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REFORME DANS L’ATTRIBUTION DES ALLOCATIONS UNIVERSITAIRES : L’avènement d’une nouvelle hydre

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Par un décret pris en conseil des ministres le 10 mars 2017, le gouvernement béninois a défini de nouvelles normes d’attribution des bourses et secours aux étudiants. Un décret à polémique dont l’arrêté d’application est déjà en vogue. À y voir de près, si la prise de cette décision laisse transparaître une volonté de réformer le secteur de l’enseignement supérieur béninois, elle semble entretenir un mal : celui du sabotage de l’intérêt de l’étudiant et de la promotion de l’excellence au détriment de la restructuration d’un secteur alors que cela y accentue le mal vivre.

En 49 articles, le nouveau décret référencé 2017-155 du 10 mars 2017 portant critères d’attribution des allocations d’études universitaires est clair : l’obtention d’une moyenne de 11,51 lors du passage en année supérieure ne garantit plus une bourse universitaire à un étudiant qui ne bénéficie pas de cette faveur dès son bac. Aussi, le processus d’attribution de cette aide apportée à l’étudiant fonctionne, à compter de la prise de ce décret, par sélection et par quota, « selon la disponibilité budgétaire de l’État ».

Ainsi, contrairement à la norme appliquée jusque-là, sont désormais boursiers ceux que l’Etat peut et veut prendre en charge, puisque ceux-ci doivent être sélectionnés selon les priorités accordées à une filière de formation ou non. C’est dans cet ordre d’idée que l’arrêté portant application dudit décret prévoit sur un effectif de plus de 100 mille étudiants pour l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), seulement 1021 bourses d’études universitaire.

Et par rapport aux priorités, c’est la Faculté des sciences et techniques (Fast) qui s’en sort gagnante avec 200 bourses. Suivent alors les autres facultés, instituts et écoles où le plus fort quota est de 95 et le plus faible d’un seul étudiant. Dès lors nait un malaise, celui afférent à la suspension d’une source de motivation de l’étudiant à l’excellence. La question de la discrimination d’une catégorie d’étudiants au profit d’une autre et le mobile du désintérêt à la promotion de l’excellence prend de l’ampleur.

Encore qu’à propos de la question du quota, aucune règle n’est fixée pour identifier les étudiants qui seront pris en compte, jusqu’au moment où nous mettons sous presse ce sujet.

Du deux poids, deux mesures

Pendant que les étudiants lambda subissent un tel traitement, ce n’est pas le cas pour les fils de diplomates qui, grâce aux dispositions du nouveau décret, bénéficient d’un traitement spécial.  Leur scolarité est assurée par l’État, quelque soit la moyenne et, la bourse leur ai attribuée juste à la demande. C’est fort de cela que, les enseignants, réunis en assemblée générale le 25 janvier 2018, ont tôt décrié le fait et inscrit dans leur motion revendicative le pan de l’attribution des allocations universitaires aux étudiants.

Par la voix d’un de leur représentant, le docteur Julien Gbaguidi, secrétaire général du syndicat national des enseignant-chercheurs et chercheurs (Snecc), le corps enseignant s’est intéressé au débat lié aux nouveaux critères d’attribution. Pour l’occasion, ils n’ont pas manqué de mots pour critiquer cette nouvelle norme puisqu’ils y voient « une promotion du désert de compétence » en ce sens qu’elle vient détruire la motivation de l’apprenant à s’investir dans les études et obtenir de bons résultats afin de bénéficier desdites allocations.

Dans la même logique, les étudiants ne sont pas restés muets.  Ils manifestent déjà leur désaccord avec cette réforme qui constitue l’un des points majeurs de leur  motion de grève de 72h, lancée le 6 février 2018 et toujours en cours.

Acharnement !

Des différentes considérations, tout porte à croire que le régime en place veut mettre à mal le climat de quiétude dans les universités. En effet, après l’épineuse situation non encore résolue de la suspension du droit d’association, c’est un nouveau coup de massue qui est asséné à la masse estudiantine.

A propos, considérant d’une part, que la moyenne au bac se calcule sur l’effort fourni pendant juste 3 jours d’évaluation de plusieurs mois de cours, nonobstant les aléas possibles participant à la disgrâce ou à la mauvaise prestation de l’apprenant, on se demande bien s’il faille refuser au bachelier qui arrive à décrocher une bonne moyenne à l’université après une piètre performance à l’examen, son droit à une allocation.

D’autre part, au vu de l’avantage accordé aux fils de diplomates par rapport aux simples étudiants (Chap. 4 du décret), on se demande si l’intérêt du plus démuni, qui est inscrit dans une université publique et qui doit désormais être sélectionné avant de bénéficier d’une allocation pourtant garantie par l’UNESCO, préoccupe le gouvernement.

À y voir de près, malgré que la loi N° 2003-17 du 11 novembre 2003 portant orientation de l’éducation en République du Bénin en l’alinéa 2 de son troisième article dispose qu’ «  une plus grande attention doit être accordée à l’éducation des jeunes filles, des personnes et enfants en situation difficile, des enfants des zones déshéritées et des groupes vulnérables » et que plus loin, en son article 5, la même loi dispose que « l’école doit combattre la médiocrité (…) en sauvegardant l’égalité pour tous », l’on a l’impression d’être en face d’une promotion d’inégalité en violation de la disposition consacrée par  la constitution béninoise du 11 décembre 1990 en son article 26.

La politique de la réforme de l’enseignement supérieur par Attanaso et compagnie semble mal fiscéler et a l’air d’un complot ourdi contre les étudiants. Il faudra donc repenser tout ceci pour ne pas accroître les frustrations en voulant trop serrer la ceinture.

Luc Antoine AMEGNISSE



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


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