Entretien avec le Colonel Cloubou, Leader des Initiatives pour Défier le Statu quo : « Les IDS, ce sont les initiatives qui apportent des solutions sans créer des problèmes encore plus graves »

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Le Colonel Cloubou porte le flambeau du concept des Initiatives pour Défier le Statu quo, en abrégé IDS. Inspiré par le Doyen Francis Da Silva Président honoraire de l’Association Eau Et Electricité pour Tous, Le Colonel Cloubou travaille en équipe sur ce concept avec des leaders intellectuels et technocrates de renommée comme le Professeur Andoche Amègnissè et Madame Christine Gbédji ancienne Ministre. Il est donc porteur d’un idéal : celui de bâtir « une société où il fera bon vivre pour chaque citoyen et chaque citoyenne ». C’est l’idéal révolutionnaire que le Gouvernement Militaire Révolutionnaire (GMR) du Lieutenant Colonel Chef de Bataillon Mathieu Kérékou avait décidé d’incarner en arrivant au pouvoir le 26 Octobre 1972. Hélas la Révolution s’était fourvoyée et trompée de chemin. Ainsi elle a perdu son idéal. Colonel Cloubou est donc un produit du révolutionnaire Mathieu Kérékou. Encadré par Francis Da Silva, Andoche Amègnissè, Christine Gbédji et autres nostalgiques du militantisme fervent d’autrefois le Colonel veut le faire renaitre des oripeaux de la démocratie galvaudée par la ploutocratie en République du Bénin. Est-ce un rêve que cette envie de faire renaitre de ses cendres telle l’Hydre de Lerne ce qui faisait hier du Dahomey « le Quartier Latin » ? Découvrez-le à travers la présente interview.

Colonel Cloubou, les Béninois ne vous connaissent pas assez et aimeraient savoir qui vous êtes ?

On m’appelle CLOUBOU Agboessi Noumonvi. Je suis officier supérieur de l’Armée parti à la retraite avec le grade de Lieutenant Colonel. Je prête actuellement mes services à la communauté internationale dans le système des Nations Unies, notamment pour les opérations de paix et de sécurité. Ce qui me donne une grande expérience et une connaissance des sources de guerres civiles. Mais je suis avant tout un enfant, un produit et un fervent disciple du Général Mathieu Kérékou à travers sa philosophie politique de bâtir «une société où il fera bon vivre pour chaque Béninoise et chaque Béninois». Philosophie que mon mentor actuel notre Doyen Francis Da Silva m’aide à remettre sur les rails avec son bras droit Professeur Andoche Amègnissè conducteur de nos initiatives et son assistante l’ex Ministre Madame Christine Gbédji.

Vous êtes donc un héritier politique et idéologique du Général  Mathieu Kérékou, et le porte-flambeau des IDS c’est-à-dire les Initiatives pour Défier le Statu quo. Dites-nous concrètement en quoi consistent les IDS ?

Nous, intellectuels béninois, cadres au service de notre pays et surtout leaders politiques ou de la société civile, nous devons comprendre que les solutions aux problèmes se trouvent dans le triptyque Volonté, Organisation et Initiatives pour Défier le Statu quo. Il faut de prime abord être conscient que sans la volonté on ne peut rien faire. Si vous avez la bonne volonté c’est-à-dire volonté de faire le bien, vous ferez bien. Mais si vous avez la mauvaise volonté c’est-à-dire volonté de faire le mal, vous ferez mal. Quand un gouvernant vient au pouvoir, sa gouvernance dépend du type de volonté c’est-à-dire l’esprit avec lequel il est arrivé au pouvoir. Si un fonctionnaire est dans l’exercice de ses fonctions, la qualité de ses services dépend de sa bonne ou de sa mauvaise volonté. S’il est de bonne volonté, il est intègre, efficace et très apprécié. S’il est de mauvaise volonté, il est corrompu, nocif et décrié. Malheureusement, on ne constate la bonne ou la mauvaise volonté des individus ou groupes d’individus qu’à travers les actions de ceux-ci ; car la parole peut déguiser l’état d’esprit d’une personne. Ainsi certaines personnes disent autre chose et font autre chose. Mais quand vous avez la volonté, c’est-à-dire la bonne volonté, cela ne suffit pas. Il faut passer à l’action. Mais l’action n’est efficace que si elle est bien mûrie, bien planifiée. C’est ce que nous appelons l’organisation. Enfin, lorsque l’action est bien planifiée à travers une bonne organisation, pour qu’elle soit vraiment efficace, il faut qu’elle soit bien exécutée sur le terrain de l’application pratique. C’est ce que nous appelons les initiatives.

