Les élèves en classe

INTERDICTION DES TD PAYANTS DANS LES COLLEGES PUBLICS : Les implications de la mesure pour l’école béninoise

127

Dans le cadre d’une bonne organisation de la rentrée académique 2017-2018, le gouvernement béninois a pris à la faveur du conseil des ministres du 30 août 2017, une série de décisions. Au nombre de ces dernières figure l’interdiction des Travaux Dirigés (TD) payants dans les écoles et établissements publics béninois. Si cette décision parait avantageuse, il nécessite plus de veille et de suivi compte tenu des réalités du système éducatif béninois où les subventions sont des plus en retard et toujours insignifiantes.
Les écoles et les établissements publics béninois sont désormais vidés de tout leur pouvoir d’organisation des Travaux Dirigés (TD) payants. Et ce, à compter de la rentrée académique 2017-2018. Ceci fait suite à la décision du conseil des ministres du mercredi 30 août 2017, conseil au cours duquel le gouvernement a pris la résolution de l’interdiction des TD payants dans les écoles et établissements publics béninois les mercredis après-midi et les samedis. Et pour cause, « … de telles pratiques…se mènent sur fond de supercherie grave et de dérapage par rapport à la déontologie et aux normes d’enseignement ». Du coup, la décision entend mettre fin aux diverses déviances observées lors de l’organisation de ces TD payants. En effet, les enseignants, de concert avec certains chefs d’établissements publics, contraignent les apprenants à payer les frais de TD. Ceci amène ces derniers à faire la pression sur leurs parents pour payer les TD. La situation est plus criarde pour les élèves candidats aux divers examens de fin d’année. Aussi, le coût peut varier selon que la matière soit scientifique ou littéraire. Toutefois, le souci de renforcement de capacité cède de plus en plus place à un esprit mercantiliste. Certains directeurs d’établissements ont carrément transformé ces séances de TD en fonds de commerce. Pire, la promiscuité a fini par se faire une place dans cette initiative. Les histoires d’amour et de coup de foudre, les abus sexuels, les intimidations et harcèlement et les affinités ne manquent pas dans le choix des enseignants devant animer ces séances. Dans certains établissements, ils sont confiés à des étudiants encore vierges en notion pédagogique, ce qui défavorise les participants. On laisse ainsi libre champ à différents sons de cloche sur les mêmes notions. Résultats, des sujets bien expliqués au cours ou durant ces TD payants se retrouvent par le fruit du hasard dans les devoirs et autre évaluation et salut les dégâts. Néanmoins, ces travaux sont bien organisés et suivis par endroit et les participants ont même l’opportunité de se confronter incognito à des sujets ou questions qui reviennent aux examens ou en composition. C’est ce que témoigne Koffi Charles Maximin Codjia, directeur de cabinet du ministre de l’Enseignement secondaire, « il y a même des TD où ceux qui viennent, bénéficient incognito de la chance d’avoir une idée des épreuves pour les évaluations et examens ». Toutefois, des élèves se plaignent par ailleurs de plus en plus de ce que les cours sont dispensés avec moins de ferveur et avec réserve au profit des TD payants où les enseignants donnent plus d’explications sur les notions abordées en classe. Certains d’entre eux ont même pris l’habitude d’inviter leurs apprenants au TD s’ils veulent mieux ou bien comprendre. Ce qui rime avec un système sélectif pour ne pas dire d’exclusion. En fait, l’organisation payante des travaux dirigés exclut les enfants dont les parents ne sont pas financièrement stables de ces séances ‘’dites de renforcement de capacités’’. C’est pourquoi, lors de sa sortie médiatique le 4 septembre 2017 à la tour administrative à Cotonou, Lucien Kokou, ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, explique que cette mesure vise à amener désormais les enseignants au respect des différentes phases entrant dans le processus d’apprentissage afin de ne plus obliger les parents à débourser pour les Travaux Dirigés dans le public. D’ailleurs, selon les experts consultés, les TD ne devraient pas être payants sachant qu’ils font partie des exigences de l’approche par compétence. Ainsi, en prenant la décision d’interdire le payement de ces séances de révision et de renforcement des capacités notionnelles au sein des établissements et écoles publics, le gouvernement entend se mettre en conformité avec les prescriptions du programme d’enseignement en cours dans le système éducatif béninois. Mais, le ministre Lucien Kocou a aussi notifié qu’après la mise en place du Conseil National de l’Education-Nouvelle Génération, une instance habilitée à mettre en œuvre les clauses d’un partenariat public-privé dans le secteur de l’enseignement, l’Etat élargira cette décision jusque dans les écoles privées. « Dès que l’Etat va établir ce partenariat avec eux, les règles deviendront les mêmes pour tout le monde » rassure-t-il.

