AGRICULTURE ET COVID-19 AU BENIN : La filière ananas sous le coup de la pandémie

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             Champ d’Ananas

Le coronavirus depuis son avènement en novembre 2019 dans la province de Wuhan en Chine, s’est propagé à travers le monde ; entrainant ainsi la paralysie de presque tous les secteurs d’activités. Au Bénin, malgré les mesures de protections prises par le gouvernement pour contrer les pertes en vies humaines, les populations, surtout les acteurs agricoles de filière ananas, ne manquent de subir les affres de cette pandémie. Comment font-ils face à ce fléau pour relever les performances économiques   de la filières ananas au Bénin ?

 

Contribuant à plus de 30 millions € soit environ 20 milliards de FCFA à l’économie nationale, la filière ananas est l’une des filières phares à plusieurs chaines de valeur au Bénin. Des producteurs aux transformateurs, en passant par les commerçants, cette filière agricole connait depuis 2016, avec la vision du gouvernement de la rupture, une certaine croissance exponentielle au fil des années. Ceci, grâce à une stratégie qui combine l’approche territoire et l’approche filière, dans des Pôles de Développement Agricole pour la valorisation des potentialités locales.

Selon le rapport de l’Union Européenne de Mars 2020, la production de l’ananas est passé de 316 000 tonnes en 2014 à 345 000 tonnes depuis 2017. Cette performance a été une réalité grâce au   Programme National de Développement de la Filière Ananas (PNDFA) ; et au dynamisme des producteurs du fruit ananas qui ne manquent pas de s’investir pour ‘’ la bonne santé de la filière.’’

En ce qui concerne le marché d’écoulement, le Nigéria absorbe près de 50% de la production totale, d’après le même rapport de l’Union Européenne; les marchés régionaux hors Nigeria (22%) ; le marché local (26%) et les exportations en direction de l’Union Européenne et le moyen orient (2%). Le prix de la tonne varie de 45.000 à 60.000 FCFA chez les producteurs encadrés conventionnels et ceux isolés conventionnels ; et de 80 à 95.000 au niveau des producteurs exportateurs.

Néanmoins depuis l’avènement de la COVID-19 occasionnant la fermeture des frontières avec les pays de la sous-région, potentiels marché de consommation de ces fruits, la filière ananas ne cesse de sombrer de plus en plus. Les grands perdants étant les producteurs.

Les grandes victimes de la COVID-19 dans la filière ananas.

                      Tas de Fruits d’Ananas récoltés à Zê

De la commune d’Allada à Glo-djigbé en passant par la commune de Zê, le constat est le même. Si la production de l’ananas a été abondante pour favoriser une bonne rentabilité, le marché d’écoulement de ces fruits  a fait défaut pour raison de la Covid-19.

Nicolas AVOSSE, producteur isolé conventionnel dans la commune d’Allada déplore la situation et affirme : « nos ananas sont aujourd’hui en grande quantité parterre et c’est devenu très moins chère faute de marché découlement ».

De 60.000f la tonne, le prix de l’ananas a  considérablement chuté.  La situation dégrade du mal en pire selon certains producteurs.

Un producteur confesse qu’au pire des cas, il est même tenté de céder le produit à trente mille francs 30.000 FCFA la tonne, en raison des pertes de fruits pourris enregistrées, une fois que le temps de murissement est dépassé. C’est la précarité qui fait aussi le quotidien du jeune producteur Éric dans la localité de Zê. Il atteste que le prix d’une bâchée d’ananas coûtait    230.000 FCFA, voire 240.000 f pour les producteurs isolés, mais de nos jours cette quantité de productions ne   s’achète qu’entre 100 à 150.000 FCFA.

Une situation qui constitue un manque à gagner pour les producteurs. Même si le phénomène semble moindre chez les producteurs conventionnels encadrés, il n’en demeure pas non plus très reluisant ; le marché local étant saturer.  Ceux-ci, étant d’avance financés pour la production par des structures spécialisées avec un encadrement technique à l’appui, les prix de vente souvent fixés à 50.000f la tonne, semblent encore être marchandés.

                      Transport d’Ananas vers les marchés

Du rang des commerçants, et les transformatrices locales de l’ananas au Bénin, les affres sont aussi énormes avec le taux élevé de pourriture des produits enregistrés à force d’être stocker sur de longues périodes.

C’est ce que témoigne dame Gnancadja vendeuse et productrice de jus d’ananas à Abomey-Calavi. « Ces ananas sont achetés sur le marché de zê au prix de 50.000f la voiture de cinq places, mais comme vous le voyez, beaucoup se gâtent déjà »  a-t-elle déclaré.

Il en est de même au niveau des semi-industrielles qui ont vu leur chiffre d’affaire réduit considérablement. Nathalie OSSE, comptable à ISMAST TRADING SELF une unité de production de jus d’ananas, estime cette chute à près de 50% de leur revenu. Mais face à toutes ces menaces de la COVID-19, comment s’en sortent ces acteurs de la filière ananas ?

Moyens de résilience et perspectives

Si les producteurs conventionnels d’ananas semblent impuissants face aux différentes conséquences de la pandémie, il faut noter que ceux-ci, lasés de la crise ne savent plus à quel Saint se vouer pour s’en sortir. Ces derniers se donnent ainsi à cœur joie à la débrouillardise. « Ce que nous vivons aujourd’hui nous dépasse, mais on fait avec.

 

                   Unité de transformation de jus d’ananas

Par la grâce de Dieu ça ira » a confié Dieudonné, la cinquantaine, producteur d’ananas à Da-Gléta dans la commune d’Allada. « Le problème ne se situant pas au niveau de la culture des fruits, mais beaucoup plus au niveau de la commercialisation, on essaie de trouver des acheteurs pour le leur liquider » a-t-il ajouté.

Du coté des commençants et semi-industriels, l’heure est à la réglementation des achats du fruits afin de limiter les cas de pourritures massives.

Il importe donc tel que le suggère les acteurs à divers niveaux, que les autorités gouvernementales prennent les dispositions idoines, favorables à la réouverture des frontières en vue de la redynamisation de la filière ananas au Bénin.

 

Sèna Serge ADJAKOU

 

 

 

 

 

 



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