INSALUBRITÉ À L’ABATTOIR DE COTONOU : Un état inquiétant sous l’inattention des acteurs

INSALUBRITÉ À L’ABATTOIR DE COTONOU : Un état inquiétant sous l’inattention des acteurs

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L’abattoir de Cotonou, depuis sa création en 1978, demeure l’un des lieux respectant les normes légales en matière de commerce du bétail et de la viande à l’échelle nationale. Cependant, force est de constater que cet office public est laissé au sort d’une insalubrité grandissante au vu et au su des acteurs malgré son impact sur la santé et sur l’environnement.

Le mieux-être est conditionné non seulement par une bonne santé mais aussi par un cadre de vie propre et sain. Mais il est permis de remarquer que l’abattoir de Cotonou ne répond nullement à ce dernier critère du mieux-être. Car l’insalubrité que côtoie ce centre ne manque pas d’inquiétude. En effet, depuis quelques années, cet espace réservé pour le commerce aussi bien du bétail que de la viande, baigne dans un état d’insalubrité qui laisse à réfléchir. Depuis la façade de cet espace, une brise légère apporte aux narines une odeur insoutenable.

Et bouchers et commerçants de bétail, dans une atmosphère rimée et rythmée par leurs voix incitatrices et d’invitation à l’achat, déroulent leurs affaires. Les passerelles qui servent d’exposition de la viande pour vente sont infestées par une foule de mouches. Des mouches qui y chantonnent rudement sont plus grosses, plus nombreuses et plus vives dans leurs vols, obligeant à quelques esquives réflexes. Les maquettes fabriquées pour les chasser semblent ne pas répondre à satisfaction les attentes des bouchers les empêchant d’envahir les viandes exposées.

Il n’est également pas rare de constater que ces viandes sont tranchées à l’air libre et à visage découvert sans aucune disposition d’assainissement. Aussi, les conditions peu appréciables des bouchers ne sont pas des moindres. Ils s’affairent sans la moindre observance des comportements hygiéniques en la matière (sans port de gants, de casques, de bottes, le tout couronné d’habits malpropres). L’autre incommodité est relative aux hangars qui les abritent. Lesquels semblent être dépourvus de toute disposition moderne et adéquate propre à une boucherie. Odeurs nauséabondes, flaques d’eau, déchets et corollaires, discutent  la place avec les vendeurs et vendeuses qui s’y installent.

La cour ne fait pas exception

 

Par ailleurs, dans la cour de cet espace, faisant aussi office de mosquée aux usagers, la scène qui s’y déroule, est tout simplement terrible pour les yeux contraignant à couper instinctivement la respiration. En fait, en pénétrant cette vaste cour, par laquelle transitent les animaux, le visiteur extérieur à l’établissement, s’étonnera de l’état de délabrement de cette dernière. Boueuse et non pavée, elle ne constitue pas un cadre apte à garantir des conditions sanitaires  décentes. Des têtes bovines, des peaux d’animaux sont entreposées à même le sol.

Dans le vaste hangar où sont abattus les animaux, ce sont des têtes des carcasses qui jonchent le sol.  D’un autre côté, dans cette clôture où les espèces animales sont gardées, stagnent des liquides de couleur verdâtre dégageant une exhalaison fétide. Une mixtion d’eau usée ajoutée au défilement des vers qui y pataugent sans oublier les chants des mouches virevoltantes laisse inconfortable. D’autre part, l’exiguïté de la fosse prévu pour accueillir l’eau servant à laver les viandes apprêtées pour la vente, prête mains forte à cette mixtion bulleuse qui prend confortablement siège.

Ce que ne dément pas Janvier Kiki, un des responsables du site : « Comme le puisat  est petit, nous sommes obligés à chaque semaine d’évacuer l’eau à l’aide de motopompe dans des caniveaux ». De l’autre côté où les animaux sont en leste, la propriété n’est également pas à l’ordre du jour. Parce qu’à l’insalubrité causée par le commerce, s’ajoute le caractère marécageux de la zone qui facilite aussi un mélange très rapide du sable avec les fientes d’animaux.

