RÉDACTION DES MÉMOIRES EN LIEU ET PLACE DES ÉTUDIANTS EN FIN DE : L’autre visage des faux diplômes

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Dans plusieurs facultés et entités de formation dans les universités, les étudiants en fin de formation sont amenés à mener des réflexions sur des thèmes donnés et donc, à rédiger des mémoires. Mais il est à constater que ce sont finalement d’autres personnes, se cachant derrière ‘’des pseudonymes’’, qui font lesdits travaux en lieu et place des étudiants concernés. Une pratique récurrente dans le rang des étudiants et qui fait montre de l’incompétence tant clamée.

Chassez le naturel et revient au galop. La tricherie chez les étudiants prend un autre tournant. Après les cas de fraude à grande échelle dans les entités de formation, lesquels cas sont désormais sous les feux projecteurs, les étudiants ont trouvé d’autres moyens « ingénieux et spécieux » pour obtenir les diplômes de fin de formation. Nombreux sont ces étudiants qui paient des amis ou « des rédacteurs » pour rédiger leurs travaux de mémoire, de licence surtout. Lesquels rédacteurs se cachent derrière des centres pour offrir leurs prestations aux étudiants qui le souhaitent.

Parlant tantôt de relecture de mémoires, tantôt de corrections, voire de traduction de mémoires, ils ne manquent pas de génie pour exercer dans l’ombre. Témoin de cette réalité, une source confie : « Je connais des gens qui ont recours à d’autres pour rédiger leurs mémoires. Ayant soutenu fraîchement (en 2018) en sciences juridiques, mes camarades et moi avons été confrontés à l’épreuve de la rédaction des mémoires. Certains ont préféré contourner en s’adonnant à cette pratique. Un des amis à avoir fait ça a payé 150 000 F CFA au rédacteur et a obtenu 14 de moyenne ». De ses explications, il y ressort qu’après rédaction des mémoires, les étudiants qui recourent à cette « fraude » sont coachés pour qu’ils puissent défendre leurs thèmes devant les jurys lors des soutenances. Un exercice qui donne ses fruits, puisque de nos recoupements, la plupart de ces étudiants tirent leur épingle du jeu lors des soutenances. Comme lui, un patron de centre de rédaction à Parana ayant requis l’anonymat témoigne : « nous aidons les étudiants à rédiger leurs mémoires. Vous payez 5 000 F et on commence le travail. Après la rédaction, on facture la page à 2 000 F ». Bilel Frédéric en a aussi fait l’expérience, même s’il trouve que les prix souvent réclamés ne sont pas à la portée des étudiants « moyens ».

À noter aussi qu’au nombre de ces rédacteurs, on dénombre certains assistants de certains enseignants ou professeurs des universités. L’un d’eux, rencontré dans le cadre du présent sujet, assiste un enseignant du département de la Géographie et, de temps à autre, offre « ses prestations » aux étudiants mis sous la direction dudit professeur, en contrepartie des sommes allant de 300.000 F CFA à 500.000 F CFA. D’un autre côté, même sans contrepartie financière, la pratique est dissimulée sous le vocable « entraide ». « J’ai aidé mon ami Ayidé Luc quand il avait de difficultés dans la rédaction de son mémoire », confesse Ayela Barikamou, étudiant à l’Institut de mathématique et de sciences physiques (IMSP). Si la pratique se généralise de plus en plus, c’est bien pour plusieurs raisons.

Des raisons…

Dans le cadre de la rédaction des mémoires de fin de formation, plus d’un des étudiants rencontre des difficultés. Et, semble-t-il, les maîtres-mémoire ne sont pas disponibles pour les aider. C’est là l’avis de Ayela Barikamou qui, au cours de son intervention, a expliqué que la rédaction d’un mémoire de fin de formation « est comme réaliser un projet » et, comme tel, nécessite l’aide des uns et des autres. Or, « le maître mémoire n’a que les yeux d’un sachant sur votre sujet, il vous oriente et c’est fini », a-t-il déploré avant d’ajouter que « si le sujet dépasse l’étudiant, il ne peut que chercher ailleurs ». À l’heure où nous mettons sous presse, nos efforts pour avoir l’avis des enseignants sur ce problème se sont révélés vains. Pour le patron du centre de rédaction sis à Parana, les étudiants s’adonnent à cet exercice parce qu’ils n’ont pas les documents nécessaires et les outils informatiques pouvant les aider. Un argument à prendre avec pincettes. Sinon, comment comprendre que celui qui n’a pas les moyens de payer un ordinateur portatif, outil très indispensable pour la rédaction des mémoires, en trouve pour payer des rédacteurs ? De plus, l’accès aux bibliothèques de la place est gratuit pour la plupart. Quant à Gédéon Assogba, étudiant en Allemand, la raison est tout autre. C’est le manque de suivi et de rigueur dans le travail, car, à l’en croire, « certains étudiants négligent la rédaction de mémoire quand ils trouvent un job ». Il sied aussi de relever que cette pratique prend des ailes parce que les entités de formation n’assument pas les travaux de recherches des étudiants. En effet, les entités se contentent de recevoir les mémoires et thèses sans pour autant s’intéresser à comment l’étudiant y est parvenu. Et bienvenue les déconvenues comme le plagiat.

C’est l’heure de sonner les cloches !

La lutte sans merci contre les faux diplômes doit s’étendre à cette problématique de rédaction de mémoires. Car, d’après un enseignant du département de Biotechnologie végétale à la FAST, l’étudiant qui se familiarise avec cette pratique doit être découragé. « C’est un diplôme mal acquis, une tricherie, une contre-performance voire un faux diplôme », a-t-il avoué. Pour mettre fin à cette pratique, qui fait montre de l’incompétence tant décriée par le gouvernement, le professeur a jugé bon de bénéficier d’un coup de main, mais pas d’aller jusqu’à confier le travail à quelqu’un. Aussi, est-il recommandé aux étudiants de chercher la faisabilité des sujets à choisir et de prendre conscience que le travail de recherche de rédaction de mémoire est individuel. Quant aux enseignants, les étudiants demandent un peu plus d’attention de leur part.

Taïwo Ayola ONIONKITON et Alban Tchalla (Stag)



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