Odile ATANASSO

REFORMES DANS L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU BENIN : Les soubresauts d’un ‘’Bénin révélé’’ éclopé

94
La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Marie Odile Attanasso, a été reçue sur l’émission ‘’90 minutes pour convaincre’’ le dimanche 29 octobre 2017 afin d’éclairer l’opinion publique sur les réformes en cours dans l’enseignement supérieur. A analyser les déclarations faites sur l’émission, la gestion hasardeuse dudit secteur règne en maître.

Le gouvernement de la rupture dans la vision de redynamiser les différents secteurs de développement du pays a mis en place depuis sa prise de fonction, nombre de réformes. Mais du côté de l’enseignement supérieur, beaucoup de contradictions et d’embrouillaminis sont le vécu quotidien des étudiants.

Teintées d’incommodités, les décisions jugées très souvent d’« anti-sociales » par les étudiants des universités publiques du Bénin, sont très loin de s’arroger un trophée de bienfaisance. Pour mémoire, lors du lancement de la rentrée universitaire 2017 – 2018, la première autorité dudit département confiait qu’«…à partir de cette rentrée 2017-2018… le Bénin rentrera dans la phase de suppression de la gratuité et d’application des frais d’inscription fixés dans l’espace UEMOA, soit 25 000 FCFA pour le 1er cycle, 50 000FCFA pour le second cycle et 75 000FCFA pour le 3ème cycle… ».

Au lendemain de cette déclaration, des langues se sont déliées sans doute, du fait des incohérences qu’elle contient quant à l’idée de l’uniformisation dans l’espace UEMOA. Contre toute attente, à moins d’un mois après cette annonce, la ministre ravale sa déclaration et affirme que ladite décision est « encore en débat » et qu’elle n’est pas encore applicable.

A analyser le sérieux et l’esprit professionnel qui devrait faire le for d’une institution étatique, de surcroît celle chargée de l’enseignement supérieur, on se demande le motif de la première déclaration si la ministre Attanasso revient avouer que la décision est « en débat ». Peut-on improviser pour ce qui écorche la sensibilité des populations, surtout de la jeunesse à ce point ? L’inconstance dans laquelle fait vivre l’Etat reflète l’amateurisme en vogue dans la gestion du secteur l’éducation supérieur.

A point de vue, il est à croire que le gouvernement Talon s’accommode mieux avec les décisions hasardeuses tout en reléguant au dernier rang le social et ignore les réalités que vivent les étudiants des universités du Bénin. Sans oublier bien sûr les géniteurs de ces derniers, qui pour faute de moyens, n’arrivent pas à leur venir convenablement en aide.

Par ailleurs, pour en venir aux conditions d’études, depuis toujours, les étudiants ont reçu les cours dans des conditions en contradiction à la modernité tant chantée. La question d’insuffisance d’amphithéâtres pour les cours  demeure ; celle de l’inexistence de moyens logistiques pour assouvir les recommandations du système Licence-Master-Doctorat (Lmd) qu’a adopté l’université sans pouvoir concrètement le réalisé en est encore une autre.

L’imbroglio de trop

 Reçue dans l’émission ‘’90 min pour convaincre’’ sur la radiodiffusion nationale le dimanche 29 octobre, la ministre Attanasso a plus que jamais embrouillé les cartes. En effet, contre toute attente, elle a annoncé que le décret se rapportant aux attributions des allocations universitaires a été revu ; une révision qui supprime désormais l’obtention de bourses universitaires aux étudiants avec 11,51 de moyenne pour passer en année supérieur.

A la lumière de ces dires, pour bénéficier dorénavant d’une bourse il faut l’avoir obtenu au Baccalauréat. « Ce n’est plus l’autre système où vous entrez non boursier à l’université, vous passez avec 11,51 de moyenne et vous avez la bourse ». C’est à dire que la possibilité d’obtention d’une bourse en cours du cursus universitaire est en train d’être ou est tout simplement supprimée.

À l’en croire, pour bénéficier désormais d’allocations universitaires durant tout le premier cycle, il faut être boursier depuis l’examen du Bac. Autrement, l’ancien système qui permet à tout étudiant n’ayant pas la bourse à l’entrée à l’université, d’en avoir au cours du cursus universitaire s’il arrive à passer en classe supérieure avec 11,51 de moyenne ne sera plus de règle avec le décret qu’envisage prendre le gouvernement.

Raison! Pour justifier cette ‘’fameuse’’ réforme, le gouvernement, puisqu’on le voit à travers le ministre Attanasso, argue l’argument selon lequel ledit décret sera pris pour pallier aux problèmes « d’insécurité et du retard dans l’attribution des allocations universitaires et permettra d’avoir une vue globale plus rapide du secteur, une planification scientifique et opérationnelle pour l’État et un bon encadrement des boursiers depuis la  première année ».

