ENTRETIEN AVEC KOLADE JOSUÉ AZANDEGBEY, DAC DE LA MESRS : « Nous allons dorénavant être plus proactifs, nous n’allons plus attendre que surviennent les crises avant de réagir »

149

Ce 15 octobre, les Universités publiques du Bénin rouvriront leurs portes et relanceront les activités académiques au profit de la communauté universitaire. En prélude à cette rentrée et suite à certaines diligences, Marie Odile ATANASSO, Ministre en charge de l’Enseignement Supérieur, a fait une déclaration le dimanche 7 octobre 2018. L’objectif est  d’informer sur certaines dispositions et mesures mises en œuvre au profit de la Communauté universitaire au titre de cette nouvelle année académique, Son Directeur Adjoint de Cabinet revient ici sur les grands points et opine sur la question des organisations estudiantines.

Le Héraut : Au sujet des frais d’inscription, quels sont les changements intervenus dans les Universités publiques ?

Il n’y a aucun changement. Madame la Ministre l’a mentionné au cours de son allocution du dimanche 7 octobre. C’est le statu quo pour l’année académique 2017-2018. Les coûts de formation  pratiqués jusque-là sont maintenus. Ceux qui y étaient déjà habitués restent assujettis aux paiements des frais d’inscription et frais de formation dans les Ecoles et Instituts de formation professionnelle. Au niveau des Facultés dites classiques, les  non-boursiers, les non-salariés et les non secourus s’inscriront gratuitement.

La gratuité ne concerne donc que cette catégorie d’étudiants ?

Bien sûr et vous le savez bien, ils sont les plus nombreux. Et puis en réalité, il n’y a jamais eu de gratuité. Depuis 2008 où nous avons malheureusement opté pour ce modèle économique, l’Etat en amont a toujours supporté ce que les étudiants devraient payer. Ceci occasionna chaque année un manque à gagner de près de 3 milliards FCFA en terme de recettes que les Universités auraient pu faire. Ces ressources auraient pu servir à construire  davantage d’infrastructures, à améliorer  les équipements existants, à recruter du personnel, toute chose qui concourt à améliorer le cadre de vie et de travail et même la qualité de formation dispensée dans nos Universités. Donc le terme de gratuité je dis Non, l’État est toujours venu à la rescousse des Universités.

 

Est-ce pour cette raison que les Rectorats sont favorables à la suppression de la mesure de gratuité et la révision des frais de formation ?

Lors des discussions antérieures à la déclaration de Madame la Ministre, différentes simulations avaient envisagé la chose dans ce sens-là. Mais le Gouvernement a estimé qu’il fallait approfondir les réflexions et en verser peut-être les résultats à une nouvelle institution qui est en train de s’installer, en l’occurrence le Conseil National de l’Éducation. Puisqu’il a dans ses attributions l’étude de ces questions, il saura nous conduire, avec une vision plus prospective du moins je l’imagine, vers des décisions techniquement plus élaborées et socialement plus justes pour tous. Donc je nous conseille de laisser le Conseil National de l’Education s’installer et étudier la question pour qu’on ait une réponse plus définitive.

 

Après l’élection des organisations estudiantines que peut-on retenir ?

Il faut dire qu’à la suite des élections, Madame la Ministre nous a instruits pour qu’un arrêté ministériel soit pris pour consacrer les organisations estudiantines, vainqueures des élections dans les quatre Universités. L’Arrêté est déjà élaboré. Après cela,  il y a un arrêté rectoral pour définir et fixer les modalités de collaboration avec ces organisations. Enfin, il y aura un troisième arrêté interministériel cette fois-ci entre le Ministère en charge  de l’Enseignement Supérieur et celui des Finances  pour définir la ligne de crédit (selon les disponibilités de l’Etat) à allouer au financement  des activités des organisations estudiantines au titre de chaque année.

 

Dites-nous pourquoi l’installation de ces deux organisations prend du temps ?

