Manucure-pédicure, petit métier, Cotonou, Bénin, Le Héraut

PETITS MÉTIERS À COTONOU : À la découverte de la pédicure-manucure ambulante

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S’il n’y a pas de sous-métier, il y en a bien qui ne sont pas loin de s’apparenter au banal. Néanmoins, ceux-ci ont bien de l’intérêt, puisque même pratiqué par une petite frange de la population, ils ne manquent pas de nourrir leurs hommes ou du moins, de leur assurer leur quotidien. C’est le cas de la pédicure-manucure ambulante. À la découverte d’un ‘’petit métier’’, qui malgré les risques qui l’entourent, est bien chéri.

Il n’est pas rare de rencontrer au détour du marché Dantokpa ou en arpentant une des grandes places de la ville de Cotonou, un homme armé de ciseaux ou de tout autres instruments tranchants de petite taille servant à tailler ou à limer, proposant ses services à l’un ou l’autre des potentiels clients, assis ou debout, venus se reposer ou prendre une pause attendant de reprendre la route. Ce sont les tailleurs d’ongles ambulants.

Décidés à prendre leur destin en main et subvenir à leur besoin à la sueur de leur front, ceux-ci ont embrassé ce métier de la pratique de la pédicure-manucure avec pour particularité, le service « à domicile ». À leur approche, c’est un retentissement intermittent de paires de ciseaux, qui se fait entendre. Signe de leur présence dans les parages.

Pour la plupart du temps habillé de la façon la plus pauvre, habit usé et malpropre, ceux-ci se promènent une main chargée de trois à quatre paires de ciseaux, l’autre garni d’un morceau de chiffon,  un tout petit récipient contenant de l’eau savonneuse et un torchon. Pour assurer leurs quotidiens, ils  « ciblent » leurs clients et leurs offrent leurs services.

Et s’ils réussissent à l’avoir, place à la pratique : ils mouillent d’abord les ongles avec de l’eau savonneuse, raclent la surface de celles-ci avant d’en tailler le bout et enfin les nettoient avec un torchon. Fin de la partie. Souvent de nationalité étrangère, ceux qui se plaisent dans ce métier y sont poussés par bien de raisons.

Le rempart !

Si les uns et les autres pratiquent ce métier, c’est pour, généralement échapper au désœuvrement ou au basculement dans un vice. D’ailleurs, la plupart des pratiquants avouent n’avoir appris aucun métier.

Rencontré à Missèbo, centre-ville de Cotonou, en plein boulot, Adamou Illiassou, Nigérien de naissance, dans un français grelotant,  confie : « J’étais très petit, quand j’ai commencé ce travail. Si je le fais, c’est parce que je ne trouve rien à faire ». Espérant à l’origine devenir commerçant, celui-ci a fini par étreindre ce métier après maintes « galères ». « N’ayant toujours pas trouvé de l’argent pour démarrer mon  commerce, j’ai été convié à la pédicure-manucure par mes compatriotes camarades. Ainsi,  je me suis renseigné et ils m’ont prêté de l’argent. C’est par là que j’ai acheté les outils et me suis mis au travail» a-t-il précisé.

Moussa S., un autre pratiquant rencontré sous le passage à niveau de Houéyiho avoue qu’il s’est mis à ce métier pour pouvoir s’assurer son quotidien et se parer de toutes les garanties nécessaires pour ne pas sombrer dans le vol ou autre vice.

Le bénéfice

Avec une paie qui varie entre 75 et 100 francs CFA par client, les pratiquants du métier avouent faire une entrée s’élevant à 2000F CFA de façon quotidienne. Et même si certains jours, ils perdent le pari d’atteindre cette somme, ceux-ci assurent qu’ils n’en arrivent pas à raser « moins de 1000 par jours ».

Cause, les clients ne sont pas rares. Assez sont les clients qui, du fait du manque de temps ou d’un enclin à la recherche de la perfection se confient à ceux qui pratique ce métier. Maman Yah, une vendeuse de pagnes rencontrer à Missèbo en pleine jouissance des services d’un ‘tailleur d’ongles’’ ambulants avoue : « je me fais souvent tailler les ongles parce que je ne trouve pas assez de temps pour m’occuper de mes ongles, le travail oblige ».

Comme elle, nombreux sont ceux qui sont dans le même cas. Un fait qui n’est que pour rassurer les pratiquants du métier.

Les risques

C’est surtout sur le plan sanitaire que ce trouve, tant pour le pratiquant que pour le client, les risques liés à ce métier.

En effet, au regard des conditions peu soigneuses dans lesquels il est exercé, la pédicure-manucure ambulante n’est pas loin d’être vecteur de bien de maladies par la voie sanguine. Les matériels de travail étant utilisé pour tous les clients et ne subissant aucune stérilisation, le risque de la transmission d’une personne à une autre se fait plus menaçant surtout avec la survenu de blessures par inadvertance.

Pour COOVI A., Médecin à la clinique Saint-Gérard Cotonou,  « ce métier dangereux et présente d’énormes risquent ». « Si par exemple un client a le VIH/SIDA et en voulant lui tailler les ongles, il se fait blesser par la lame, un autre client peut se faire contaminer du fait de la défaillance d’entretien des instruments du métier ».

Conscients de ce risque, les pratiquants du métier s’expliquent : « Je n’ai pas d’alcool pour nettoyer mes ciseaux, je n’ai rien. Arrivé à la maison les soirs, je mets mes instruments de travail dans un litre d’eau chaude et je les laisse tremper jusqu’au lendemain», Adamou Illiassou.

Par rapport, même les clients sont conscients des risques. Maman Yah se méfie : « Les ciseaux ne sont pas la plupart du temps nettoyés. C’est pourquoi à un moment donné j’ai cessé et j’achète ma lame pour me faire tailler les ongles ». Pendant ce temps, les ‘’professionnels’’ du métier sans cesse en croissance, s’appliquent à se « débrouiller ».

 

Fidegnon HOUEDOHOUN (Stag)



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