L'intérieur de la bibliothèque centrale de l'UAC

BIBLIOTHÈQUE CENTRALE DE L’UAC : 47 ans de honte nationale

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Créée depuis 1970, la bibliothèque centrale de l’université d’Abomey-Calavi peine à se rendre utile. Vieillot, pas seulement d’âge mais aussi  de son inaptitude à  répondre aux besoins  de ses usagers, elle contribue peu à la culture de la connaissance en milieu universitaire. Le constat devient même alarmant surtout dans ce contexte d’application du Lmd ou la documentation est de mise pour toutes les composantes académiques de l‘Uac. Tout ceci, avec la bénédiction des autorités à divers niveau qui brillent par leur verbiage et inaction.

Constamment décriée par les étudiants et même les professeurs, la bibliothèque de l’université (Bu) est quasiment devenue un cloaque infect. Foulant le seuil de ladite bibliothèque, plusieurs  dizaines de livres sont parqués en des cartons alignés juste à  côté  de sa seule porte et tous  disposés à  même le sol. A l’intérieur,  la salle  de lecture. La pléthore  de livres  rangés en file indienne frappe d’un  coup  le regard. Visiblement, plusieurs centaines de  livres,   arrangés dans des placards verticalement disposés, avec une délimitation en casiers, déterminant chacun un domaine d’étude donné. En illustration,  peuvent être  lu, « chimie, physique, énergie  renouvelable.. » et autres sur certains casiers. Au beau milieu de la salle, sont installés quelques ordinateurs avec à  côté une pancarte blanche portant l’indicatif « plateforme numérique des mémoires et thèses ». Tout porte à croire à une bibliothèque qui ne devrait  rien  avoir à  envier à une université, mieux, la première et plus grande d’une nation. Et pourtant c’est une misère bien parée. Sa pauvreté en documents modernes, l’exiguïté de la salle de lecture et son déficit en énergie électrique sont sans cesse déplorés par ses usagers qui sont prioritairement les étudiants. Véronique Tchokona étudiante à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) certifie : « certains de mes amis disent qu’ils vont à la Bu seulement pour apprendre leurs cours. Moi aussi je fais pareil. La plupart du temps quand on y cherche des livres, on n’en trouve pas ». On y va souvent moins pour la documentation sous peine d’en ressortir dépité et plus assoiffé. Serge Dansou, un autre étudiant estime qu’il n’est souvent pas satisfait par la bibliothèque. « C’est devenu répétitif. J’avais voulu utiliser un document sur la botanique mais je n’en ai pas trouvé. Ils n’ont que des anciens livres chez eux » avoue-t-il. La plupart des étudiants rencontrés répriment avec le même raisonnement : le déficit en potentiel documentaire de la BU. Face à cette incapacité notoire de la BU de répondre aux attentes des étudiants,  certains usagers étudiants comme Alain Sonon, disent être obligés de se rendre dans  d’autres bibliothèques de la ville de Cotonou pour effectuer leurs recherches. Ainsi, l’accès à une documentation crédible et satisfaisante constitue quasiment la croix et la bannière pour les étudiants de l’Université d’Abomey Calavi. Mais Dénis Agbéssi, Directeur de la bibliothèque, s’oppose à ces allégations. Pour lui, ceux qui sont insatisfaits, très souvent, le sont par leur manque de curiosité. Parfois, il leur faut seulement demander de l’aide auprès du personnel pour trouver ce qu’ils veulent. Au fait argue-t-il, « tous les livres ne sont pas laissés au libre accès ». Néanmoins, c’est prendre les étudiants pour des devins et leur jouer de salle tour sachant que la plateforme numérique n’est pas active et qu’ils ne pourront prendre connaissance des ouvrages disponibles qu’en le voyant exposer.

Une réalité perfide

Les arguments utilisés par Dénis Agbéssi, directeur de la Bu ne  semblent  pas être en phase avec la réalité. Dans la salle de lecture, le vide percutant de plusieurs placards devant normalement contenir de livres est beaucoup plus expressif. Comme pour justifier le désert en documents, un employé de la bibliothèque confie sans vergogne que la Bu n’est pas nantie en fonds d’approvisionnement en documents. En fait, elle ne dépend que des dons, elle ne s’achète plus de documents. Et au directeur de la BU d’entériner : « Nous n’acquérons  de documents que par dons depuis quelques temps ». Et si un don à une bibliothèque universitaire n’est pas mal en soit, la qualité des documents reste préoccupante. A propos, en- chaine le directeur, « Ces dons ne nous avantagent toujours pas. Sur un lot de 300 livres, parfois, à peine 10% sont actuels et utiles pour l’enseignement supérieur ». La défaillance à la bibliothèque universitaire n’est pas que physique. Comme nombre d’autre service du pays, le déficit énergétique ne lui fait aucun cadeau. Ce qui rend plus complexe la qualité du service rendu. « Notre plateforme numérique de stockage de documents fonctionne sous énergie électrique. Dès qu’il y a coupure, on ne sait plus quoi faire. On n’a pas de groupe électrogène de relai. En plus, la chaleur nous dérange aux heures de pointe ». Toute chose qui traduit un inconfort et une limite aux prestations de la BU. Ces diverses raisons justifient indubitablement la peine des étudiants.