Vous ne parlez que des organisations de l’Université d’Abomey-Calavi. Vous semblez oublier qu’il y a aussi les organisations estudiantines des autres Universités. Tout doit être géré ensemble. Les textes dont je parle concernent aussi bien l’UAC que l’UNSTIM à Abomey, l’UNA à Porto-Novo et l’Université de Parakou.

 

Donc il n’y a pas une date officielle pour l’installation des organisations qui défendent l’intérêt des étudiants ?

L’installation ne peut pas se faire avant la prise de ces textes. Quand les arrêtés dont j’ai parlés seront signés, surtout les deux premiers, le processus suivra son cours normal. Je précise cependant qu’en son temps, il reviendra à chaque rectorat de faire le nécessaire. Nous n’avons pas à nous immiscer dans leur  travail. Ceci relève de leurs prérogatives.

 

Comment sera désormais organisée la collaboration entre le Rectorat et le Ministère ?

Les arrêtés rectoraux respectifs vont définir les modalités de collaboration  entre les organisations estudiantines élues et l’Administration rectorale. Mais au niveau  de l’Etat, conformément aux textes, ce sont les organisations estudiantines ayant obtenu plus de 40% des suffrages lors des élections passées qui seront vos interlocutrices, c’est avec eux  que nous discuterons  des questions  concernant la communauté estudiantine.

 

Est-ce à dire que le cadre de négociation sera revu ?

Il y aura forcément un cadre plus  formel et plus  institutionnel maintenant pour les négociations. Nous allons dorénavant être plus  proactifs. Nous n’allons plus attendre que les crises surviennent avant de réagir. Il y aura un cadre permanent de dialogue et de concertation entre vous et nous désormais.

 

Qui veut installer ces institutions ?

Au niveau de l’Etat, un arrêté ministériel est pris pour la reconnaissance et la consécration de ces organisations. Mais chacun des rectorats, en ce qui le concerne, prendra un  arrêté pour l’installation et la définition des modalités de collaboration.

 

Le président Alimi Gounou de la FNEB  sur l’émission Mardi Campus à Radio Univers, à propos des décisions sur les inscriptions à l’UAC, a dit son opposition à ces décisions du Gouvernement. Votre réaction ?

Je vous ai dit qu’il y a un double objectif qui est poursuivi. Nous allons faire  ce qui est juste pour tout le monde.

Vous n’êtes pas sans savoir que dans les universités nous avons plus de 4000 étudiants par professeur, nous espérons que ces conditions seront désormais améliorées.

En ce qui concerne la qualité de la formation au niveau des Universités, nous rêvons, d’ici deux-trois ans, être dans le top 100 des Universités  les meilleures dans le  monde. Il faut donc corriger un certain nombre de dysfonctionnements.  L’indicateur dont vous venez de parler, nous sommes aujourd’hui bel et bien dans le système LMD et ce système recommande un enseignant pour un nombre donné d’étudiants. C’est donc dans ce cadre que nous avons lancé le recrutement de 200 assistants sur les budgets exercice 2018 et 2019. Cet effort de recrutement des assistants se poursuivra les prochaines années avec un plaidoyer plus accru de notre Ministre auprès du Gouvernement. Il faut également améliorer les infrastructures, les équipements, etc.  Donc laissez-nous faire. Tenez, il y a même des formations dont je ne vous ai pas parlées ici au profit des enseignants que nous recrutons. C’est un tout,  un ensemble qu’on est en train de préparer pour que tout se déroule dans de meilleures conditions.

 

Concluez cet entretien

En guise de mot de conclusion, je voudrais d’une part saluer la clairvoyance et la magnanimité du Président de la République sur la question, et d’autre part remercier  Madame la Ministre pour la volonté affichée de prendre une décision techniquement bien élaborée et juste pour tous. Le statu quo est maintenu sur les droits d’inscription et les frais de formation dans les 4 UNB et nous continuerons à dialoguer et à réfléchir.

 

Réalisation : Noussirath ASSANI (Stag) & Emmanuel AZINHOU



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *