PASCAL TODJINOU À PROPOS DU RAVIP : « SAFRAN est disqualifié pour aider à faire un Ravip sérieux »

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Le gouvernement de la rupture a initié un recensement aux fins d’attribuer un numéro identifiant à chaque Béninois et étranger vivant sur le territoire national. Connue sous le nom de Recensement administratif à Vocation d’identification de la Population (RAVIP), cette opération est sujette à de vives polémiques dans le pays. Pourquoi ? Pascal Todjinou, nouveau président du Cadre national des Organisations de la Société Civile du Bénin en parle avec LE HÉRAUT.

Le RAVIP initié est entré dans sa phase active depuis le 1er novembre dernier. Quelles sont vos impressions ?

Le RAVIP, considéré comme instrument, est un outil très utile et important. Cet outil de facilitation permettra de voir clair dans le paysage béninois, de savoir les personnes qui circulent sur le territoire national. Donc, j’affirme sans ambages que le RAVIP est important pour le pays.

Alors, peut-on dire qu’avec cet outil le Bénin fera un grand pas vers le développement ?

Non. Ce n’est pas avec cet outil que notre pays fera un pas vers le développement. Le RAVIP facilitera juste beaucoup de démarches administratives, l’identification des Béninois et étrangers vivants sur le territoire national. L’outil tel que conçu en lui-même est bon, mais j’ai des inquiétudes en ce qui concerne la partie opérationnelle de ce recensement.

À propos, que reprochez-vous dans l’organisation du RAVIP ?

Lorsqu’on voit la partie opérationnelle, une structure telle que l’INSAE devrait jouer un rôle crucial, mais on va chercher un opérateur dont les résultats, ailleurs, ont créé d’énormes difficultés aux pays. Prenons l’exemple du Kenya où le même opérateur est intervenu, on enregistre mort sur mort depuis l’élection présidentielle annulée. D’autres pays comme le Ghana, l’Afrique du Sud, le Nigeria où Safran a fait du travail ont vécu ses tristes expériences. C’est ce que je crains. Safran est disqualifié pour nous aider à faire un RAVIP sérieux en toute transparence.

Doit-on alors comprendre que le gouvernement prépare un hold-up électoral ?

Vous savez, le RAVIP peut être utilisé à d’autres fins qu’à l’identification de la population surtout quand on se réfère à l’organisation de l’opération. Les choses sont allées très vite et suscitent d’inquiétudes. Les fonds sont déjà engagés, les acteurs déployés sur le terrain. Tout ceci amène à se demander si c’est seulement pour identifier la population que ledit recensement est initié. La politisation autour du projet convainc davantage.

Mais il y a un comité de supervision dudit recensement…

Le recensement est la chose des techniciens et non des politiciens. Lorsqu’ils se mêlent de quelques choses, les populations ont toujours peur. On parle de supervision alors que ceux-là mêmes qui ont fait perdre à l’État des centaines de milliards par le passé se retrouvent dans le même comité. Ça pose alors de problème. On aurait pu dépolitiser l’opération et les commentaires n’auraient pas droit de cité. Aussi, faut-il savoir que celui qui supervise quelqu’un doit être au-dessus de celui-là du point de vue connaissance. Malheureusement ce n’est pas le cas. Vous verrez que ces politiciens, membres du comité de supervision du RAVIP, vont gagner plus gros que les agents déployés pour la circonstance. Notre pays souffre énormément.

Que conseillez-vous alors pour la réussite de l’opération ?

Je dis encore sans ambages que le RAVIP est un outil très utile. Je ne suis pas contre. Je vais me faire enrôler de même que ma femme, mes enfants et ceux que je connais. J’appelle juste les pouvoirs publics et les citoyens à savoir garder raison et que le gouvernement corrige ce qui est encore corrigible dans l’opération.

Réalisation : Ayola Taïwo ONIONKITON (Stag)



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