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INTERVIEW AVEC NORBERT HOUNKONNOU, CANDIDAT AUX ELECTIONS RECTORALES A L’UAC : « Nous voulons une université libérée de l’arbitraire, … des entraves au déploiement de l’équité, de la morale et de l’éthique universelle »

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La quatrième élection rectorale démocratique de l’Uac ne sera pas sans Norbert Hounkonnou, professeur de rang magistral, titulaire de chair Unesco de science physique et mathématique, enseignant sur les cinq continents et membre de plusieurs académies et conseils scientifiques.Un parcours bien meublé avec plus de deux centaines de publication scientifique, il estime avoir cumulé de nombreuse expérience et détenir d’importantes cordes à son arc pour servir l’Uac, la restaurer et l’inscrire pour toujours dans l’excellence. Il en parle!

Qu’est ce qui justifie votre ambition ?

Il est temps de faire entrer notre institution universitaire dans la modernité et l’équipe excellence s’est fixé cet objectif.

Est-ce à dire que l’université ne répond pas encore aux normes de la modernité ?

Les différentes équipes qui se sont succédé  jusqu’à l’heure actuelle ont fait ce qu’elles pouvaient suivant les visions qu’elles se sont données. Mais nous, nous donnons une nouvelle vision, différente de celle qui a prévalu jusque-là, celle de l’excellence.

Parlant de nouvelle vision, que peux-ton espérer de la liste excellence?

Nous nous sommes assigné une mission simple. C’est allumer la flamme d’espoir, qu’il ne s’éteigne point sur une institution universitaire rétablie dans sa dignité, ses prérogatives, et attribut pour servir de lumière au pays, à ses hommes et à ses femmes.

Nous voulons une institution universitaire libérée de l’arbitraire, des malversations, du  parjure, des entraves au déploiement de l’équité et de la morale et de l’éthique universelle. Doter d’infrastructures appropriées, gérer sainement  de manière  transparente et responsable dominée par la science au dernier cri mais conjuguée avec nos valeurs culturelles et sociologiques.

Epanouir tous ces hommes et femmes, toutes composantes confondues, unis pour la même cause dans des conditions de vies et de travail en adéquation avec les exigences de la mission. Et enfin, une institution consolidée dans son combat permanent pour des franchises universitaires plus élargies, des acquis démocratiques plus approfondis et pour sa modernité au service du développement de notre pays et de la science universelle.

Pensez-vous donc que nos acquis démocratiques reçus depuis 1990 ont été bafoués ?

Les acquis démocratiques majeurs conquis de hautes lutte datent de la période 2004-2005 et concernent notamment le droit à l’élection de nos responsables. Mais l’institution universitaire n’est pas encore autonome et l’autonomie est indispensable  pour son développement.

Il reste à lutter pour que nous ayons une autonomie suffisante pour nous gérer sans immixtion des forces extérieures. L’institution universitaire doit établir une vision. Notre mission consiste donc à mettre en exergue une certaine vision, celle-là qui a été déclinée dans notre plaquette.

Quarante-sept ans après sa création, on peine à compter les réalisations scientifiques et technologique au sein de l’Université d’Abomey-calavi. Que comptez-vous faire pour que l’Uac soit un pôle de science ?

L’institution universitaire a au moins trois missions : l’enseignement, la recherche et le service à la communauté pour le développement d’une nation donné en l’occurrence le développement du Bénin.

Nous allons assumer ces missions dans l’excellence en mettant l’accent sur l’excellence, gérer, enseigner, faire de la recherche dans l’excellence, et apprendre à célébrer nos célébrités scientifiques, nos célébrités dans tous les secteurs de l’institution universitaire. Détecter sur la base de critères bien définis, les meilleurs étudiants de chaque faculté, le meilleur agent administratif, le meilleur enseignant, le meilleur chercheur.

Nous regrouperons tous ces modèles annuellement afin de montrer à la communauté ceux qui nous porte et qu’il faut porter ensemble et à qui il faut ressembler pour faire en sorte que notre communauté s’épanouisse davantage dans l’excellence.

Le mot ”excellence” que nous avons choisi pour désigner notre équipe a toute une signification. Chaque lettre du mot excellence constitue un pilier à construire lorsque nous prendrons les rênes de cette institution.

Dans notre vision, nous nous engageons donc pour élever l’Uac au rang de la modernité en communion avec toutes ses composantes épanouies pour un enseignement, une recherche et une gouvernance empreinte d’éthique et de probité compatible avec les exigences du développement de notre pays.

