Patrice Talon

LÉGISLATIVES 2019 :  Les blocs autour de Talon sous peine d’ébranlement

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À quelques mois des échéances législatives de 2019, les tractations politiques vont bon train. Plusieurs partis traditionnels  se sont regroupés en deux blocs autour du chef de l’État. Loin de fédérer leurs forces pour faire de ces blocs de redoutables machines électorales, ces partis engendrent des maux au sein des blocs nés.

Ensemble on est fort, dit-on. Sauf qu’au Bénin ce principe connait des exceptions. Ceci au point d’affirmer que sur le sol béninois, ensemble on devient faible. En témoignent les malaises que côtoient les partis politiques traditionnels béninois après regroupement en de grands blocs. Pour une rude bataille dans les urnes, pour accroitre leurs chances d’avoir une majorité parlementaire, l’opposition de même que la mouvance ont cru devoir se mettre ensemble. Sauf que les idylles n’auront duré qu’un laps de temps. Concrètement, les grognes des alliés se font entendre depuis l’annonce des blocs construits autour du Chef de l’État.

Alors que le Parti du Renouveau Démocratique (Prd) exige que son logo figure sans mutilation aucune sur le logo du bloc Dynamique Unitaire, les militants de l’Avenir d’un Bénin Triomphant (Abt) de Bio Tchané n’entendent pas céder facilement au leader des Tchoco-tchoco. Rendant ainsi la cohabitation difficile entre les deux hommes politique. Plus, l’Union pour le Développement d’un Bénin Nouveau (Udbn) traverse des jours troubles depuis que son leader Claudine Prudencio est entrée en négociation avec les membres dudit bloc. Les partisans de ce parti ont exprimé leur courroux et désapprobation par un communiqué en date du 24 septembre 2018. Pourquoi cette impasse au sein des blocs créés ?

Des raisons de ce cul-de-sac politique

Si les partis politiques en gestation côtoient déjà si tôt des difficultés, c’est pour moult raisons. D’une part, cela se justifie par le fait que les militants à la base n’ont pas été avisés avant tout ralliement et toute négociation. Ceux-ci soupçonnent une trahison. C’est le cas des militants de l’Udbn et de la Nouvelle Conscience du ministre Pascal Koukpaki. D’autre part, sied-il de noter que les leaders des partis politiques traditionnels, du fait des intérêts inouïs, se livrent à une guerre de leadership. Chacun tente par tous les moyens prendre les rênes du parti après le congrès constitutif tant attendu.  Une question alors : les hommes politiques des partis réunis peuvent-ils faire taire leur mésintelligence pour une bonne cohabitation ? À eux de répondre même si la réponse affirmative serait mieux au regard de l’histoire politique du pays.

Le passé édifiant !

Voir les partis politiques se donner la main à l’approche des élections n’est pas un fait nouveau au Bénin. Depuis toujours, des ralliements, parfois de trop, ont lieu. La dernière élection en date, celle présidentielle de 2016, illustre à merveille cette réalité. Tandis que Sébastien Adjavon avec son enseigne bleue devenue aujourd’hui USL, Pascal K. avec sa Nouvelle Conscience et Bio Tchané avec son Abt ont porté leur choix sur Talon au second tour, le Prd et la Renaissance du Bénin (Rb) ont consolidé Lionel Zinsou, candidat des Forces Cauris pour un Bénin Émergent (Fcbe). L’arc-en-ciel du Prd a beau montrer les couleurs nationales, la Rb a beau rêver d’un soleil nouveau pour le Bénin, l’échec de la coalition autour de Zinsou a été pénible (Talon s’en est sorti vainqueur avec 65,39% des voix). Si cette coalition a mordu la poussière, ce n’est pas le fruit d’un hasard. C’est surtout parce que les militants à la base ont désapprouvé le choix de la Rb et du Prd.

Conséquence, ils ont renié dans les urnes le choix à eux imposé. C’est aussi à cause de l’impasse qui régnait dans l’organisation interne de chaque parti politique. Les partis formant les blocs autour de Patrice Talon souffrent des mêmes maux. Est-ce à dire que l’histoire  va se répéter avec ces blocs sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? C’est une possibilité, surtout qu’une partie du peuple a par plusieurs canaux fustigés ce regroupement et son organisation.  À cela s’ajoute le fait que l’homme qui incarne la rupture devient de plus en plus impopulaire.

Pour un sacre véritable, les leaders des partis politiques traditionnels unis feraient mieux d’oublier leurs intérêts inavoués et surtout de se réconcilier avec le peuple souverain. Car le vote est le meilleur, voire le seul moyen par laquelle le peuple exprime sa souveraineté. Et au Bénin, le peuple a toujours montré que le dernier mot lui revient.

Vers la rupture avec  les dinosaures de la politique traditionnelle !!!

Si déjà, le Chef de l’État a pu, à travers, ses réformes contraindre les  anciens partis à se regrouper, il pourrait signer la fin de leur existence dans l’avenir. Mais maître de jeu qu’il est, Patrice Talon, n’hésitera pas à confier les premiers rôles des blocs aux jeunes, au détriment des “vieux loups politiques”. Cet état de choses aura pour avantage le renouvèlement de la composition de la classe politique vieille de 30 ans. Du coup, les dinosaures rejetant cette nouvelle formule devront rejoindre l’opposition ou naviguer seul.

Et là, conformément au nouveau code électoral pourraient-ils réunir les 10% de représentativité exigée pour prétendre participer aux élections? Pas sûr! Somme toute, tout porte à croire que Patrice Talon nourrit secrètement une ambition, une révolution: le renouvellement de la classe politique béninoise ou plutôt son rajeunissement.

La guerre des logos en téléchargement

Au sein de chaque camp, les leaders des deux blocs ne s’entendent pas sur les logos que porteront les deux blocs pour les législatives prochaines. Par communiqué en date du 23 septembre 2018, le parti Arc-en-ciel, le Prd a exigé le maintien de son logo dans son intégralité sans mutilation aucune sur l’emblème du nouveau bloc. Pendant ce temps, les autres membres dudit bloc sont plongés dans un silence suspect.

Est-ce un acquiescement implicite ou un aveu de faiblesse? Pas sûr quand on connaît la météo funeste de la politique béninoise. Abdoulaye Bio Tchané et autres vont-ils donner ce privilège à Adrien Houngbédji, soutien de dernière heure de Patrice Talon? Nul ne sait. Ce qui est su de tous, c’est que les militants de l’Avenir d’un Bénin Triomphant ont déjà prévenu leur leader. Et ni l’un, ni l’autre ne peut naviguer seul pour les législatives: le fameux quota de 10℅ guette chacun. Appelés donc à composer ensemble, les leaders de ce bloc devraient  s’entendre sûrement, mais pas aussi facilement. À quelques semaines  des élections législatives,  la guerre des logos sera fratricide, rude dans les différents quartiers généraux.

Pascal Victorin AHOUWENOU & Elodie AHOUNDJINOU (Stags)



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