Lors d'une cérémonie de connaissance des parents

MARIAGE/CONNAISSANCE DES PARENTS : Une valeur culturelle  en disparition au sein de la jeunesse

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De par le passé, la pratique de la connaissance des parents était un rituel auquel  s’adonnent les jeunes amoureux avant de s’unir, histoire de mieux appréhender l’environnement social des deux familles. Mais, l’évidence donne à constater aujourd’hui que cette pratique pré-mariage  est sujette de boycott. Cette attitude qu’observent à présent la jeunesse rime avec le désintéressement des valeurs culturelles et le mimétisme.Le mariage est une vertu. C’est un acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union. Mais avant l’officialisation de cette union, il faut certaines étapes requises au nombre desquelles figure la connaissance des parents. Car en interrogeant l’histoire, le mariage ne se faisait pas aux temps de nos grands-parents sans le consentement des deux familles qui veulent s’unir. Loin d’être le gage d’un mariage forcé, cette pratique ancestrale que respectaient les grands-parents, est plutôt une « clé de connexion culturelle et d’entente entre les deux familles ». C’est ce qu’explique Denis Adjignon HODONOU, socio-anthropologue. Pour lui, la connaissance des parents avant le mariage est la porte  d’entrée qui mène vers la vie de couple. Elle est, dit-il, une « une habitude culturelle, un processus qui permet de connaître l’ensemble des règles et normes fixées par les deux familles » pour s’unir par le truchement de leurs deux enfants. A l’entendre, il faut bien connaitre une famille, assimiler un tant soit peu, les règles qui la régissent avant de l’intégrer. C’est ce constat que vient renchérir Florentin NANGBE, enseignant à l’Université d’Abomey Calavi (UAC), docteur en Sociologie des organisations. Pour ce qui le concerne, la connaissance des parents avant le mariage est une étape fondamentale qui conduit au mariage coutumier. Elle permet non seulement « l’ouverture d’enquête » mis aussi aux parents des deux partenaires de faire une étude réciproque de l’environnement social auquel ils ressortent. Mais d’un autre côté, cette pratique constitue une preuve d’amour et sert de fondation pour le maintien d’un couple stable. C’est ce que témoigne EKPE Octavie, étudiante à l’Ecole Normale Supérieure de Porto (ENS-Porto) : « la connaissance des parents avant le mariage est une preuve d’amour pour la jeune fille ». Et plus qu’une preuve d’amour, elle assure le maintien de la paix dans le foyer aux dires de  Morelle KOUNDE, étudiante à la FASEG-UAC.

Le désintéressement à l’origine

A l’aire contemporaine, cette pratique culturelle pré-mariage fait objet de désintéressement de la plupart des jeunes qui s’unissent sans chercher à connaitre leurs beaux-parents. Mais à se référer aux jeunes rencontrés pour la circonstance, les appréhensions divergent. Si pour les uns l’importance de la connaissance des parents avant le mariage n’est plus à démontrer et à pérenniser, elle est une vielle habitude pour d’autres, notamment ceux qui vivent en milieu urbain. Quelles sont alors les raisons qui pourraient motiver un tel désintéressement ? De prime abord, « le manque d’une bonne éducation est la raison fondamentale », constate Denis Adjignon HODONOU. L’éducation est la transmission d’une culture dont il faut faire preuve en toute circonstance, fait-il remarquer. Mais au-delà de l’éducation, Vital GODOVO, psychologue clinicien en formation, fait une lecture historique du fait et s’interroge d’abord sur le type de famille qui existe actuellement. « La nucléarisation de la famille » fait-il comprendre ne permet pas aux enfants de recevoir une parfaite éducation. Entre temps, l’enfant grandit dans la famille élargie ou dans la grande famille et il reçoit  de sages  conseils, assaisonne-t-il. Au sein des familles, la non-communication entre les parents et les enfants explique la disparition de cette valeur culturelle au sein de la jeunesse. Les conditions dans lesquelles les jeunes se retrouvent aujourd’hui constituent aussi une raison non négligeable. C’est ce que vient confirmer Bissiriou Mohamed, Sociologue. A l’entendre, les jeunes se rencontrent au bord des voies, quelque part à l’université et ils n’ont pas le réflexe de faire l’étude mutuelle de leurs comportements avant de se lancer dans des aventures amoureuses. Quand bien même, des jeunes se sentent engagés pour faire la connaissance des parents avant le mariage, ils sont découragés par leurs compagnons car ironise Bissiriou Mohamed : « Tu n’as pas encore fait le premier essai et tu vas à la connaissance des parents… ». Approché, Florentin NANGBE constate au-delà des raisons sus-énumérées que celle fondamentale découle du système scolaire. L’école, dit-il, « conduit au modernisme ». L’acceptation de tout ce qui est nouveau, venant de l’extérieur fait assister à un rejet total de tout ce qui relève de la tradition. Cette école qui devrait permettre de faire la part des choses entre le bien et le mal désoriente et détourne le regard vers l’extérieur. Car ajoute-t-il, cette désorientation « déstructure complètement nos structures familiales ». Du coup, les jeunes vivent une éducation sans bases culturelles et trébuchent entre mimétisme et respect des valeurs culturelles.

 

Par conséquent…

Les conséquences que génère la non-connaissance des parents avant le mariage dans le couple sont légion. Le mariage ou l’union de deux êtres sans la connaissance des parents est une entorse portée à la culture et enfante d’énormes conséquences sur le couple. D’abord, la première implication d’un tel acte est le sacrilège dont font preuve bon nombre de jeunes aujourd’hui par ignorance avec des êtres mystiques. Sur l’émission « Hovi klé-oun » qui se tient tous les samedis à 21h30 minutes sur la radio nationale, il est souvent entendu que des jeunes concernés entrent en intimité avec des sirènes (Mami-wata) ou autres êtres du même acabit. « Ce désintéressement ne met pas le couple à l’abri des pressions psychologiques et mystiques et conduit ainsi les partenaires à ne pas respecter les totems de leurs familles respectives », renchérit Denis Adjignon HODONOU. Outre ces implications, la non-connaissance des parents avant le mariage sous-entend un kidnapping. Et ceci en raison du fait qu’en cas de décès d’un des partenaires ou d’autres problèmes dans le couple, la police peut intervenir. C’est un fait social que confirme Vital GODOVO en guise de témoignage : « J’ai suivi un couple qui n’a pas fait la connaissance des parents avant le mariage. Malheureusement pour l’homme, la femme décède » et la conséquence déduit-il, « le monsieur avait du mal à contacter les parents de la femme pour l’inhumation ».  Pour Florentin NANGBE, la connaissance des parents avant le mariage prépare la dot et constitue une ouverture d’enquête pour mieux appréhender « l’environnement social » des familles des partenaires. C’est une valeur culturelle que doivent reconquérir les jeunes pour éviter plus tard le maximum de problèmes dans le couple, recommande vivement .

 Hervé Dossou FADONOUGBO (Stag)



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