est à des années de lumière car les polémiques n’existent quasiment plus.

Le Président de la FIFA, Gianni Infantino, se retrouve donc face à un défi de taille : ajouter la vidéo sans nuire à la fluidité.

 

 

Josué YEDE



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