Mais pourquoi les initiatives doivent-elles défier le Statu quo ? Pourquoi les IDS ?

Le statu quo, c’est la situation actuelle. Situation problématique et que tout le monde juge mauvaise. Quand une situation est décriée, il faut trouver les voies et moyens pour la quitter sans tomber dans ce qui est pire. Quand il y a problème, il faut trouver une solution qui ne crée pas un problème encore plus grave. Défier le Statu quo, c’est être capable de sortir des situations décriées sans tomber dans pire. Donc les IDS ce sont les initiatives qui apportent des solutions aux problèmes sans créer des problèmes encore plus graves.

Colonel, expliquez davantage pour que les lecteurs comprennent mieux.

Tous les gouvernants qui ont été à la tête de l’État béninois ont promis au peuple de le sortir de la misère par une amélioration de sa situation. En 1972, le GMR disait que le Conseil présidentiel était un monstre à trois têtes empêtré dans la corruption et les prévarications et que la révolution allait y mettre fin. Mais la révolution a fait pire et a échoué à cause de la gabegie des prévaricateurs. En 1991 Soglo disait que le Renouveau Démocratique allait aboutir à la Renaissance du Bénin. Les mesures de son Programme d’Ajustement Structurel ont envoyé au chômage des milliers de Béninois et Soglo fut renvoyé par le peuple après un seul mandat. En 2006 Yayi promettait que le changement apporterait la Refondation et la Prospérité Partagée. Dix ans plus tard, le peuple rejeta son candidat parce que Yayi a laissé beaucoup de scandales. Talon arriva en 2016 en promettant Rupture et Nouveau Départ. En moins de deux ans, on constate une insatisfaction généralisée qui amène nos compatriotes à regretter Yayi qu’ils avaient rejeté en 2016. Pourquoi nos dirigeants portés au pouvoir par la liesse populaire sont ensuite vomis par ce même peuple ? Quand nous interrogeons les gens, ils nous disent que c’est parce qu’ils sont déçus. Cela veut dire que les solutions apportées par chacun de ces gouvernants au lieu de résoudre les problèmes ont engendré des situations pires. Ces dirigeants n’ont donc pas réussi à défier le statu quo. Ils n’ont pas pris de bonnes initiatives.

Donnez-nous alors quelques exemples de bonnes initiatives pour défier le statu quo

