Kmal-Radji, slameur béninois

ORGANISATION DES SCENES LIBRES DE SLAM AU BENIN : « Priorité à ma carrière, la scène libre peut attendre » insinuent les slameurs

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Les scènes libres de slam à une époque révolue étaient organisées de manière très fréquente au Bénin. Presque toutes les semaines, poètes, slameurs et orateurs se retrouvaient dans une place publique, un espace culturel ou encore dans les rues en plein air pour déclamer. Contre vents et marrées, engouement et effervescence étaient de mise dans le rang des slameurs pour la tenue effective de ces différentes scènes. Mais nous observons aujourd’hui une entière disparition de ces scènes au Bénin. Quelles peuvent-être les raisons de la disparition scènes libres de slam au Bénin ?

Le slam béninois était dans une dynamique vivante il y a quelques années. Le public ne manquait pas de scènes libres de slam. Capital Slam, Slamwood, Jah Slam, Mouvement Universitaire du Slam. Ce sont les principales plateformes qui entre temps ont participé à l’éclosion des scènes libres de slam au Bénin. Pour le slameur béninois Satyre La Rime Plate, porteur du  Mouvement Universitaire du Slam, environ une centaine de scènes libres de slam pouvaient être décomptées en un an  rien qu’avec ces différentes plateformes qui donnaient vie aux mots chaque semaine. Ces creusets du point de vue de plusieurs slameurs béninois ont contribué  à la révolution du slam au Bénin en révélant au grand public des talents qui sont plus tard  devenus des slameurs professionnels et animent  l’univers du slam béninois. La quasi-totalité des slameurs qui sont en tête d’affiche aujourd’hui au Bénin sont des produits finis des scènes libres de slam. La scène libre de slam s’apparente donc à une école de formation pratique en « Art de slamer » qui soit au Bénin vue qu’a ce stade, le Bénin ne dispose pas encore  d’une école de formation professionnelle qui forme typiquement à cet art.

 Les slameurs décident de faire carrière, les scènes libres en arrière 

Les slameurs béninois interrogés n’ont pas énoncé une cause fatidique qui a pu éradiquer les scènes libres de slam au Bénin. Plusieurs raisons ont été énumérées. La principale raison évoquée est le désir des slameurs qui organisaient ces scènes  de faire carrière dans le slam. D’abord pour Sêminvo l’Enfant Noir, les scènes libres de slam n’ont pas disparu.  « Pour moi, ces scènes ne sont juste pas animées, nourries, tenues ou encore moins créées » ajoute-t-il. Et la raison qui selon lui justifie cette disparition des scènes libres de slam est la méconnaissance de ce qu’est la scène libre de slam par la nouvelle génération de slameurs béninois. « Les nouveaux poètes ne connaissent pas la fièvre de la scène, son ambiance, son exercice, son défis, sa sueur.  Et ce n’est pas leur faute car ils sont venus au slam à un moment où tous les organisateurs et animateurs des scènes libres de slam se disent ne plus être à ce niveau pour des raisons de carrière » explique-t-il. Même raison du côté de la slameuse Harmonie Byll Catarya. Elle confie que «Beaucoup de slameurs d’antan ont eu des obligations professionnelles. Certains ont même voulu faire carrière dans le slam ce qui a rendu l’univers des scènes libres de slam désert au Bénin ».  Nègre Djamile, slameur béninois, n’en dira pas moins vrai. Pour lui, à un moment donné, les slameurs ont ressenti le besoin de vivre de leur art donc de penser à eux-mêmes. C’est ce qui justifie cette situation que l’on observe. « C’était un tournant nécessaire pour le slam béninois puis qu’après avoir fait des scènes libres de slam dans presque toutes les villes du Bénin, il était important de prendre du recul pour réfléchir à leur carrière de slameur » renchérit Nasser Al Qualam, lui aussi slameur béninois. La deuxième raison qui selon les slameurs explique la rareté des scènes libres de slam au Bénin c’est l’absence des cadres pouvant accueillir les scènes. Cette pénurie de salle est tributaire de la dureté des promoteurs de salles de spectacles ou de bars. Ces derniers aux dires des slameurs exigent parfois de fortes  contreparties.    « Les promoteurs d’espace ne sont pas ouverts à l’animation des scènes libres de slam. Ils attendent une contrepartie trébuchante qui décourage les slameurs » révèle Sêminvo l’Enfant Noir. Il sera d’ailleurs appuyé  par le slameur  MRV qui ajoute « Les pourvoyeurs d’espaces pouvant accueillir les scènes libres de slam exigent beaucoup plus que la consommation des boissons que nous payons pour offrir aux slameurs qui déclament. Ils pensent que la scène nous rapporte et s’attendent à un retour gracieux de notre part. Cette situation décourage les slameurs et si cela perdure, c’est l’univers du slam béninois qui risque de prendre un coup ». La disparition des scènes libres de slam au Bénin sur une longue période va entrainer une volatilisation des talents cachés du domaine et au final aucune relève ne sera préparée pour reprendre la flamme du slam au Bénin. Pour donc éviter d’en arriver à cette étape, des mesures idoines doivent être prises.

« Des initiatives pour raviver les scènes libres de slam »

«Beaucoup plus de scènes de slam ». C’est la proposition de Harmonie Byll Catarya. « N’importe qui peut s’abreuver aux principes des scènes libres de slam et les organiser. Que les initiatives foisonnent de part et d’autre. Il n’y a qu’ainsi que l’effervescence qui prévalait entre temps pourra être ressuscitée » affirme-t-elle. Nasser Al Qualam quant à lui lance un appel aux promoteurs des scènes libres de slam  pour la reprise de ces différentes scènes qui s’organisaient. Pour lui ce sera un point de départ qui pourrait motiver toute autre personne à s’aventurer dans l’organisation de ces scènes. Nègre Djamile va ajouter des plaidoyers pour  implorer la générosité des promoteurs d’espaces culturels pour favoriser la tâche aux slameurs et aux potentiels initiateurs des scènes libres de slam. Les scènes libres de slam sont l’espoir du slam béninois. Il faut absolument que ces scènes reprennent pour l’agrandissement de la communauté des slameurs au Bénin. « Le slam est scène et il faut claquer les mots pour faire vivre le slam ». Comment revivifier donc les scènes libres de slam et inciter le public à venir si la signification d’une scène libre de slam est méconnue par un grand nombre ? Réponses dans nos prochaines parutions.

Chanceline MEVOWANOU


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