Ong La voix des étudiants

POLÉMIQUE AUTOUR DE LA CRÉATION D’UNE ONG POUR LA DÉFENSE DES ÉTUDIANTS : Les soubassements d’un malentendu qui prend de l’ampleur

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Le 11 janvier 2018, il a été procédé, à l’Uac, à l’installation du bureau provisoire de l’Ong ‘’La voix des étudiants’’. Une Ong qui compte œuvrer dans la lutte pour l’épanouissement de l’étudiant, ses droits, la défense de ses intérêts et, par ailleurs, militer pour une diminution du chômage. Mais si, dans la logique, l’initiative semble salutaire, elle ne manque pas de prêter à polémique. Les associations représentatives des étudiants, par rapport, ne se font pas prier pour montrer leur scepticisme. D’un camp à l’autre, entre responsables étudiants et parrain de l’Ong, c’est désormais un climat de défiance et de réserve. Radiographie d’un malaise qui n’a fini de naitre.

A l’Uac germe une autre controverse : celle du droit et des prérogatives en matière de représentation des étudiants. En effet, si les institutions estudiantines à caractère syndical ont tôt fait de s’inscrire dans une logique de défense des droits de la communauté qu’elles représentent, désormais, une organisation non gouvernementale, à priori, s’y engage aussi. Dénommée ‘’La voix des étudiants’’, celle-ci compte œuvrer pour la défense des « intérêts moraux et immatériels des étudiants » et par rapport, s’organise pour sa reconnaissance par les institutions étatiques.

C’est là, de l’initiative de création, que naît une polémique. Polémique qui oppose les organisations estudiantines à caractère syndical et Habib Ahandessi, « Guide » et membre du conseil d’orientation de l’ONG. Ceci trouve sa source dans les objectifs de l’ONG, qui, même encore non enregistrée, mène déjà des actions sur le terrain.

Habib Ahandessi explique que si cette Ong est portée par l’objectif qu’est la défense des intérêts moraux et immatériels des étudiants et aussi la lutte contre le chômage, elle a pour base le militantisme estudiantin et passe par la tenue « d’assises estudiantines » qui constituent un cadre d’expression des étudiants, mais aussi un creuset d’échange sur les problèmes de l’université et le recueillement des plaintes des étudiants. « L’ONG procèdera, par ailleurs, par des recrutements » pour la constitution de la ressource humaine et pour celle de la ressource financière, et « initiera des quêtes de solidarité » qui se résument en des souscriptions des étudiants. Ainsi libellée, selon lui, cette Ong compte œuvrer dans l’action citoyenne.

Le malaise

Si pour Habib Ahandessi, il est clair que ‘’La voix des étudiants’’ se moule dans l’action de la promotion de l’intérêt étudiant et catégorise ses actions dans les œuvres citoyennes, ce n’est pas le cas pour les responsables étudiants. Le principal reproche mis sur le tapis est relatif à la non-association de ceux-ci dans le processus de création de l’Ong.

Selon Rodolpho Da-Kindji, président de l’Union des Scolaires et Etudiants du Bénin (Unseb), l’Ong serait bien partie si, à la base, les trois (03) associations que sont la Fneb, l’Uneb et l’Unseb étaient impliquées dans la création. Pour lui, la création de ‘’La voix des étudiants’’ est « un non-évènement ». « On ne peut pas vouloir œuvrer pour le bien-être de l’étudiant sans associer ceux qui défendent leurs intérêts » a-t-il ajouté.

Alain Nouho, président de l’Union Nationale des Étudiants du Bénin (Uneb), après avoir reconnu que l’institution qu’il dirige n’a aucune connaissance de la naissance de cette Ong, confirmant ainsi la mise à l’écart des mouvements étudiants, laisse clairement paraître sa confusion non sans avouer que l’initiative prend un coup du fait que ce critère n’est pas respecté. Le doute plane alors sur le mobile réel de l’initiative.

De là naît succinctement un soupçon d’accaparement de la prérogative de la défense des étudiants. Alain Eklou, Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Étudiants du Bénin (Fneb), constate : « Normalement, il doit avoir une collaboration entre les organisations estudiantines et l’Ong. Celle-ci doit participer aux activités de ceux qui sont mandatés pour défendre les étudiants ». Sinon, continue-t-il, « créer cette Ong, s’assimile bien à une intention de, semer le désordre dans la maison ».

C’est donc à témoin qu’il martèle que « seules les organisations estudiantines peuvent défendre les étudiants » et ladite Ong « ne peut représenter les étudiants ». Ce qui implique que son action ne peut donc qu’être « participative et non gestionnaire ». De l’autre côté, assurant que son organisation ne revendique aucunement qu’on l’associe à la création, Rodolpho Da-Kindji néanmoins trouve que du fait du soupçon sur l’intention, un problème se pose.

La contre-attaque

« La voix des étudiants ne va pas s’asseoir à une table de négociation (…) elle se veut plutôt être une base pour les 3 organisations estudiantines » se défend Habib Ahandessi face aux différents soupçons. Pour ce qui le concerne, il ne s’agit pas d’une question de prérogative puisque l’Ong s’inscrit dans l’action citoyenne et vient répondre à un certain nombre de problèmes relatifs à l’épanouissement de l’étudiant et à la question de ses intérêts.

S’il avoue par ailleurs que ‘’La voix des étudiants’’ peut constituer un vivier pour la concrétisation d’une intention politique nationale, l’Ong, pour lui, demeure quand même « une base sur laquelle devrait se poser les 3 institutions à caractère syndical » pour la réussite d’une mobilisation de la couche estudiantine. C’est sans compter sur la vigilance des autres pour qui, dès lors que la base a été faussée, que les organisations estudiantines n’ont pas été associées et que l’intention politique n’est pas écartée, la crainte d’une récupération du mouvement étudiant à des fins inavouées ou pour l’assouvissement des intérêts personnels est bien palpable.

D’ailleurs, « on ne peut rattacher une institution à la personnalité d’un homme », martèle le président de l’Unseb. Encore que, rappelle Alain Eklou, Sg/Fneb, « Habib Ahandessi n’est plus étudiant, il est exclu de l’université ». La cause défendue par le « Guide », en matière de crédibilité, prend déjà un coup. Néanmoins, par rapport, Rodolpho Da-Kindji déclare : « nous sommes en démocratie et l’Unseb ne saurait s’opposer à la création d’une organisation ».

Pendant ce temps, les premiers concernés alternent entre crainte et espoir. George Houndja, étudiant à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication signale : « il est vrai que la création d’une Ong prouve une volonté de militer pour l’étudiant, mais, rien ne rassure sur les intentions réelles ».

En plus, continue-t-il « l’engagement politique de celui qui chapeaute l’Ong fait fleurir un soupçon d’utilisation des étudiants dans le cadre d’une réalisation d’ambition politique». Sur le terrain, par ailleurs,  chaque partie mène ses actions. De ce constat, la discorde n’ayant pas encore été suffisamment alimentée pour exploser, les uns et les autres appellent  à une meilleure collaboration pour le bien-être de l’étudiant.

 

Luc Antoine AMEGNISSE



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


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