Contestation…

Au lendemain de la prise de cette décision, une avalanche de voix s’est levée pour diversement l’apprécier. Si d’aucuns saluent la décision, d’autres la désapprouvent estimant que les enseignants du public ne vont plus donner le meilleur d’eux-mêmes comme par le passé dans les écoles et collèges publics sous prétexte qu’une partie de leur gagne-pain est coupée. Aussi, convient-il de souligner que le Front d’action des syndicats de l’éducation n’est pas resté muet face à cette mesure. Car « En ce qui concerne l’interdiction des TD payants, le Front suggère le recadrage et la définition d’un cadre règlementaire avec financement public ou privé (initiative des Parents d’élèves par exemple) afin de sauvegarder les vertus positives de l’activité au profit des pauvres qui ne peuvent s’offrir les privilèges et coûts prohibitifs pratiqués dans les établissements scolaires privés », a laissé entendre le porte-parole du Front, Maxime Okoundé. De plus, il est évident d’observer que les écoles et établissements privés béninois ont fait des TD payants une arme de bataille favorite pour faire réussir leurs apprenants en leur proposant des enseignants qualifiés, des conseillers pédagogiques, et autres pour leur animation. Pour preuve, des dix premiers au Bac 2017 du Bénin, neuf viennent des écoles privées qui toutes organisent des TD payants au profit de leurs candidats. En effet, lors des divers examens, il n’est pas rare de constater des exercices entièrement ou partiellement traités pendant ces TD payants par ces écoles privées sur certaines épreuves soumises aux candidats.

Un additif au rendement scolaire

Si tant est que l’organisation des TD tient du souci de renforcer les capacités apprenants, histoire de leur permettre d’affronter avec brio les différentes épreuves auxquelles ils seront confrontés lors des évaluations et divers examens, alors, cette décision gouvernementale permettrait aux primes à bord d’assurer une chance équitable à chaque apprenant et de mettre fin aux déviances souvent notées. Autrefois mis à l’écart du fait des souscriptions obligatoires, les enfants dont les parents n’ont pas une base financière conséquente pourront bénéficier aussi des séances de renforcement et de recyclage. Ce qui favoriserait non seulement le redressement ou le raffermissement de leur niveau de compétence, mais engendrerait aussi une vive émulation entre ces derniers qui seront à même de rivaliser tant avec ceux des parents lotis que des écoles et établissements privés en matière de rendement académique. Logés à la même enseigne du moins dans les écoles, les taux d’échecs pourraient considérablement diminuer, car tous ont désormais la même chance de compréhension.

Une équation à résoudre

L’inquiétude est d’autant plus grande étant donné que sur le terrain, les subventions octroyées aux écoles et établissements publics accusent de retard. Ce qui freine la bonne marche des activités scolaires dans ces établissements. Vidégla Cohounco, parent d’élève, pense pour sa part que « si les résultats sont meilleurs cette année comparativement à l’année dernière, c’est grâce aux TD. Si ceux payants sont interdits, il faut que le gouvernement trouve une solution palliative afin que nous n’ayons pas des résultats catastrophiques aux examens ». Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin), Noel Chadaré va dans le même sens : « il va falloir que le gouvernement subventionne les établissements en mettant à leur disposition une ligne de crédit dédiée à l’organisation des TD au profit de tous les apprenants ». Le gouvernement devra donc intégrer les frais de TD dans les lignes budgétaires des établissements et écoles publics. Aussi, le pilotage et la bonne application de la réforme éducative ainsi prise nécessitent une franche collaboration entre les directions départementales de l’enseignement et les ministères de tutelle. Lesquels ministères par le truchement de ces directions départementales peuvent initier des descentes inopinées dans certains de ces établissements et écoles publics et réaliser des enquêtes afin de mieux s’informer des éventuelles irrégularités qui pourraient s’en mêler afin de recenser « tout contrevenant, responsable d’établissement ou enseignant, qui se livrerait à de telles pratiques en vue de le sanctionner à la mesure de sa forfaiture ». Nul n’ignore la place des travaux dirigés dans la réussite des élèves tant au niveau des classes intermédiaires qu’au niveau des différentes classes d’examens et une vision de les faire profiter à tous est bien salutaire et mérite d’être suivi et accompagner.

Anselme CODJO & Méphis Marcodias KITI (Stag)


Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *