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ADÉQUATION FORMATION — BESOIN DU MARCHE : Le défi à relever pour un développement durable

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Alors que de réels domaines restent à investir pour assurer la stabilité et accélérer le développement du Bénin, les enseignements dispensés aux élèves et étudiants contrastent à bien d’égards aux exigences du marché et aux besoins réels du pays. Du coup, les curricula de formation portent à équivoque et méritent de véritables réaménagements afin de rendre utile au pays, les cadres qu’on y forme.

Face à la réalité du monde de l’emploi au Bénin, la priorité s’avère beaucoup plus de se faire embaucher quelque part que d’officier dans son domaine de formation. Ceci est même la chose la mieux partagée, car, d’un secteur d’activité à l’autre, le malaise est partagé. Si cette manière de faire est porteuse d’énormes conséquences, les uns et les autres tentent de justifier. Pour certains, le problème est au niveau de la jeunesse qui manque de vision. La plupart des jeunes vont se faire former pour la forme et sans aucun souci de leur avenir professionnel. Pour d’autres, les métiers ou secteurs porteurs sont pratiquement désertés par les jeunes au profit de la facilité. Titulaire d’une licence en Sociologie-anthropologie, Honoré GBEHOU donne des cours d’histoire et de géographie dans un collège de la place. En effet, il n’est ni enseignant encore moins pédagogue de formation.

Pire, il n’a jamais suivi une demi-journée de cours dans un quelconque département ou faculté de géographie ou d’histoire. Il se contente du coup de ses cultures et recherches personnelles, des formations de recyclage et de guides didactiques mis à sa disposition, toute chose qui lui permet de s’acclimater. Il confie même avoir été recruté avec ce qualificatif pour l’enseignement de l’histoire et de la géographie avant de s’inscrire pour un diplôme professionnel à l’École normale supérieure. Il en est de même pour sa collègue RofiathTayé qui au terme d’une licence en science agronomique, s’adonne à l’enseignement des sciences de vie et de la terre. C’est en effet un malaise qui affecte le secteur éducatif dont la sensibilité préoccupe désormais de moins en moins. Il n’est pourtant pas le seul à être en proie à la situation.

Tandis que les écoles de journalisme affluent au Bénin par exemple, la majorité de ceux qui exercent le métier est très peu professionnelle et n’y va souvent que pour tromper le chômage. Ce dont les patrons s’accommodent sans gêne. À les en croire, un professionnel n’est pas synonyme de bon rendement, mais coûte sans nul doute très cher. Pour James Badou par exemple, l’essentiel, c’est la passion que nourrit l’intéressé pour son travail qui importe sans oublier son rendement. Et c’est justement sur ce dernier point que les violons s’opposent à l’accord. Selon Innocent Hounsa, en service à la direction technique de la société des ciments du Bénin SCB-Lafarge, les produits issus d’une formation sur le tas se démerdent mieux que les technocrates. À se référer à ses dires, « les ouvriers sont mieux par rapport aux technocrates. Fait-il remarquer avant de poursuivre “Peut-être ‘’ ayant été formé sur le tas et étant souvent confronté à de réelles situations, surpasse bien en compétences les technocrates qui ne se limitent qu’à des démonstrations qu’ils tiennent des rares études de cas”. Comme ce dernier, plusieurs chefs d’entreprises et promoteurs d’emploi partagent ce point de vue. Ce qui fait que les étudiants sortis des universités sont abandonnés en raison de la qualité trop théorique des notions y étudiées et ce, au profit d’une main d’œuvre à moindre coup et sans formation professionnelle.

Les raisons qui fondent ce mal

La défaillance au sein du système éducatif béninois alimente d’une part l’inadéquation entre formation et emploi. Ainsi, les facteurs pouvant interpréter une telle réalité sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, on pourrait noter un manque d’orientation et de suivi des étudiants en amont et en aval à leur formation. En effet, le système éducatif béninois offre un enseignement de type général où l’adéquation entre les rêves professionnels, les aptitudes, la création des filières de formation et les exigences du marché de l’emploi ne sont pas prises en compte par les autorités éducatives. C’est dans cet ordre idée que Prince Boris Aké, ancien Président de l’Unseb, observe que les offres de formations n’ont jamais tenu compte du besoin réel exprimé sur le marché de l’emploi pour impacter positivement le processus de développement.

