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CONSOMMATION DE LA CHICHA AU BENIN : L’essor d’une nouvelle forme de tabagisme

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Humer la chicha est devenue chose courante et très prisée par une bonne partie de la jeunesse béninoise. De plus en plus utilisée dans la plupart des rencontres festives entre jeunes au détriment de la cigarette et autres corolaires du tabac, elle présente dans l’apparence moins de risques. Cependant, contrairement à la conception populaire, sa consommation n’est pas sans conséquence. Celle-ci est la base de plusieurs écueils sanitaires pouvant conduire à la mort et donc par ricochet incarne une menace sociale.

Après la pipe, la cigarette, le tabac, c’est le tour de la Chicha d’être en vogue dans l’usage au Bénin. Narguilé formé d’un fourneau où est saupoudrée la cocaïne ou bien d’autres substances du même acabit, elle dispose d’un long tuyau pneumatique flexible, qui traverse un vase rempli d’eau parfumée puis alimente un scaphandrier en air.

D’origine arabe et introduit au Bénin depuis environ une dizaine d’année, la Chicha atteint désormais son pic de popularité du fait de l’enclin de la jeunesse béninois à son utilisation. Dès lors, il  faut effectuer un tour dans les boites de nuit, les buvettes, les plages, les boutiques libanaises et autres pour se convaincre de son expansion. Certains jeunes, tout sexe confondu, très friands de ce dispositif s’y attroupent sans craindre les dérives en se le passant à tour de rôle, comme des athlètes se transmettant le témoin.

Et au regard de l’affluence juvénile qu’elle draine derrière elle, il est loisible de s’interroger sur les éventuelles raisons. A cet effet, les abonnés développent divers syllogismes pour se défendre. Ils vont du désir d’une relaxation à l’acquisition d’une énergie supplémentaire. Un féru de la Chicha, trentenaire, les yeux déjà rouges, requérant l’anonymat, confesse par sa voix de rogomme les raisons de son addiction: « Je fume souvent la chicha pour m’éloigner de mes soucis et des fois quand je suis en ‘’dra’’ (dispute) avec ma femme ».

D’un autre côté, d’autres, plus accros, considèrent la Chicha comme jouissif, convivial, apéritif et un excitant servant à  ranimer la force physique et à stimuler l’appétit sexuel. Pendant que ceux-ci se rangent dans cet aspect, certains y trouvent carrément un élan spirituel. Consommateur de la Chicha, un autre féru se présentant sous le sobriquet Orlus dans un souci d’anonymat révèle qu’ « Avec la Chicha, j’arrive à transcender mon esprit et par ailleurs élevé mes sens » avoue-t-il.

Si les adeptes de cette pratique trouvent ainsi comme raisons pour légitimer leurs actes le désir de relaxation, la conquête d’une élévation d’esprit, des facteurs sociologiques le fondent aussi. Dénis A. Hodonou, socio-anthropologue, clarifie : « c’est plutôt l’absence d’une bonne éducation depuis la base, le vif désir de se conformer à la mode et le suivisme » qui conduit à un tel intérêt pour la Chicha.

Incidences caractéristiques

 Que l’on soit fumeur actif ou passif selon le médecin généraliste Ulrich Agbangnanon, les retombées sont impétueuses sur le plan sanitaire. Il explique que ses effets nocifs comprennent un impact sur le poumon, le système respiratoire, le système cardio-vasculaire, la bouche et les dents.  En l’occurrence le cancer de poumon et celui de gorge, les toux chronique (tuberculoses) avec l’endommagement des voies respiratoires supérieures. Les risques éventuels de transmission de maladies telles que l’hépatite, et de contagion microbienne ne sont pas du reste.

De surcroît, « les fumées dégradent aussi le col de l’utérus (problèmes utérins) chez la femme » a ajouté le médecin. Selon une méta-analyse portant sur 542 études publiées dans la revue Public Health Reports, au cours d’une session chicha, une personne inhale 125 fois plus de fumée que lorsqu’elle fume une cigarette, mais aussi 25 fois plus de goudron et 10 fois plus de monoxyde de carbone. Dans la même logique,

Des analyses faites par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) révèlent que la prise de Chicha durant une heure correspondrait à l’inhalation de la fumée de 100 à 200 cigarettes.  Par ailleurs, la Chicha est un agent psychotrope qui entraîne un fort risque de dépendance voire d’addiction.

Pour ce qui est du volet social, les conséquences ne sont pas des moindres. Ainsi, Dénis Hodonou trouve que cette substance qu’inhalent les jeunes constitue un déséquilibre pour le développent social, car va-t-il clarifier : « Ayant des effets secondaires, elle amplifie l’analgésie chez lesdits  fumeurs et provoque des violences qui entrainent par la suite des crises. Ainsi, l’insécurité devient totale et l’on assiste à des agressions conduisant à des pertes en vie humaine ».

Conscient de ce fait, Parfait Hounkanrin, un enseignant des Sciences de la vie et de la terre (SVT), se désole. « Les autorités ont une part de responsabilité qu’elles lèguent au second plan. En effet, ces produits toxiques sont consommés faute de l’autorité qui favorise sa  commercialisation dans  un pays  comme le nôtre » se plaint-il. Une veille citoyenne s’impose donc pour éradiquer ce phénomène prêt à compromettre l’avenir de toute une nation.

 

Rony  S. FATOKINSI (Stag)



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