PRESTATIONS MUSICALES AU BÉNIN: Le live perd de plus en plus sa place

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L’univers musical béninois de nos jours s’élargit avec l’avènement des artistes chanteurs de plus en plus nombreux sur la scène musicale. Mais sur scène, force est de constater que très peu sont ces artistes chanteurs qui arrivent encore à faire du live au cours des diverses prestations musicales auxquels ils sont invités. Le playback est au cœur de tout et est devenu le mode de prestation le plus prisé par les artistes. Et pour comprendre, plusieurs raisons sous-tendent ce déclin du live au Bénin.
« Du balance moi le son ». C’est ce à quoi l’on assiste et qu’on entend de nos jours au cours des concerts dit live. Fuite de responsabilité ou ignorance des réels tenants du live, cette ruée des artistes chanteurs vers le feedback interpelle. Sur la question, l’enseignant de musique, Mechac ADJAHO ne lésine pas sur les mots pour justifier ce triste constat dans le monde musical béninois. Des artistes, des vedettes et même des stars sont tournés vers la musique d’ordinateur, laisse-t-il entendre très désolé. Que ce soit la réalisation de leurs albums ou single ou au cours de leurs prestations grand public, nombreux sont ces artistes qui font du playback. Malgré son importance notoire, le live se pratique très rarement et les groupes d’artistes musiciens en témoignent. Pour Sweet-Glory, artiste musicien du groupe All Bax le Live constitue un canal sûr par lequel le public peut jauger les réelles performances musicales d’un artiste. Mais, se désole-t-il, de nos jours, le live est rangé de côté, et presque tous les artistes préfèrent faire recours au playback. Le live est très important, mais à quoi retourne-t-il plus exactement, est-on tenté de se demander.

Que cache le live ?

Il n’est plus à démontrer l’importance capitale du live dans la vie musicale des artistes. Il est très recommandé pour l’éclosion musicale de tout artiste qui veut se faire une place aux côtés des artistes de renoms cités pour leurs performances. En terme musical, le live pour Méchack Adjaho, est une musique « vivante jouée par des hommes vivants ». C’est l’opposé de la musique-machine. C’est le contraire, renchérit-il, de la musique des robots, de la programmation. Il est l’interprétation et le jeu instrumental, réexplique-t-il, qui sont exécutés en direct, et peuvent intervenir par exemple sur la phrasé, la nuance, par la vitesse, la durée ou encore la hauteur de la musique. Parlant de cette performance musicale, certains artistes musiciens s’y essayent et le réussissent très bien. Dans la musique béninoise, Sagbohan Danialou, Nel Oliver, Sèssime, Ricos Campos, Jah baba, Faty, Angélique Kidjo et bien d’autres se sont fait la réputation, qui aujourd’hui constitue leur fierté, grâce à leur prestation live sur scène. Le live est beau à vivre et impact beaucoup plus le public, mais il a beaucoup d’exigences. Il fait ressortir chez l’artiste ses défauts et ses qualités. La musique en live nécessite chez un artiste : « une voix juste, la maîtrise de la structure de sa chanson pour ne pas se perdre lors de la prestation » dit Mechac Adjaho. Tout comme cet enseignant de musique, les artistes musiciens, eux, aussi en partageant son avis estime également que le live va au-delà de ce que l’on peut penser. Pour Faty, artiste chanteuse : « un chanteur est un sportif ». Le chanteur qui veut se prêter à l’exercice du live doit se donner au sport pour pratiquer les exercices de maitrise du souffle, savoir chanter les notes pour éviter les « dégamages » en cours de prestation. Allant dans le même sens, Ricos Campos, artiste musicien ajoute que : « la première des choses pour un artiste chanteur, c’est de savoir jouer à un instrument ». Il doit avoir un orchestre pour s’accompagner, a-t-il confié. La musique est un don et qui se laisse épouser par la muse de la musique doit répondre aux exigences du live.

Les exigences causent de l’abandon…

Plusieurs raisons sous-tendent l’abandon et le désintérêt que le live suscite chez les pratiquants de la musique béninoise. C’est le manque de moyens que les artistes pointent du doigt. Ils estiment, pour la plupart que les moyens jouent beaucoup dans la balance. Sur la question, Faty condamne les autorités en charge des activités culturelles. Elles sont, à l’en croire, la première cause de ce désintérêt que suscite la musique live. Un manque à la fois de moyens matériel et financier, précise-t-elle. Elle soutient que peu d’artistes ont les moyens d’organiser, et de se procurer les matériaux, l’orchestre et la salle de répétition nécessaire à une prestation live de qualité. Dans cette lancée, Méchac ADJAHO évoque plusieurs raisons. Il pose avant tout le problème de << la cherté du live >>. À l’en croire, il y a aussi le fait qu’une certaine catégorie de chanteur est venue dans la musique pour se cacher, parce qu’ils ne veulent pas travailler. Sans marcher sur les mots, il relève également le cas de ceux qui sont là pour la mode, ceux-là qui ne comprennent pas réellement les enjeux du métier. Ils suivent seulement leurs amis. Nombreux sont ces artistes qui ne maîtrisent pas la gestion de la ressource humaine et du coup ne répondent pas aux exigences du public alors ils sont obligés de faire recours au playback. Guillaume FIOKOUNAN, artiste musicien instrumentiste évoque la question de l’incompétence et de l’incapacité de certains artistes. Ce sont des gens qui n’ont suivi aucune formation professionnelle de musique et qui veulent faire de la musique juste parce qu’un jour ils ont eu envie de s’y essayer. Ceux-là ne maitrisant pas les contours et rouages du live sont automatiquement tournés vers le playback.

Les revers d’un tel abandon

Face à ce fait, Guillaume FIOKOUNAN voit que l’artiste qui se donne trop au playback se limite et ne peut jamais devenir international de plus il estime que ce dernier régresse l’épanouissement culturel du Bénin. Le pays risque de perdre ses acteurs culturels. « Voyons le nombre d’artistes qui résident à l’étranger. Plusieurs sont partis depuis un moment, même cette année plusieurs autres s’y sont ajoutés et d’autres encoure sont partis cette 2018 et d’autres qui sont partant ». Ce à cause du sous-emploi et de la faible valeur accordée au domaine musical dans notre pays. Un état de choses qui constitue une perte pour le pays dans le domaine artistique. L’occident continuera toujours de se développer par le biais de nos acteurs culturels qui se dirigent vers eux pour mieux vivre de leurs œuvres. Méchac ADJAHO voit que l’artiste qui se donne au playback s’engage de son plein gré dans une chute libre de régression, car il désapprend. Il ne sera jamais pris en compte sur des spectacles internationaux. Le playback ne fait pas d’un artiste un expert il, le maintient à un sous niveau. Le fait aussi est qu’une telle pratique n’entache pas seulement la réputation de l’artiste, mais elle compromet également la notoriété de la culture béninoise. Et l’expose à la ruine « le Bénin chute culturellement, moins de musiciens manquent d’emploi, d’autres vont quitter le secteur ». Pour y remédier, Ricos Campos préconise que les artistes se mettent à travailler et en laissant la peur de côté. Former un orchestre soi-même et rester pour garder la main. Il faut qu’ils se jettent à l’eau en matière de sport c’est en cela que les artistes ont besoin de coach comme c’est le cas dans la musique. Il propose également qu’on nomme les artistes pour qu’ils aient de la matière à vendre.

Flavien HOUNGNALO (stagiaire)



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