Femme barbecue

APPARITION DE BARBES CHEZ LES FEMMES : Un état physiologique vecteur de stigmatisation

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Dans le commun des mortels, certaines femmes portent, indépendamment de leur volonté, des barbes à l’instar des hommes. Un aspect physiologique qui les expose à certains maux de la société dans laquelle elles vivent. Ce qui fait qu’elles sont sujettes de certaines considérations péjoratives de la part de leur communauté existentielle. Voyage dans l’univers de ces femmes hors du commun.

Il est communément admis que, l’homme – la gent masculine – est le seul à porter des barbes. Mais il s’avère que tout comme les hommes, certaines femmes créées l’exception à la règle. Ce, avec la même intensité ou du moins la même densité chez les hommes. Cela fait qu’elles sont comparables aux hommes en des points. Aujourd’hui, cet état de chose, qui contreviendrait à la normalité selon certaines appréhensions collectives, suscite des considérations péjoratives de la part des communautés dans lesquelles elles vivent. Déjà, plusieurs raisons justifient la présence des barbes chez des femmes reconnues dans la mémoire collective comme des êtres à allure délicate. Le médecin généraliste Dieu-donné Ayenode explique: « L’hormone androgène LH est responsable de l’apparition des poils et des barbes ». A se référer à ses explications, les barbes, en effet, constituent l’un des caractères sexuels secondaires de la puberté dont l’hormone responsable est androgène LH. Donc, il est loisible de déduire que la femme porte des barbes et des poils contre son gré. Il faut, toutefois, faire remarquer que dans la vie active, leur physique donnant l’impression d’être en posture masculine n’arrache rien à leur beauté féminine et ne les empêche guère d’être aimables envers les uns et les autres. En témoigne les propos de dame HOUESSOU, gestionnaire d’une boutique de divers lorsqu’elle affirme avoir connu une femme porteuse de barbes avec qui elle a vécu des années durant et qui a précédemment rendu l’âme, mais dont les souvenirs demeurent frais dans son esprit. « Elle est géante, on dirait un homme mais très souriante. Elle fait des amis partout où elle va et surtout, ce sont ses barbes qui sont remarquables en la voyant, puisqu’elle les a laissées emmêlées au profit de sa beauté » témoigne-t-elle.

Des superstitions !

Se présentant ainsi par le sort des choses, les femmes barbues sont mal loties par les sociétés dans lesquelles elles sont appelées à vivre. En d’autres termes, elles sont étiquetées de porteuse de malheur ainsi que de nombreux qualificatifs du même acabit qui leur sont, tout le temps, accolés. Pour Médard Tchegnon, garagiste-auto à Cotonou, ces femmes sont susceptibles d’être hantées et peuvent porter facilement malheur. Pour aller loin dans ces propos, il explique : « Si tu te maries avec elles, elles deviennent vite sorcières et chaque fois quand vous faites d’enfants, ils ne vont jamais survivre et par finir, le marie meurt avant elles. C’est ce que les sages de ma famille nous disent d’elles. L’expérience que moi-même j’ai connue d’elles, c’est qu’elles sont capables de battre à tout moment leur mari ». Tous ces mauvais regards portés sur elles laissent transparaître qu’elles sont objet de méfiance, de crainte et de mépris. Cependant, malgré cette atmosphère de vives souffrances morales dans laquelle elles vivent au quotidien, il n’en demeure pas moins vrai que certaines d’entre elles se montrent indifférentes. C’est le cas de Madina Affo qui a révélé avoir été souvent victime du mauvais regard que son entourage porte sur elle mais qu’elle fait l’effort d’ignorer. Les gens, dit-elle, « me traitent de tout. Je le sais, pourtant je me tais puisque je ne le suis pas. Les gens disent que je ne peux que passer d’homme en homme, que si je me marie, il va chaque fois mourir et que je ne peux pas avoir d’enfants. Mais comme ils ne sont pas mon Dieu, je suis toujours avec le seul homme à qui j’ai fait trois enfants sachant que ma fille aînée à 22 ans ». Néanmoins, du point de vue des spécialités, le phénomène n’est pas sans exempte de dégâts cliniques dans tous les cas. A propos, certaines femmes porteuses de barbes ont des difficultés relatives à la conception. C’est ce que confirme le médecin généraliste Dieu-donné Ayénodé en clarifiant: « Les femmes porteuses de barbes ont souvent des problèmes de conception. Quand l’androgène domine les hormones permettant l’ovulation comme l’œstrogène, le processus d’ovulation est embrouillé et les follicules ne parviennent pas à la maturation pour libérer l’ovule, à mi-parcours des sacs pluri kystiques qui sont formés ». Par ailleurs, le médecin explique qu’autre que la difficulté à concevoir, elles sont aussi confrontées à des problèmes de fausses couches ainsi que des problèmes kystiques.

Des soutiens moraux suggérés

Les femmes porteuses de barbes ont besoin du soutien moral de ceux qui vivent autour d’elles et ont droit à la même affection accordée aux autres femmes. Autrement, ce serait jeter un mauvais sort sur elles selon Sodji Dohou, spécialiste des questions de la spiritualité. « Ceux qui voient mal les femmes qui portent les barbes, on ne sait pas dans quel état ils sont, ni l’esprit qui les habite. Ce faisant en des temps mauvais, ils peuvent jeter un mauvais sort à ces femmes afin de faire croire au public qu’elle sont réellement porteuses de malheurs » a-t-il déclaré. Le fait de porter de mauvais regard sur elle, constitue un frein, un obstacle à leur épanouissement, leur émancipation, ou leur développement et par ricochet le développement de la société. C’est ce que confirme le sociologue Denis Hodonou qui estime que ces diverses appréhensions de la société sur ces femmes constituent un obstacle aux capacités qu’elles peuvent développer pour l’évolution de la société. Et c’est pour ne pas ne venir là que, Dieu-donné Ayénodé suggère qu’elles soient suivies régulièrement à l’hôpital afin qu’on apporte leur organisme un taux d’œstrogène supérieur à celui d’androgène. « Elles peuvent ainsi avoir la chance de concevoir, d’éviter les fausses couches et aussi les opérations kystiques » a-t-il mentionné. Et cela passera par une sensibilisation plus accrue.

 Isabelle ASSOU BADA (Stag)



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