Attanasso loin des réalités

 Analysant les réformes annoncées par l’autorité, et les comparant aux réalités socio-économiques du pays, les arguments avancés trainent de réelles carences et peinent à persuader quand on sait d’une part, que très peu sont ces bacheliers qui obtiennent de bourses à l’examen du Bac. Quoiqu’il est vrai que des bacheliers bénéficient des allocations, il est claire que l’effectif est très loin des milliers d’étudiants qui arrivent à obtenir une bourse ou secours les aidant à satisfaire financer à la mesure du possible leurs études.

A s’en tenir à ladite réforme, il est important de notifier que l’enseignement secondaire public regorge de beaucoup d’inappétences. Très peu de meilleures performances sont obtenues du public à l’issue des différents examens. Se référant à cette sphère de l’éducation béninoise où les minimes bacheliers qui obtiennent les bourses à l’examen du baccalauréat proviennent quasiment tous des établissements privés. A l’issue de l’examen du Baccalauréat 2017 au Bénin, plus de 80 % viennent des écoles privées.

Sur les 80 meilleures lauréats ayant en même temps la bourse, seulement 14 viennent des différentes écoles publiques du Bénin et les autres 66, des privées. Ceci pose d’emblée la problématique d’un enseignement public béninois pauvre de résultats. Même si l’université « l’université ne devrait pas être une obligation pour tout le monde » d’après la ministre Attanasso, est-ce une raison pour obstruer la voie de la connaissance à ces jeunes âmes ?

Mieux, si les régimes précédents avaient développé de ces postulats, serait-on à ce jour en mesure de compter des technocrates et autorités même si parlant de technocrates, la rareté est à constater ? N’est-ce pas à l’avenir que pensait le général Mathieu Kérékou quand il faisait assurer par l’Etat la subvention du cursus de nombre d’universitaires et autorités ? S’il était un instant vrai que l’université n’est pas faite pour tout le monde, que fait l’État pour permettre à ceux qui ne devraient pas se retrouver dans ce milieu de pouvoir gagner leur pain au quotidien ? Combien d’établissements professionnels publics a-t-il érigé pour détourner ceux-là des longues études à universitaire?

Quid de l’harmonisation dans l’espace Uemoa?

 De mémoire, à l’occasion du lancement de la rentrée universitaire 2017-2018 le lundi 02/10/2017, la ministre, pour justifier les réformes entreprises dans l’enseignement supérieur a argué l’harmonisation dans l’espace Uemoa. Hélas Il s’agit d’une pure rhétorique car dans la réalité la désharmonie impose sa règle.

Pour preuve, sous d’autres cieux, au Togo précisément, l’État garanti l’allocation à tous les bacheliers sans distinction aucune, les permettant ainsi de payer les frais d’inscription et autres frais pour le suivi des études supérieures.  En Côte-d’Ivoire, en dépit du fait que l’Etat a à sa charge 70% des frais de scolarité des étudiants, les allocations leurs reviennent sans aucune prétention de leur suspension. Au vu de ses analyses, il y’a de quoi s’inquiéter de cette réforme qui, à coup sûr, viendra accentuer les peines des étudiants voire les détourner du chemin du savoir.

Les têtes pensantes du monde de l’éducation doivent désormais chercher autres solutions pour pallier ce retard dans l’attribution des allocations universitaires car l’encouragement du mérite doit être fait sans distinction.  Autant de réformes, qui mises bout à bout frôlent un acharnement contre la couche estudiantine. Il est vrai qu’il faut essayer de trouver des solutions aux problèmes qui minent l’enseignement supérieur mais il ne faut pas pour autant essouffler la couche estudiantine. Encore que toutes ces réformes pris en un ensemble constituent une violation de l’article 13 de la constitution du 11 décembre 1990 qui stipule que « L’Etat pourvoit à l’éducation de la jeunesse par des écoles publiques (…) L’Etat assure progressivement la gratuité de l’enseignement public ».

Donc toutes ces suppressions et augmentations continues sont en contradiction notoire avec le devoir de l’État de tendre vers une gratuité progressive de l’enseignement. Il serait donc plus raisonnable que l’Etat se mire dans les textes de la République que détaler la gestion mi-figue mi-raisin du secteur.

 

Astide MICHAÏ &  Taïwo ONIOKITON (Stag)



Créé en novembre 1988, LE HERAUT est le tout premier journal des étudiants du Bénin. Informer, former, éduquer et divertir les membres de la communauté universitaire et la nation, tels sont les buts essentiels de ce mensuel. Pionnier dans la naissance et la floraison d’une presse privée libre et plurielle au Bénin, Le HERAUT fait office de lieu de baptême pour nombre des grandes plumes de la presse nationale et d’école de journalisme par défaut pour qui sintéresse au métier. Membre du Carrefour International de la Presse Universitaire Francophone (CIPUF) et initiateur de l’Union des Presses Universitaires Francophones de lAfrique de l’Ouest (UPUFAO), LE HERAUT a un lectorat potentiel de plus de cent mille étudiants (100.000) étudiants répartis sur tous les campus universitaires du Bénin. Le Héraut est entièrement conçu et réalisé par des étudiants venus de divers facultés, instituts ou écoles.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *