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Opinion / Incompétence des Béninois : Talon a raison…

Lucien Batcho, Doctorant
Lucien Batcho, Doctorant

Depuis le dernier virage du régime défunt, je me suis refusé de me prononcer sur les agissements, agitations et actions de nos gouvernants. Même pas la cacophonie autour des cartes d’électeurs et les craintes légitimes que cela faisaient peser sur l’issue du scrutin ne m’ont persuadé de me prononcer. Même pas la ridicule campagne électorale sur fond de recolonisation du Bénin agitée et l’humiliation d’un compatriote compétent n’ont pu obliger mon orgueil et ma fierté à émettre un sérieux doute sur la capacité de ce peuple à transcender ses vieux démons. Même pas les incertitudes et tumultueux débats sur les réelles ou supposées intentions de l’ancien locataire de la Marina ne m’ont fait changer d’avis. La fin justifie les moyens et en mon âme et conscience, j’ai toujours su que ce peuple avait toujours eu plus d’uns tour dans son intelligence. Bravo me suis-je exclamé le soir du 20 mars dernier. Et comme en 1990, je me suis dit « nous avons vaincu la fatalité » comme pour paraphraser le respecté Tévoedjrè. Au finish, et je concède à chacun, les raisons de l’échec ou de la victoire de chaque camp. C’est avec joie que j’ai accueilli, les grandes tendances et les résultats du second tour du scrutin. Même si, sur la composition de son équipe, j’ai salué le retour de quelques uns pour leur compétence, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger sur les accointances du nouveau-ancien homme fort de la Marina avec certains de ses suppôts. Adepte de la transparence et du mérite, j’ai salué, tout en me réservant, les premières décisions et espérais une communication pour justifier la conduite à tenir. Hélas, point d’explications jusqu’à ce que, poussant le bouchon trop loin, notre Président, à la face du monde, dévoila sa vraie nature. A l’opposé de Yayi, « Populiste et impulsif », nous avons notre Talon « Arrogant et suffisant ». Certes le pouvoir révèle les hommes. Tant mieux, lui, il avait le pouvoir mais se la jouait discret, soignait son image et choisissait ses mots.

Des signes d’un dédouanement futur

« Nous ne devons plus lésiner sur les mots pour qualifier les maux qui minent le développement de notre pays. J’ai promis un nouveau départ et je le ferai. Ne comptez pas sur moi si vous avez honte de votre maladie » répondait Talon à son retour au bercail face au tollé suscité par ses propos. Et le mot est lâché. Et ça confirme mes soupçons. Soit il est arrogant ou suffisant ou il s’apprête à justifier son échec. Sa vraie nature, je l’ai perçue lors du face à face télévisé sur la télévision nationale à la fin de la campagne du second tour. Ridiculiser les autres, se servir des autres, les manipuler voire les humilier, il en a l’art. Ce sont certes des qualités. Mais dans nos contrées, ça frise de l’injure et de l’humiliation. C’est le propre des milliardaires me disait un doyen. C’est un vrai capitaliste, profiteur, j’en conclus. Un avait dit dans ce pays, qu’un cadre dans son entreprise percevait plus que nos ministres. Pour poursuivre, il jura ne pas être tenté par la politique, qu’on y mentait assez. Quelques mois après, il mettra sa fortune en jeu et se porta candidat aux élections. Il se fera faiseur de roi et profitera du pouvoir les cinq prochaines années. Et il y eut des compétents pour le servir. Ils m’en ont l’air et se laissent découvrir à l’épreuve du pouvoir. Talon spécifiquement. Car c’est lui le point d’attraction aujourd’hui. Le Bénin est un « Etat voyou », une « République bananière ». « On n’est pas fier d’être Béninois » et maintenant, « Le Bénin est comme un désert de compétences ». Tout ça en l’espace de deux mois. Je nous en prie. Et j’espère que ses communicants ne nous feront pas l’affront de dire que ses propos ont été sortis de leur contexte ? J’attends !

Et je vois là, la marque de fabrique de tous nos gouvernants. Kérékou disait que nous avons des « intellectuels tarés ». Yayi lui a préféré nous mettre en garde en disant «si vous voulez changer l’avenir, changez-vous même». A peine installé, Talon, royalement, plante le décor. La où je veux en venir, c’est les résultats au terme de son quinquennat qu’il veut unique. Je parie qu’il ne nous dise en 2021, qu’il n’a pas eu les ressources humaines nécessaires pour mettre en œuvre ses ambitieuses réformes et finisse tristement comme ses prédécesseurs. Car, il ignore les exigences de ce peuple qu’il prétend gouverner. Digne et fier, il l’ait et n’aime pas qu’on bafoue son autorité. Qu’il se renseigne auprès de Soglo et Yayi.