Je n’irai pas chercher loin. Vous savez que le 26 octobre 2018 nous lançons au CODIAM de Cotonou la première Initiative pour Défier le Statu quo en ce qui concerne la situation de l’eau et de l’électricité en République du Bénin. Il s’agit de mettre fin au déséquilibre qui existe dans les relations d’une part entre la SBEE et ses clients consommateurs d’électricité et d’autre part entre la SONEB et ses clients consommateurs d’eau. Déséquilibre inacceptable. Vous payez de l’argent à SBEE pour avoir un compteur et deux ans après, vous n’avez pas le compteur. Est-ce normal ? Or quand vous n’avez pas payé votre facture quelques jours seulement après sa présentation, SBEE vient vous couper le courant. Prenons le cas de SONEB. Si vous ouvrez votre robinet et que l’eau qui sort est boueuse, pouvez-vous refuser de payer la facture de cette eau pourtant boueuse ? Non, puisque si vous ne payez pas, on vous coupe l’eau et si vous ne vous dépêchez pas, on enlève votre compteur d’eau. Ce déséquilibre est dû au fait que SONEB et SBEE sont des sociétés d’État en situation de monopole. Nous devons défier ce statu quo pour obliger les sociétés d’État à une saine gestion et au respect des droits des citoyens. Si les sociétés d’État ne sont pas gérées normalement, dès que leur situation de monopole disparait, elles ne résistent pas à la concurrence et elles disparaissent aussi. C’est le cas de LIBERCOM avec les GSM. Si on ne corrige pas la gestion de SBEE et de SONEB, dès qu’il y aura concurrence, ces deux entreprises vont disparaitre. Nos gouvernants passés le savaient bien, nos gouvernants actuels le savent aussi bien. Mais comme ils ne font rien pour s’attaquer à cette situation, nous allons les y obliger en défiant le statu quo. C’est pour cela que nous vous invitons tous au CODIAM le vendredi 26 octobre à 13 heures très précises.

En dehors des secteurs de l’eau et de l’électricité, quelles autres initiatives pour défier le statu quo ?

L’acte de naissance et la carte nationale d’identité sont des pièces fondamentales d’identification du citoyen et dans un État normal, les dispositions devraient être prises pour que chaque enfant qui nait ait son acte de naissance et pour que chaque adulte ou chaque élève candidat au Baccalauréat ait sa carte nationale d’identité. Or pour faire la déclaration de naissance, il vous faut un papier de la maternité. Si les parents n’ont l’argent pour que la mère accouche à la maternité, l’enfant n’a pas d’acte de naissance. Savez-vous combien d’enfants du Bénin ne peuvent pas aller au CEPE parce qu’ils n’ont pas l’acte de naissance ? Moi Cloubou, j’en suis scandalisé. Pour avoir la carte nationale d’identité, on vous demande d’aller chercher la souche légalisée de votre acte de naissance. Si vous résidez à Cotonou alors que vous êtes né à Malanville et que vous n’avez pas l’argent pour ce déplacement, alors vous n’avez pas de carte d’identité. Et pour traverser les frontières, vous devez cinq cents francs sans qu’on vous donne reçu. Tous nos gouvernants passés et actuels sont au courant de cette situation. Ils disent qu’ils luttent contre la corruption et ils entretiennent les poches de corruption. Nous devons et nous allons prendre très prochainement une initiative pour défier le statu quo face à cette situation. Et c’est ici même sur votre CAMPUS que nous allons lancer cette initiative à l’occasion des trente ans de votre JOURNAL LE HERAUT. Ensuite nous irons la lancer à Parakou et dans les autres universités publiques en République du Bénin.

Colonel et au plan économique ?

Le développement économique ne se décrète pas. L’emploi et la prospérité ne se décrètent pas. Tout cela se construit et la base de cette construction est la production. Comment voudriez-vous avoir une économie performante si vous ne produisez pas des richesses ? Et comment voudriez-vous que la prospérité soit partagée si les richesses qui sont produites sont accaparées par une seule personne ou par quelques-uns ? Nous sommes dans une mondialisation du capitalisme qui impose à chaque pays de développer son système et ses moyens de production pour produire en qualité concurrentielle sur les marchés internationaux. Sur ce plan que produit le Bénin?  Quel tissu industriel avons-nous en République du Bénin ? Allez au Ghana tout près et vous verrez la différence. Mais permettez mes chers enfants que nous ne dévoilions pas ici tout sur notre projet de société et notre programme de gouvernement. Limitons-nous ici aux IDS.

Votre mot de fin Colonel ?

Une seule phrase. J’AI CONFIANCE AU PEUPLE BÉNINOIS !

 

Réalisation : Luc Antoine AMEGNISSE



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


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