Ensuite une grande majorité des cadres formés dans les universités investissent plus le domaine de la fonction publique au détriment des domaines comme l’agriculture, l’industrie, le commerce et même l’auto entrepreneuriat. Selon un rapport des chiffres de l’Agence Nationale de la Profession et de l’Emploi (ANPE), 90 % des nouveaux diplômés ont une formation de service salarié. On note ainsi une forte concentration dans le fonctionnariat où les autres domaines de formation sont largement délaissés.

De plus, il convient de porter l’attention sur l’aspect selon lequel la formation théorique prend une place de prime au grand dam de la formation pratique dans les établissements privés comme publics. Pour une étudiante titulaire de licence en production et santé animale à l’École polytechnique d’Abomey-Calavi, qui requiert l’anonymat, la formation qu’elle a reçue n’est que théorique. “Une fois ma soutenance faite, j’ai été obligée de faire des stages sur stages avant de pouvoir acquérir la pratique nécessaire pour faire valoir ma compétence dans mon domaine de formation” a-t-elle fini par conclure. La position de Prince Boris Aké vient renchérir le fait dans la mesure où il déclare : “c’est une réalité irréfutable que les gens sont formés pour se faire valoir dans le monde théorique. Quand on jette un regard panoramique sur l’ensemble des formations, on se rend compte qu’elles sont à 85 % basées sur la théorie. Or la plupart des entreprises, sociétés et unités de production recherchent une ressource dotée d’un savoir-faire pratique.”

Toutefois, la situation de l’inadéquation entre formation et besoin du marché est toute autre chose d’après Jean-Louis SOKADJO, directeur de CESTI-BENIN. Il situe plutôt le problème au niveau de l’inadéquation entre les programmes de formation dans les établissements et l’offre sur le marché de l’emploi quand bien même une fois la formation achevée, les formés s’efforcent pour la plupart à s’acclimater aux exigences des emplois pour lesquels ils optent.

Relancer le tir

Par ailleurs, l’inadéquation entre formation et marché de l’emploi participe au développement du chômage qui bat son plein dans le quotidien d’environ 39 % de jeunes. En fait, en vue de ne point se faire une place dans ce fléau social, beaucoup de jeunes, bien que n’étant pas formés dans tel ou tel secteur d’activité, s’y aventurent. Pour preuve, Yves A., diplômé en Cbg à la fast confie : “j’ai fini ma formation avec rien. J’étais obligé de me lancer dans la vacation pour pouvoir subvenir à mes besoins”. Au vu de toutes ces observations, une redynamisation du système éducatif s’impose donc avec l’adoption de nouvelles reformes prenant en compte les demandes sur le marché de l’emploi ainsi que le suivi des jeunes.

A cet effet, d’aucuns suggèrent qu’il faille non seulement réorienter la formation vers l’auto-emploi, mais aussi vers d’autres secteurs tels que l’agroalimentaire et les BTP qui sont des devises pourvoyeurs d’emploi. Pour le directeur de l’Institut universitaire des métiers de l’avenir, “il serait judicieux d’axer les formations sur la pratique avec une orientation professionnelle en misant le plus sur les métiers d’avenir tels que l’entrepreneuriat”. Ainsi, il faudrait aussi que les autorités éducatives accompagnent les jeunes apprenants à travers la vulgarisation des informations disponibles dans le champ de la relation emploi formation tout en faisant la promotion de l’enseignement professionnel. Tout ceci en adéquation avec les demandes sur le marché de l’emploi. L’orientation académique et professionnelle serait bénéfique pour soulager la nation en réveillant le génie créateur de chaque étudiant béninois pour réduire le fort taux de chômage.

Sylvestre DOSSA



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


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