La conséquence d’une forte politisation de notre administration

Et sur ce point, je voudrais qu’il garde à l’esprit que la déliquescence de notre administration ne date pas d’aujourd’hui et tous les régimes ont fait les mêmes constats. Notre administration est fortement politisée. A qui la faute ? Il est aussi comptable que tous les ministres et décideurs. Quand, pendant des décennies, on a utilisé les cadres pour servir ses intérêts et les corrompre au point qu’ils ont perdu toute vertu et bon sens du service public, il ne faut pas jeter le tort aux autres. Il a fait nommer des ministres depuis Kérékou II et sous Yayi. Je ne fais que reprendre ses modes opératoires pour crétiniser nos cadres. Quand, à coup d’argent, on a utilisé les médias et les syndicats pour pourrir la vie aux autres, on ne parle pas ainsi. Ils étaient en mission pour lui. Dans son actuelle équipe, l’homme qu’il faut est-il à la place qu’il faut ? A priori Oui, mais attention, ne me refuser pas la lattitude de douter de leur capacité, particulièrement, de deux qui saute à l’œil. Encore deux autres, si on doit voir plus loin, suivez mon regard et un troisième, si on doit s’interroger sur la privatisation de la SONAPRA et la filière coton. Pourtant, c’est la rupture. Un conseil d’observateur. Votre déclaration, je la trouve pertinente et juste. Notre administration est malade. Le mal est connu, le diagnostic est posé et les solutions simples identifiées. Dépolitiser l’administration. Mais à faire le parallèle entre politisation de l’administration et compétence des béninois, c’est une insulte grave à notre intelligence collective. Vous êtes coutumier des déclarations incendiaires. Le peuple aime ça. C’est ça qui a fait, peut-être, votre succès lors des campagnes. Comme lorsque vous disiez que « notre armée est pléthorique ».

Assumons et ne faisons pas porter la faute aux autres

Mais les élections sont terminées et il faut gérer le Bénin, si petit et si complexe. Donc modérer votre discours et demander à un de vos plus proche gardien de chasse, particulièrement, de faire très attention car, il pourrait réveiller les vieux démons. Quand je vous ai entendu, je me suis dit bingo, les syndicats de l’éducation vont se réjouir ! On va abandonner le nouveau programme, le LMD. Ma joie n’a été que de courte durée. En poussant la réflexion, je me suis laissé rattraper par vos manies et je n’ai pu m’interdire de me demander si vous êtes le Président ou l’ex candidat. Et là, je me suis dit, vous voulez donnez des armes à nos amis syndicalistes pour vous rappeler leur vieille plateforme revendicative. N’allez pas sur ce terrain et attention à jouer sur ce registre. Adopter le langage diplomatique qui sied à la fonction que vous occupez désormais. A moins que vous préférez diriger ce pays à la manie de vos multiples entreprises. Et là, je vous préviens, ça risque de ne pas bien se terminer pour vous. Car, ce peuple si docile, si compatissant sait se montrer rebelle. Et si vous rêvez d’un mandat apaisé, ne commencez pas par vous mettre le peuple à dos. Et qui sera le prochain sur la liste ? Le parlement, la magistrature, la cour constitutionnelle ? De grâce, en homme d’Etat, comportez-vous ? J’aurais pu vous dire que vos compatriotes officient ailleurs et sont respectés, que nos universités font du bon boulot, que nos compétences s’enfuient à cause des comportements des politiques, qu’à Paris, où vous pensez révéler notre incompétence, on la recherche. De grâce rattrapez-vous et le plus tôt serait le mieux sinon, vous donnerez les armes pour vous fouettez et vous distraire de l’essentiel comme vous l’avez fait avec les autres. Et à l’arrivée, l’espoir que vous avez suscité sera vite déçu.

Lucien BATCHO, Chercheur, doctorant en Information et Communication
lucien.batcho@gmail.com

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One comment

  1. Mr Lucien, à maintes ebdoits, votre analyse a peché.
    vous avez parlé comme un opposant qui essaie vainement de se mettre au dessus des “on dit”. Vers la fin de votre analyse, vous semblez ne pas comprendre le sens de “désert de compétence”. Le president parle de la masse critique de competences qu’il lui faut pour son projet de societe.

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