Naître sans grandir, la malédiction

Depuis  son installation à  l’Uac dans les années soixante-dix, la BU n’a jamais  connu  un développement  de sa capacité d’accueil en étudiants et en document. Mais de l’autre côté, la démographie de la masse estudiantine tutoie aujourd’hui la centaine de mille. L’université de Dahomey (UD) créée en 1970 et devenue université nationale du Bénin (Unb) en 1975, puis université d’Abomey-calavi (Uac) en 2001 avait été conçu pour accueillir 350 étudiants. Les infrastructures avaient donc été dimensionnées pour cet effectif. La Bu y comprise. Cette dernière avait été conçue au départ pour accueillir 150 places d’assises même si elle accueillait déjà dans le temps jusqu’à 200 usagers. 47 années après sa création, cette capacité  est restée inchangée. Selon les statistiques fournies par le service des statistiques de l’Uac sur le taux d’inscription des étudiants à l’université, de 2002 à 2012, l’effectif croît chaque année de 10% au moins. De 68688 étudiants à l’Uac en 2012, l’effectif est monté de 10, 8 % en 2013 et déjà en 2017, plus de 150 000 étudiants sont dits être inscrits à l’Uac, ce qui n’est pas le cas des outils didactiques, de recherches et d’appui notamment la bibliothèque universitaire restée au statu quo. Ce constat remet en cause la capacité de la Bu et par ricochet de l’Uac à  accomplir sa mission d’appui à la recherche. De surcroît, cela constitue une entrave cruciale à la qualité exigée par les études universitaires et par le système Licence, Master, Doctorat  (Lmd) adopté par l’Uac depuis près de dix ans déjà. Les autres bibliothèques qui sont créées sur le campus sont spécialisées dans un domaine précis. Elles ne concernent donc  pas les étudiants pris dans leur entièreté.

En l’absence de politique d’équipement, l’institut français choyé

Cette situation lamentable de la Bu n’est que la conséquente d’un manque de vision et de planification adéquate dans la gestion des différentes équipes rectorales. Au fait il n’existe aucune ligne budgétaire au rectorat pour équiper la bibliothèque universitaire.  Moins que la lutte pour un enseignement de qualité axée sur des outils didactiques à la pointe, c’est l’érection des infrastructures de toute sorte qui a prévalu jusqu’à présent. Il est clair que même si les fonds n’existent pas à l’interne pour équiper cette bibliothèque, les bonnes volontés existent et n’attendent que la sollicitation pour agir. La preuve, combien d’amphithéâtres n’ont pas accouché ces bonnes volontés ces six dernières années ? Doit-on comprendre que la bibliothèque universitaire ne détient aucune part dans le budget annuel du rectorat de l’université ?  Il va sans dire car,  Approché, Maxime da-Cruz Vice-recteur chargé des affaires académiques renvoie au directeur de la bibliothèque. Et à celui-ci de répliquer qu’elle ne vit que de don. Quelle cadre compte-t-on former en vivant dans l’attente perpétuelle de don pour équiper une bibliothèque qui puis est universitaire. L’autre contraste, les enseignants de l’Uac sont auteurs de plusieurs ouvrages, ils sont près de la centaine à signer des ouvrages chaque année, mais combien sont-ils à déposer ne serait-ce qu’un seul exemplaire à la BU pour consultation publique des étudiants ? Conséquence, même des ouvrages édités et lancés au Bénin, par des enseignants et chercheurs de l’UAC font défaut dans les rayons de la bibliothèque. On croit compter sur l’Institut français et autres bibliothèques d’institutions minimes à côté de l’Uac pour former l’élite béninoise. Les étudiants y sont fréquemment référés, même pour des ouvrages de certains enseignants ou auteurs béninois. Le mal a trop rongé et la prochaine équipe rectorale, travaillera sûrement à colmater les brèches et à laisser une bibliothèque digne de nom à l’UAC. Les amphithéâtres, c’est bien, mais une bibliothèque à la pointe vaut bien mieux.

Prosper Yéssoufou HOYETON

 



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


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