BÉNIN : RÉSULTATS DU CAMES SESSION 2019 : « Le non-payement des frais d’instruction n’a pas eu d’impact sur les résultats », dixit Professeur Jean Cossi Houndagba, SG/Synares

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Le Bénin a présenté 283 candidats à la session 2019 du Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur(Cames). À l’issue des travaux effectués par les Comités techniques et scientifiques (CTS) du Cames à la 41e session tenue du 07 au 17 juillet 2019 à Bangui en Centrafrique, 262 enseignants- chercheurs ont reçu un avis favorable en maîtres assistants, maîtres de conférence, professeurs titulaires, soit un taux de 92,58% de réussite. Dans cette interview exclusive, le professeur Jean Cossi Houndagba, le Secrétaire général du Syndicat Automne de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (Synares) pense que les résultats sont appréciables.

Les résultats du CAMES sont tombés malgré le différend qui oppose vos syndicats au ministre de l’Enseignement supérieur au sujet des frais d’instruction des dossiers. Dites-nous, quelles sont déjà vos appréciations ?

Les résultats sont très satisfaisants comme d’habitude, car les enseignants-chercheurs béninois sont doués et travaillent beaucoup. Les débats sur la question de payement des frais d’instruction des dossiers nous ont occupé ces derniers temps, alors même que tous les dossiers étaient déjà partis, enregistrés et en cours d’instruction avant que le ministre n’ait décidé de faire payer ces frais aux candidats béninois. Cette décision, qui ne pouvait logiquement pas prospérer, n’a eu aucun effet, aucune incidence sur les résultats.

Quels constats avez-vous faits en général ? Est-ce que ceux qui ont payé y ont été contraints d’une manière ou d’une autre ? Et ceux qui n’ont pas payé, ont-ils été tous pris en compte par les travaux de la session ?

Le Cames avait déjà des listes validées depuis février 2019. Il a travaillé sur la base de ces listes. Autrement, dire que ”Jacques a payé, Paul n’a pas payé”, cela n’a pas préoccupé le Cames. Tous les candidats ont vu leurs dossiers instruits sans exception, ceux qui ont payé comme ceux qui n’ont pas payé. Le Secrétaire général du Cames ne s’est adressé aux candidats pour leur demander quoi que ce soit : il a plutôt demandé au ministre de tutelle de payer les frais d’instruction des dossiers de ses candidats ; c’est ce qui s’est toujours passé, et notre ministre en a bénéficié comme tout le monde. Tous les membres de son cabinet ont bénéficié de cet appui du gouvernement béninois. Dans les autres pays membres du Cames, c’est le gouvernement qui paye pour ses candidats.
Néanmoins, bon nombre de nos collègues ont accepté, contre toute logique, et pour des raisons qui leur sont propres, de céder aux injonctions du ministre pour payer ces frais. Finalement, 7% des candidats sont restés fidèles aux mots d’ordre de l’intersyndicale, en s’abstenant de payer lesdits frais.

La coordination de l’intersyndicale luttait pour l’annulation de la décision du ministre. Le Cames a proclamé les résultats de tous les candidats sans discrimination. Maintenant que ces résultats sont tombés, comment l’intersyndicale les a-t-elle accueillis ?

L’intersyndicale se félicite de cette issue favorable parce que notre ministre menaçait de faire retirer de la liste des dossiers à étudier, ceux des candidats qui n’ont pas payé les frais. Or sa décision, c’est une décision prise de façon unilatérale sans avoir consulté les partenaires sociaux, et peut-être aussi le Cames qui l’a ignorée.

Quelle sera désormais la suite à donner à la lutte de l’intersyndicale ?

La suite ? Tout dépendra de ce que le ministre va faire. Nous, nous n’avons pas de problème avec le Cames, du moins suite à l’évaluation de tous les dossiers de candidature. Au niveau de l’autorité ministérielle, il y a une mauvaise lecture sinon une manipulation d’une correspondance que le Cames lui a adressée le 15 mai 2019. Le Cames lui demandait en effet de payer les frais d’instruction des dossiers de ses candidats. Nous avons lu ce message du Cames. Par trois fois, il y a été question de la liste des candidats et des frais d’instruction des dossiers. La première fois, le Secrétaire général du Cames fait observer que « ce sont les ministres ou les universités qui payent pour leurs candidats » ; la seconde fois, il précise dans des termes similaires qu’il « attend que le ministre et les universités payent les frais d’instruction des dossiers déjà envoyés en instruction ». Et c’est à la troisième fois que le SG/Cames signale qu’il va faire un contrôle le 25 juin pour voir les listes qui ne seraient pas à jour.
Mais, pour cette troisième fois, le cabinet du ministre n’est-il pas en mesure de comprendre qu’il s’agit de la même liste, celle du gouvernement (ministre et/ou de ses universités), et dont les frais doivent être payés par ce dernier ?

Est-ce que vous avez un mot à lancer à l’endroit des autorités ?

Il faut que les autorités fassent une bonne lecture des textes et fassent l’effort de les respecter, au lieu de se lancer dans l’improvisation et la diversion. Il faut éviter les coups de tête. Nul ne sait ce qui a poussé notre ministre à décider, à la dernière minute, à moins de deux mois de l’échéance qui lui a été prescrite, de demander aux candidats de payer les frais d’instruction de leurs dossiers. Mais à quelle fin ? Sur la base de quels textes ? Aucun texte ne fait obligation aux candidats de payer les frais d’instruction de leurs dossiers, aucun texte, ni du Cames, ni du gouvernement béninois. Et c’est une lettre circulaire qu’elle prend à cet effet, en instruisant les équipes rectorales à ouvrir des comptes bancaires spéciaux pour ces opérations qualifiées de collecte illégale de fonds par l’intersyndicale.

Réalisation : Emmanuel AZINHOU



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