Accueil

Dossier du mois/Université d’Abomey-Calavi : Voyage dans l’univers des mendiants du campus

124

Lieu d’apprentissage par excellence, le campus d’Abomey-Calavi fait aussi face à un phénomène social qu’est la mendicité. Dans les amphithéâtres comme dans les coins des rues de l’Uac, cette situation devient monnaie courante. La communauté universitaire quant à elle, face à ce phénomène, reste entre compassion et rejet.

Entrée de l'Université d'Abomey-Calavi

Uac, la demeure des mendiants

L’autre réalité sociale criarde à l’Uac est bien la question de la mendicité. En effet, il n’est pas rare de rencontrer ces cas sociaux au détour d’un carrefour ou déambulant sur le campus, à la recherche d’une aide, pour disent-ils généralement, la pitance quotidienne. Bien portants comme handicapés, ils circulent et se placent à des endroits stratégiques sur le campus à la recherche d’âmes charitables pour un geste généreux à leur endroit. Du grand portail aux abords des amphis en passant par les différents carrefours du haut lieu du savoir, plus aucun endroit ne leur est étranger. N’hésitant parfois pas à franchir les sièges des institutions estudiantines, hommes comme femmes au motif de quelques situations de handicap, ceux-ci tendent la main à toutes personnes susceptibles de leur donner quelque chose. Bernadette Odoun, étudiante à la Fast, constate que la mendicité sur le campus est un phénomène qui prend beaucoup d’ampleur. « Ce n’est plus un secret pour personne. Ces citoyens lambda ne veulent rien faire. N’étant même pas étudiant, ils passent toute leur journée à circuler dans les amphis à la quête de pitance » se désole-t-elle. Tout comme elle, Alexandre A., étudiant en 2ème année de droit, après avoir corroboré l’avis de son prédécesseur, précise : « On ne peut normalement pas permettre qu’on vienne mendier au sein du campus ». Il dénonce par ailleurs ce phénomène, car, dit-il, « c’est un lieu de savoir, pas un centre de charité ou d’œuvres caritatives ».

Comment en sont-ils arrivés là ?

« Je mendie parce que je n’ai pas trouvé d’autres issues » confesse un de ces cas sociaux ayant pour pseudo, « ’ Mantitin »’, un jeune de la vingtaine et estropié rencontré au détour du carrefour reliant la Faculté des sciences et technique (Fast) à l’École Nationale d’Administration et de magistrature (Enam). Pendant que celui-ci se défend, un autre de ces cas sociaux connus sous le prénom Pierre, environ 17 ans, bien bâti, néanmoins sale, rencontré devant le grand portail de l’Uac, raconte : « si je mendie c’est parce que mes parents ont voyagé et je n’ai pas de quoi me nourrir ». Toujours pour se justifier, il poursuit que malgré qu’il apprend la maçonnerie, il n‘est pas en mesure de l’exercer pour se nourrir parce que, ajoute-t-il : « je ne suis pas encore diplômé. Je suis encore en apprentissage et mon patron a voyagé ». Pendant ce temps, pour la plupart des riverains et habitués du campus, ces mendiants ne sont que des profiteurs, transformant la charité en pactole. Et d’ailleurs, certains étudiants trouvent ces propos flatteurs. Pascal Kodjo, étudiant en 2ème année à la Faculté des lettres, arts et sciences humaines (Flash) s’insurge : « les personnes qui ne veulent rien faire et qui veulent vivre de la sueur des autres ne méritent aucune pitié ». Un avis que partagent bien d’autres. Quant à Alexandre A., il trouve que ce comportement est une preuve de mauvaise volonté. Il justifie d’ailleurs cette position par le fait qu’il y a toujours une solution quand on décide de réussir. Pendant ce temps, Monteiro Maxime, étudiant en 2ème année de droit, compatit néanmoins : « c’est toujours mieux que de voler ». Celui-ci avoue aussi qu’il n’hésite pas à leur donner quelques sous, car, dit-il, « ça n’arrive pas qu’aux autres ».

Pourquoi le campus ?

Le choix du campus comme lieu de prédilection pour ce phénomène ne tient pas du hasard. Conscients de ce que les étudiants sont « compatissants et généreux », ils n’en feraient pas moins face aux cas de souffrances. « Mantitin », le mendiant cité plus haut et rencontré au carrefour ENAM, ajoute pour sa part : « Si j’ai choisi le campus, c’est d’abord parce que c’est un lieu qui regroupe beaucoup de personnes ». Dans cet ordre d’idées, il affirme par ailleurs que les cas sociaux comme lui ne sont pas moins dans les mains bigotes de leurs hôtes. La preuve, sa confession signale une affaire bien rémunératrice. Une curiosité à propos de son revenu journalier, et il confirme qu’il engrange assez de pièces. « Je trouve environ 5000 francs au quotidien », même si pour certains jours, n’a-t-il pas manqué de souligner, je frôle la disette. Et pourtant, « C’est un métier que je ne peux plus laisser, c’est très bon et rentable et je n’en suis aucunement nauséeux », continue-t-il. Bernadette Odoun ne s’en étonne point, car, avoue-t-elle, ces mendiants utilisent toutes les techniques possibles afin de toucher la sensibilité de leurs potentiels donateurs. Et face à ces assertions, le socioanthropologue Dénis Hodonou tempère. Par rapport à la présence de ces cas sociaux sur le campus, il concède que « l’université est un lieu cosmopolite, donc, on peut y assister à tous les phénomènes possibles qui ont cour dans la société ». Précisant d’ailleurs que cette situation au campus universitaire d’Abomey-Calavi est fille de belle lurette, il indique en s’appuyant sur des exemples passés, que ces mendiants hormis le risque qu’ils puissent nourrir d’autres ambitions, peuvent jouer des étudiants en les arnaquant. Il invite donc les étudiants « à voir jusqu’où ira leur pitié » et faire passer l’information jusqu’à l’autorité afin qu’elle organise mieux la sécurisation du campus et permette d’avoir un environnement d’étude et de travail adéquat ».

Astide MICHAÏ /Le Héraut



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.