Se préoccupant de cette malpropreté dans laquelle végète ce cadre, les usagers notamment les clients, ne se font pas prier pour manifester leur plainte à propos. C’est que vient confirmer Djigui Abdou, un client habitué des lieux et résident aux environs du centre, lorsqu’il pense que cette puanteur, ces ordures aussi bien solides que liquides, qui jonchent ce site de commerce peuvent alimenter des nombreuses maladies.

L’Etat, principal acteur incriminé

S’il est vrai que l’insalubrité dans laquelle se déroulent les activités à l’abattoir de Cotonou n’est plus à démontrer, il n’en est pas moins vrai que les raisons qui la sous-tendent semblent être imputables aussi bien à l’Etat qu’aux responsables et usagers des lieux. C’est à ce titre que le peu de moyens alloués à l’élevage reste, à en croire le responsable Janvier Kiki, le facteur qui explique, entre autres, l’état insalubre de l’abattoir. Moyens qui, a-t-il estimé, ne valent pas le dixième de ceux alloués aux abattoirs de la sous-région qui sont plus fournis et qui accueillent un nombre impressionnant de bœufs. Aussi, faut-il savoir que cet espace ne dispose pas de son propre incinérateur. Ce qui pose le problème de l’infection des lieux où les bœufs sont enterrés.

Du côté des usagers du secteur, aucun effort n’est consenti pour assurer l’hygiène de cet office public. Janvier Kiki reconnait tout de même : « Aucune taxe n’est payée. Et donc, toute notre recette est à notre actif ». Au vu de cet aspect de la question, il ne serait donc pas exagéré de penser que le personnel fait montre de négligence vis-à-vis de l’assainissement convenable qui devrait être réservé à cet abattoir. C’est ce qu’a d’ailleurs confié Moussa Fidahit, un habitué des lieux. Pour lui, les tueurs d’animaux ne sont pas propres et par conséquent ne veulent également pas assurer la propreté des lieux.

Place faite aux incommodités

 

Les viandes qui s’y émanent sont destinées à atterrir dans les casseroles et dans les assiettes. Ceci ajoutées aux senteurs désagréables que dégage l’évacuation d’eau à destination des caniveaux qui planent fortement dans l’environnement des habitations environnantes. Alors, eu égard aux conditions sanitaires inquiétantes qu’offre ce centre et face aux diverses raisons évoquées par les uns et les autres pour les justifier, il sied de porter une attention sur les incidences qui ne manquent pas d’impacts négatifs sur la santé et sur l’environnement.

En fait, cette insalubrité occasionne au passage des maux tels que des vomissements, des diarrhées chroniques, l’indigestion et autres maladies dans le rang de la population. C’est fort de cela qu’un habitant du quartier, préférant rester sous le couvert de l’anonymat, déclare : « Pendant la pluie surtout, c’est très difficile de respirer. Les enfants tombent malades et vomissement beaucoup parce que l’air est pollué. » Pour renchérir ses propos, Dossoumou Jean, docteur spécialiste des questions de l’environnement, lors d’une  interview à lui accordée par l’équipe de rédaction de la chaine télévisée privée Canal 3 Bénin  relatif à ce sujet, a d’ailleurs affirmé que l’insalubrité dans laquelle végète l’abattoir de Cotonou pollue non seulement la santé mais aussi et surtout l’environnement à cause des déchets évacués, lesquels sont susceptibles de créer des soucis sanitaires aux populations environnantes tels que la diarrhée, le choléra pour ne citer que ceux-là. S’il est clair que l’insalubrité de ce centre laisse au passage d’énormes incommodités, il est tout de même judicieux que des mesures doivent être prises pour faire face à cette situation.

Pendant que Abdou Djigui suggère qu’une cellule se salubrité soit mise en place dans le service, Janvier Kiki, quant à lui, souhaite que le service de traitement des déchets fasse et étende sa prestation de façon efficiente selon le besoin de l’abattoir. Dans la même visée, le docteur Dossoumou Jean, voulant répondre à la même question à l’équipe de Canal 3, a suggéré que la construction du nouvel abattoir aille à sa fin. Et que le transfert du bétail à Houèto dans la commune d’Abomey-Calavi, un des projets de l’Etat, soit aussi une réalité. Il convient de mentionner que d’autres enjeux ou politiques environnementales et sanitaires soient érigées pour donner un ouf de soulagement à la population environnante.

Pancrasse GANDAHO & Fidégnon HOUEDOHOUN



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