Interview avec Richard Dansou : « La photo est une écriture, une arme. Et comme toute arme, on peut la mettre au service de la culture »

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Le monde entier a célébré le samedi 19 août 2017 la journée internationale de la photographie. Pour laisser par le biais de notre plume une marque particulière dans l’ordre des nombreuses activités ayant meublées cette célébration au Bénin, notre équipe de rédaction vous propose une entrevue réalisée sur la photographie avec le photographe, vidéaste et graphiste Richard Dansou communément connu sous le pseudo artistique « Darimage ».

En tant que photographe, comment définissez-vous la photographie ?

La première définition que moi je donne à la photographie c’est qu’elle est l’art d’écrire avec la lumière. Pour moi la photographie est une sorte de littérature et le photographe de ce point de vue est un « écrivain » qui écrit en image la vie des peuples.

Quelle idée fondamentale vous motive dans la prise des images ?

Dans une prise d’images que ce soit sur un évènement culturel ou une cérémonie de réjouissance, l’idée qui me motive et qui je parie motive n’importe quel autre photographe est cette idée qui fait naître en moi le désir effervescent de matérialiser et d’immortaliser cet épisode de la vie qui se déroule ; cette pensée qui fait bouillir en moi l’envie ardente de traduire en images les différentes émotions exprimées pour la circonstance, ces quelques secondes d’état d’âme qu’un individu lambda n’a pas perçu au niveau du public, mais que le photographe de son œil d’« écrivain » arrive à lire. Sur le terrain, nous sommes beaucoup plus préoccupés par ces instants magiques, ces ambiances inoubliables qui prévalent, ces quelques fractions de seconde qui ne reviendront peut-être jamais, mais qui font l’essence même de l’évènement. Hormis un évènement, devant une personne que je dois photographier, l’idée qui me motive est cette pensée qui m’amène à questionner le visage de la personne à photographier, chercher et trouver le moment idéal pour flasher afin de révéler quelque chose qu’incarne cette personne, quelque chose propre à lui que le monde entier ignore. Et c’est ce à quoi sert la photographie dans une société. Immortaliser des moments, révéler les réalités d’une communauté, divulguer les images sur les richesses culturelles et attraits touristiques d’une nation en vue de les valoriser, faire connaître l’histoire des civilisations, transmettre les savoirs d’une génération à une autre, servir de bouée de sauvetage pour la sauvegarde de l’identité culturelle des pays.

Parlant de la photographie comme vecteur de valorisation de la culture des peuples, comment la photographie peut aider à promouvoir les valeurs culturelles d’un pays ?

La photographie est au service de plusieurs réalités, dont la culture. Pour moi, la culture d’une nation a essentiellement besoin de la photographie, de photographe d’art pour être valorisée et pour s’exporter vers d’autres pays. La photo est une écriture, une arme. Et comme toute arme, on peut la mettre au service de la culture. En Afrique comme au Bénin, nous avons beaucoup de choses à vendre, beaucoup de choses à montrer du point de vue culturel. Les danses béninoises en exécution, les gastronomies béninoises, les sites et musées, les patrimoines culturels matériels et immatériels, les forêts sacrées, les religions endogènes, les pratiques cultuelles, les us et coutumes voilà tout un étage d’héritage culturel dont dispose le Bénin. Un artiste photographe qui fait des reportages pour exhiber et montrer ces choses à la face du monde ne peut que contribuer à la promotion de la culture de notre pays. Avec l’avènement du numérique dans un univers de mondialisation où le monde est devenu un village planétaire, d’une manière très banale les photos des richesses culturelles d’un pays prises peuvent voyager et s’afficher au-delà de nos frontières sous d’autres cieux. Moi qui suis ici je travaille sur un projet pour mettre en lumière le patrimoine culturel matériel comme immatériel du Bénin. Et je ne suis pas le seul. Joannès Doglo, un jeune photographe béninois avant moi a travaillé sur les Statuettes Jumeaux dans la société traditionnelle béninoise. Beaucoup de photographes béninois l’ont compris.

Les téléphones androïdes ont transformé le public en potentiel photographe ambulant. Pensez-vous que la photographie professionnelle a toujours sa place dans cette société ?

Je pense, je crois et j’affirme que le photographe professionnel a sa place dans cette société d’androïdes. En photographie, il n’y a pas d’à-peu-près et il ne s’agit pas de prendre des photos pour prendre de photos. L’élément qui va marquer la différence entre un vrai photographe et un individu qui a juste son androïde, c’est cette touche particulière que le photographe va mettre dans son travail. Ces émotions que le photographe traduit à travers ces photos, ces thématiques que le photographe traite dans ces reportages. Celui qui possède un androïde va juste prendre des images par plaisir, flasher comme bon lui semble ce qui est contraire à l’esprit du photographe. Je pense qu’il n’a pas lieu de faire cette comparaison. Le photographe a sa place ; une très grande place d’ailleurs, dans cette société.

Que pensez-vous de l’état actuel de la photographie au Bénin ?

La photographie au Bénin est encore à l’étape embryonnaire. Et cette situation de la photographie au Bénin est à l’image de la situation de précarité générale qui règne dans le pays. Pour bien travailler, le photographe a besoin de certaines prédispositions. Ces différentes prédispositions ne sont pas au rendez-vous à cause de la lenteur de nos autorités en charge de la culture. Je veux parler du soutien institutionnel, de l’accompagnement financier, technique et professionnel dont le photographe a besoin pour réaliser les reportages. Les acteurs culturels n’aident pas les photographes pour la conception et la réalisation des expositions. Toutes ces causes justifient la photographie peu développée au Bénin. Cependant, l’espoir est permis si l’on se lève pour relever les défis qui s’imposent à la photographie béninoise de nos jours.

L’espoir est permis. Que préconisez-vous pour que l’espoir soit réellement permis ?

Les photographes doivent prendre conscience de l’envergure de leur puissance. Du rôle capital qu’ils peuvent jouer dans la révélation d’un pays au reste du monde. Que les jeunes photographes se rapprochent des anciens pour un brassage. Que les autorités rentrent dans l’exercice de leur véritable rôle à l’endroit des photographes. De cette manière, les photographes béninois vont travailler à révéler le pays au reste du monde.

Réalisation : Chanceline Mevowanou



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