FERMETURE DE LA FRONTIÈRE DU NIGÉRIA AVEC LE BÉNIN : Les populations, souffre-douleur d’un semblant de relation bilatérale ?

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La fermeture de la frontière entre le Nigéria et le Bénin, intervenue quelques jours déjà, rempironne les conditions hostiles de vie dans le quotidien des Béninois. Cette âpreté de vie amène à se demander si elle n’est pas, peut-être, le reflet d’une relation bilatérale en décadence entre les deux pays sous “la Rupture”.

La hausse subite du prix du carburant de la contrebande est l’un des impacts négatifs que la fermeture de la frontière du Nigéria avec le Bénin a sur les populations béninoises. Connu sous l’appellation “Essence Kpayô” au Bénin, le carburant a connu, depuis le 20 août dernier, une augmentation de prix de vente de 300 F, 350 F CFA à 550 F, 600 F CFA. Aussi, les activités commerciales dans le grand marché Dantokpa du Bénin, notamment en direction de l’Est, ont-elles chuté.

Les raisons de la fermeture de la frontière entre le Nigéria et le Bénin semblent d’ordre sécuritaire provenant des autorités nigérianes. D’après les informations relayées par un organe de presse du Nigéria, Mahammadu Buhari, président nigérian a, lors du tête-à-tête tenu avec son homologue du Bénin en marge de la 7e édition de la conférence de Tokyo sur le développement de l’Afrique TICAD 7 à Yokohama, confié que : « Maintenant que les habitants des zones rurales retournent dans leurs fermes et que le pays a économisé d’énormes sommes d’argent qui auraient autrement été dépensées pour importer du riz en utilisant nos rares réserves étrangères, nous ne pouvons permettre que la contrebande du produit dans des proportions aussi alarmantes continue. »

Les relations bilatérales ne se portent mieux que dans la forme ?

Tout paraît mieux dans la forme, en ce qui concerne les relations bilatérales entre le Nigéria et le Bénin, que dans la réalité. Pour preuve, en avril 2016, le gouvernement de Muhammadu Buhari a pris une ordonnance interdisant l’importation sur son territoire des produits alimentaires, comme le riz, pour « protéger l’industrie locale. » Malgré cela, le chef de l’État béninois, de son côté, s’est rendu chez son homologue de l’Est le 2 août 2016, quelques jours après la dévaluation du Naira qui n’a pas été sans effet sur la vie économique des Béninois, pour les questions de relations bilatérales. Or un peu avant, la visite non rendue à Buhari juste après la prise du pouvoir de Talon faisait déjà assez de polémiques. Dans la perspective de la coopération, le chef de l’État béninois a rendu visite à son homologue du Nigéria plus d’une fois.

Toutefois, le gouvernement fédéral du Nigéria ne s’est pas empêché de prendre la décision d’interdire l’importation de véhicules d’occasion pour compter du 1er janvier 2017. À cet effet, les autorités ont accordé un délai de grâce de 26 jours, c’est-à-dire jusqu’au 31 décembre 2016, à tous les acteurs de la filière pour se conformer à ladite mesure. À cela s’ajoutent également la délégation conduite par Pascal Irénée Koupaki au nom du président de la République, le 14 mai 2019, pour transmettre un message spécial au président nigérian, mais celui-ci absent, c’est Yemi Osinbajo, son Vice-président qui a reçu la délégation et les nombreuses rencontres de coopération qui ont lieu entre les deux chefs d’État. Si les rencontres de relations bilatérales avec son homologue de l’Est restent une préoccupation pour le président Talon, il n’en demeure pas moins que Buhari s’engage dans la prise des mesures drastiques affectant sévèrement la vie des Béninois.

Un jeu de rapport de force ?

Hormis le fait que les médias flagornent l’opinion publique par les rencontres de coopération opinées entre les deux chefs d’État, au regard de la réalité : le Bénin touché de plein fouet par les dispositions à impact négatif prises par le voisin de l’Est et Talon opine une rencontre de relations bilatérales, tout semble friser un jeu de rapport de force entre les deux pays qui se disent voisins. Ainsi, ce n’est pas un leurre de penser que les relations bilatérales entre le Nigéria et le Bénin ne semblent pas se porter mieux au fond comme la forme peut laisser croire. Et si les relations bilatérales entre le Nigéria et le Bénin ne semblent pas en bonne santé, c’est le peuple béninois qui en souffre le martyr.

La situation socio-économique des populations devient plus compliquée, les échanges commerciaux tournent au ralenti et l’économie nationale prend un coup. Si le Bénin subit l’effet néfaste des décisions prises par l’État fédéral du Nigéria, il serait urgent de revoir la façon de renforcer les relations d’amitié qui lient les deux pays. Une bonne politique d’autonomisation économique pourrait par exemple être promue. Le mieux-être des populations pourrait en dépendre.

 

Fidégnon H.



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