Xylographier définitivement l’Uac dans le concert des universités contemporaines. Construire en adéquation avec la mission les moyens nécessaire pour atteindre un système éducatif universitaire adapté. Emmener les différentes entités de l’institution à un niveau d’autonomisation suffisante au double  plan administratif et financier qui leur permette d’assurer dignement leur mission, avec responsabilité et efficacité. Libérer toutes les énergies au service de la communauté universitaire et de toutes ses composantes sans exclusives.

Labourer de nouveaux champs de recherche et de promotion qui galvanisent et mobilisent davantage autour des défis majeurs de développement. Enrichir l’institution de partenariat dynamique et productif aux plans national, régional et international. Nourrir la recherche et l’enseignement de savoir-faire et autres connaissances endogènes qui soudent davantage la communauté universitaire avec les réalités sociologiques et économiques du pays.

Coller constamment aux besoins de nos populations en tirant le meilleur de la science, de la technologie, des arts et des lettres. Enraciner définitivement l’institution universitaire dans la dynamique d’un développement harmonieux irréversible, les valeurs éthiques, les us et coutumes universellement admises.

Voilà comment se décline le mot excellence pour l’équipe Excellence.

Merci professeur. Avez-vous souvent proposé ces idées aux dirigeants actuels ?

J’ai dit dans mes propos que les dirigeants actuels avaient une mission qui correspondait à leur vision de l’institution universitaire. Ce ne fut pas la mienne. Mais j’ai toujours, aux différentes équipes dans cette institution universitaire, fait des propositions concrètes, mais qui malheureusement n’ont jamais été prises en compte.

Et  enfin, n’ayant plus rien à démontrer au niveau international et au niveau national, j’ai décidé de me mettre au service de mon pays pour contribuer à la construction d’une université moderne.

Autres priorités de l’Uac en ce 21ème siècle…

Les priorités de l’Uac sont déclinées dans la vision de mon équipe

L’Uac peine à investir le LMD. Que comptez-vous réellement faire pour que la communauté universitaire puisse se sentir à l’aise avec ce système ?

Nous n’avons jamais mis le LMD en application dans notre institution universitaire.

Et pourtant nos dirigeants en parlent !

Les gens en parlent parce qu’ils n’ont pas une compréhension correcte du système LMD. J’ai été éduqué dans le système LMD. J’enseigne dans le système LMD aussi bien dans les pays francophones, dans les pays anglophones que dans le système russe. J’enseigne pratiquement sur tous les continents.

C’est un système que je connais parfaitement. L’application ou la mise en œuvre du système LMD exige des pré-requis.

L’Université peut-elle s’aventurer dans ledit système ?

Bien sûr ! Nous avons les moyens de le faire, contrairement à ce que l’on pense. Mais il faut assurer la permanence en énergie électrique, assurer l’existence de bandes passantes suffisantes pour permettre aux étudiants, aux enseignants, au personnel administratif de se connecter à l’internet haut débit.

Le système LMD, dans la pratique, comporte trois sessions : une session de 07heures du matin à 14heures, de 14heures à 22heurs, et de 22heures à 07heures du matin. Cela suppose qu’il faut de l’électricité mais en même temps, assurer la sécurité sur le campus universitaire. Vous me direz certainement qu’on n’a pas un nombre suffisant d’encadreurs pour aller à l’application correcte de ce système. Je dis c’est faux.

Dans le système LMD, les meilleurs étudiants à partir du Master et les doctorants sont de potentiels encadreurs. Imaginez une entité qui comporte 160 doctorants, vous avez 160 moniteurs potentiels. Nous appelions les moniteurs « assistants-stagiaires », parce que qu’ils n’étaient pas titulaires de doctorat.

Ces gens ont une tâche académique à assurer. Le professeur sous lequel ils font leur thèse, lorsqu’il fait son cours, ils ont l’obligation d’assister à ce cours, et le professeur a l’obligation de leur consacrer un temps pour l’encadrement. Par exemple, rédiger les TD et travailler avec eux pour être sûr qu’ils les maîtrisent.

Ensuite, ces moniteurs vont encadrer des étudiants dans de petits groupes. Imaginez que l’on donne 160 moniteurs à une entité qui comporte 160 doctorants en plus des enseignants existants, vous voyez que nous arriverons à un taux d’encadrement satisfaisant ou presque satisfaisant !

Aussi, il faut accélérer le processus de recrutement. Cela nécessite que nous dialoguions avec le pouvoir, avec les autorités pour leur faire comprendre l’importance de l’éducation tout court et la nécessité de recruter des enseignants. Cela est possible.

Les autorités ayant pour mission de développer le pays doivent connaître les leviers sur lesquels il faut s’appuyer pour assurer ce développement. Nous sommes capables de le faire. Il faut une nouvelle forme de communication avec les autorités. Nous avons des devoirs à assumer, nous avons à faire un enseignement de qualité, nous avons à faire de la recherche mais qui implique les réalités socio-économiques de notre pays et qui puisse permettre le développement de notre pays.

Mais lorsque vous ne mettez pas en lumière ces efforts qui accompagnent  les différents programmes de développement du pays aussi bien élaborés par le public que le privé, vous ne pouvez pas prévaloir être en mesure d’aller collecter les ressources financières et matérielles nécessaires pour le développement de votre institution.

Les ressources pour en arriver là, existent aussi bien au niveau national qu’au niveau international. A l’international, il existe d’importantes ressources susceptibles de nous aider à nous développer mais à l’heure actuelle nous sommes incapables d’aller lever ces fonds.

Et pourquoi ?

Parce que l’on ne répond plus à un appel d’offre aujourd’hui avec l’amateurisme régnant. La rédaction des projets est une affaire d’experts. Les enseignants ne sont pas formés pour rédiger des projets.

Dans les universités modernes, ce sont les cabinets d’experts qui se consacrent aux opportunités et fouillent à chaque fois. Lorsqu’ils dénichent une opportunité concernant par exemple le développement de la chimie, ils vont vers les chimistes pour discuter et prendre en compte leurs préoccupations, rédigent le projet et reviennent vers eux pour voir si ça correspond vraiment à leurs attentes. Ils retournent ensuite vers ceux qui ont formulé l’appel d’offre pour discuter avec eux et voir si leur projet entre dans leurs attentes. Ils recueillent leurs amendements et reviennent finaliser le projet.

Un tel projet soumis, a au moins 90% de chance d’aboutir. Nous travaillons encore dans un système archaïque, nous ne pouvons pas aller saisir ces chances parce que les mécanismes n’ont pas été mis en place.

Mais, à qui le tort ?

Mais ce sont les autorités universitaires, ça n’à rien avoir avec les politiques ! C’est une question de vision et ça concerne tous les domaines (la santé, l’agriculture, les sciences mathématiques, l’économie, etc.). Ce sont des flopées d’appels d’offres.

Donc il faut un Office d’experts qui travaillent que pour ça.

Parlant de la collaboration entre autorités universitaires et associations estudiantines que comptez-vous faire ?

Nous entendons gagner ces élections pour cogérer et co-construire une université moderne. C’est-à-dire que toutes les composantes, toutes les parties prenantes des institutions universitaires vont être associées à la gestion, présente dans les instances de décision de l’institution universitaire.

Nous n’entendons pas être juge  et parti. Dès notre installation, nous allons mettre en place le conseil d’administration de l’université qui va définir les grandes orientations et nous allons nous occuper de la gestion de l’institution universitaire au quotidien. Nous restons dans notre rôle mais également dans un rôle de coordination. Parce que les différents piliers qui sous-tendant notre visions vont être détenus par des gens qui regardent dans la même vision que nous. C’est-à-dire celle de construire une université moderne.

Il faut construire une bibliothèque à la dimension de nos ambitions, qui réponde aux exigences des bibliothèques contemporaines. Pour le faire nous n’aurons pas besoin de grands moyens.

Nous pouvons à cet effet trouver des philanthropes, y compris l’Etat, pour construire une vraie bibliothèque, symbole de la science, de la passion pour la production et le partage du savoir. Toutes les universités modernes ont ces symboles si bien que dès que vous y êtes, vous y est activé vers la connaissance.

Faites un tour aujourd’hui dans ce qui est appelé bibliothèque centrale de l’Uac, 47 ans après sa création, vous ne vous en reviendrez pas.

Il ne saurait y avoir d’antagonisme entre les différentes composantes de la communauté universitaire. Les étudiants, le personnel administratif, les enseignants vont être associés à la gestion.

A l’instant où un étudiant paie son inscription, les rétrocessions seront faites. Chaque composante doit constater sur son compte la part qui lui revient et dans la transparence absolue. Aucun doyen, aucun directeur ne pourra plus se plaindre de ce qu’il n’a pas reçu la part qui lui revient des rétrocessions.

Et cela a l’avantage de permettre aux entités d’élaborer un budget sur la base des ressources internes et d’assurer dans la dignité leur mission et non dans l’état de mendicité où elles sont exposées aujourd’hui. Au point où elles sont obligées de négocier  avec les agents comptables, avec le premier responsable de l’institution universitaire, des rétrocessions qui sont en fait est leurs droits.

Un appel à la communauté universitaire en ces moments décisifs ?

 Ne pas se tromper d’objectif ! Gagnons ensemble ces élections pour cogérer et co-construire une université moderne au service  du développement de notre pays. En direction de la communauté universitaire, nous avons beaucoup de projets : créer un office d’aide sociale à l’étudiant démuni, un office géré par des étudiants eux-mêmes. Car ils sont les seuls capables de détecter les nécessiteux, qui doivent être aidés pour la réussite de leurs études.

Cette structure sera différente du COUS car le COUS n’est pas géré par les étudiants, ni par l’université. Mais à partir du ministère. Les étudiants auront un office auprès de chaque vice rectorat pour la défense de leurs intérêts.

Nous sommes dans un réseau appelé RESAO ou se trouvent des universités comme celles du Togo, du Burkina Faso etc. pour construire une université moderne, l’enseignement et la recherche doivent être de qualité, de très bonne facture. Nous allons veiller pour que la mobilité soit non seulement inter-régionale mais aussi internationale. Et les programmes existent à cette fin aujourd’hui. Mobilité Sud-Nord Nord-Sud.

Savez-vous que des étudiants français sont inscrits anarchiquement ? Pourquoi ne pas faciliter le contraire ? Nous sommes aujourd’hui dans un village planétaire. Il faut former des étudiants aux compétences diverses les plus élargies  pour leur permettre d’avoir accès au marché mondial. Les étudiants formés ici ont de postes ici et en France.

J’ai mes étudiants en France, au  Canada, en Belgique. Parce qu’ils ont été bien formés.

Donc il faut permettre à nos étudiants de saisir toutes les opportunités possibles susceptibles de leur ouvrir le monde du marché. Et donc le service de la coopération, le vice rectorat à la coopération au partenariat et à l’insertion professionnelle va aider à cette fin.

Les associations estudiantines seront subventionnées comme ce fut le cas par le passé. Pour leur donner l’autonomie suffisante pour fonctionner et traduire dans les faits dans une atmosphère de collégialité avec toute la communauté, de vivre en harmonie avec toutes les autres composantes de la communauté universitaire. C’est indispensable.

Nous avons beaucoup de choses à partager dans cette cogestion, dans cette co-construction d’une université moderne. Il en est de même pour toutes les autres composantes de la communauté universitaire. Le personnel administratif doit avoir un plan de formation similaire  à celui des enseignants. Parce que les chercheurs, ce sont les accompagnateurs des différentes factions de notre mission. C’est-à-dire de l’enseignement et de la recherche.

Ils doivent avoir le profil adapté pour nous accompagner dans l’excellence. Et de ce point de vue, ils doivent être formés pour ne pas être dans un état de frustration. Leur gestion sera une gestion centralisée, la gestion de leur carrière de leurs avantages. Pour que l’on ne distingue plus le personnel administratif du rectorat aux avantages particuliers.

Face au personnel administratif  siégeant dans les institutions mais dans un état de frustration total. Les enseignants seront accompagnés pour faire un enseignement de qualité, une recherche de qualité. Les moyens seront mis à leur disposition de par la volonté de mon équipe d’aller mobiliser, d’aller élever des ponts au niveau national, au niveau régional et international par la mise en place de mécanisme appropriés.

Il faut instaurer un nouveau dialogue avec les autorités de tutelle pour travailler en harmonie avec celles-là, avec celles-ci afin de développer l’institution universitaire béninoise dans sa globalité. Et nous en avons les mécanismes, nous en avons les capacités. Nous sommes dans une institution publique. Nous avons des autorités de tutelle, nous avons le gouvernement à qui nous devons présenter les préoccupations essentielles de l’institution universitaire, mais d’une seule voix.

Lorsque les revendications des étudiants ne seront pas satisfaites à notre niveau dans la mesure des moyens qui sont des nôtres, nous allons les porter ensemble avec la communauté des étudiants vers les autorités appropriées pour discuter. Et nous sommes sur que dans ce nouveau climat de dialogues, de concertations et de participations à la prise de décisions que nous allons engranger, nous pourrions, toute composante confondue, mettre la main dans la main pour la construction de notre institution universitaire.

Réalisation : Sylvestre TCHOMAKOU & Oslo Chester WANOU



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