Un billet de 500FCFA usé

REFUS DES PIÈCES ET BILLET USAGÉS AU BÉNIN : Un obstacle à la circulation de la monnaie

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Unité de mesure de valeur conventionnelle utilisée dans les échanges commerciaux, la monnaie malgré son caractère institutionnel, puisqu’émise par une institution officielle, est sujette à plusieurs polémiques lorsqu’elle acquiert un aspect vétuste. Et si cet état de choses est remarquable dans les habitudes dans la plupart des pays en Afrique, au Bénin, il est aussi criard. Une pratique qui a des incidences bien négatives sur les échanges commerciaux.

Dans les lieux de grands échanges tels les marchés ou autres lieux publics au Bénin, il est un secret de polichinelle que le commun des commerciaux refuse systématiquement tout échange lorsque le client tend une pièce de monnaie limée ou un billet de banque assez usé. Au pire des cas, ce sont des injures qu’écope ledit client lorsqu’il se lance dans une tentative d’insister. De Tokpa et St Michel à Cotonou en passant par Ouando à Porto Novo sans oublier le marché Azèkè à Parakou, il est bien connu de tous, telle une loi, qu’on ne peut se risquer à tendre une pièce « gâtée » à une quelconque personne. Commerçant, fonctionnaires, cadre ou étudiants sont donc confrontés au rejet des billets et monnaies de banques pour  motif de vieillissement. À preuve, au cours des échanges commerciaux et transactions  bancaires, les billets de banques et monnaies qui présentent un aspect relativement  vieux sont systématiquement rejetés dans les boutiques, les gares routières, les stations et  dépôts de vente. C’est dans ce contexte qu’énumérant ses critères avant la réception de toute monnaie, Suzane Amoussou, commerçante de produit pétrolier au marché Ouando dans le département de l’Ouémé, confie que les écritures en bordure des pièces doivent être lisibles pour attester de la « validité de la monnaie », sinon elle ne saurait les accepter. Une situation qui n’est pas sans frustrer les victimes. Christian Davo une victime, livre : « j’ai à plusieurs reprises été victime du refus de la monnaie. Surtout que nous sommes dans un pays où les gens ne reconnaissent pas la valeur de l’argent. J’avoue que J’ai été beaucoup frustré ».

À la source

Si les uns et les autres, la plupart du temps, rejettent les monnaies usagées, c’est essentiellement parce qu’ils craignent ne pas pouvoir profiter de la valeur de ladite monnaie. Suzane Amoussou, la commerçante citée ci-haut dit toute sa crainte : « à ce que je crois, les pièces usagées perdent leurs valeurs et ne sont plus utilisables. Il faut que ces pièces possèdent tout leur signe distinctif avant de pouvoir les dépenser. » Étant donné que sur le marché, la plupart des personnes refusent ces monnaies, leur écoulement devient un réel casse-tête. Ceci qui ne manque pas d’être un goulot d’étranglement pour les échanges commerciaux. Au nombre des inconvénients de ce phénomène, en premier lieu, le désagrément moral. En effet, refuser de l’argent à un individu qui veut satisfaire ses besoins commerciaux  pourrait choquer. C’est justement par rapport que la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dans un communiqué de presse le lundi 21 septembre 2016 a interdit tout rejet des pièces de monnaie aux différents usagers. C’est encore dans cette même optique qu’Anne Marie Gnacadja étudiante en banque et finance  à la Haute École de Commerce et de Management (HECM) invite l’État à sensibiliser la population sur la question.  Masmin Attemenou, économiste et spécialiste des questions de monnaies n’a pas cependant hésité à exhorter  lui aussi  les autorités à multiplier les sensibilisations. Car l’émission de la monnaie coûte  très cher aux Nations. Le refus des pièces et billets usagers est un handicap à la circulation de la monnaie et au développement socio-économique des nations. Il est peut-être temps que les autorités monétaires pallient la situation.

Jean-Carbin ADJANOUKOUN & Pancrasse GANDAHO (Stags)   


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