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STYLE VESTIMENTAIRE DANS L’ADMINISTRATION BENINOISE : Le local effacé, l’ailleurs gagne du terrain

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Si les tenues locales sont une réalité patente du patrimoine culturel de chaque pays, leurs ports dans l’administration béninoise restent une évidence à régression constante au grand dam des tenues occidentales. Une pratique qui n’est pas sans incidences sur le visage socio-culturel du pays quand bien même elle est en majeure partie imputable à la déontologie qui régit telle ou telle entreprise.

Se vêtir est une nécessité, encore plus dans le travail quotidien. Mais force est de constater que le style vestimentaire caractéristique du personnel de l’administration béninoise se résume aux chemises sur pantalon prêt-à-porter, blue jean, lacoste, costumes et autres tenues du même ordre pour ne pas dire occidentales.

Sous la pluie comme sous le soleil, dans la chaleur comme dans la fraicheur, ils endossent ces tenues pour la plupart occidentales pour aller vaquer à leur tâche quotidienne au point même d’en faire une habitude vestimentaire. Seul un nombre négligeable opte encore pour les tenues locales tels que le « bomba », le « prêt le corps », le « danchiki » pour ne citer que celles-là.

Claude Robert, un promoteur d’entreprise estime que le port des tenues occidentales est un réflexe auquel il s’est habitué pour son boulot. Il en est de même pour Joyce Hougninon, agent commerciale du réseau mobile Mtn, qui déclare : « Nous portons des tenues françaises pour notre travail presque tous les jours sauf le vendredi ».

A se référer à son explication, il leur est loisible de s’habiller à la traditionnelle seuls les vendredis et les jours fériés. Ainsi dit, l’on est bien tenté de se poser des questions sur les raisons qui justifieraient cette habitude vestimentaire.

Des raisons versicolores

 Elles sont nombreuses les raisons qui sous-tendent cet état de chose. Pour celles imputables aux employeurs, ce choix vestimentaire répond au besoin de conformité des normes qui régissent le fonctionnement de leur entreprise ou service. Pour preuve, Herman, chef service commercial du groupe SITRAC/Pantagruel sis à Calavi, affirme que la tenue locale comme le bomba est inappropriée pour un entretien d’embauche voire inacceptable dans son service.

Du côté des employés, outre le fait que ce soit une condition du travail exigé, il s’agit notamment d’une question de goût, d’habitude, du choix vestimentaire et du regard de la société. L’autre volet sur lequel il importe de porter l’attention est celui de la méthode de fabrication des tenues.

Pour sa part, Claude Robert constate un certain inconfort dans le port de la tenue locale. Il reconnait que les pays occidentaux respectent un certain nombre de normes dans la fabrication de leurs tenues pour que celui qui les porte se sente à son aise. Une réalité partagée par le sociologue Dénis HODONOU qui précise néanmoins que tout ce qui vient de l’extérieur ne vaut de l’or. Toutefois, pour l’entrepreneur et le sociologue, les causes réelles de cette adoption notoire des tenues occidentales remontent dans l’histoire.

 A l’origine, colonisation et acculturation

 Tout est parti du fait que la France a conquis le Dahomey et en a fait une propriété privée. Dès lors, tout ce qui se faisait en France s’érigeait en modèle à suivre par le Dahomey, actuel Bénin, d’après les explications de Claude Robert. Par conséquent, cet attachement poussé aux tenues occidentales dont fait preuve l’administration béninoise d’antan et d’aujourd’hui est le fruit du mimétisme servile qui avait caractérisé les Dahoméens durant l’époque coloniale.

Une réflexion sur laquelle s’accorde également le sociologue Denis HODONOU. Et d’après les analyses de ce dernier, à l’allure où vont les choses, l’usage du local se fera rare au Bénin. Résultat, la probable perte d’une partie importante de sa richesse matérielle. Abordant l’aspect socio-culturel de la chose, il affirme que le Bénin, par ce fait, n’est plus alors détenteur d’un mode vestimentaire propre à lui, si ce n’est que du suivisme.

Le non-usage du local, selon Claude Robert, plonge le pays dans un retard économique considérable car « un pays qui importe est un pays sous développé mais un pays qui exporte est un pays émergent » précise-t-il. D’un autre point de vue, « ce désintéressement prête matière à la perte progressive de l’identité culturelle de chaque Béninois, d’une culture qui aura du mal à prendre son envol et s’exportée ailleurs sous d’autres cieux » se désole ce dernier.

La situation est tout aussi préoccupante dans les universités en l’occurrence à Abomey-Calavi où les impétrants pour leur soutenances n’ont d’yeux que pour les costumes. On aurait cru qu’il grandit et valorise le porteur même s’il y des pagnes locaux qui coûtent bien plus cher que ces costumes par moment. Pour justifier le fait, certains font croire que c’est une mesure sine qua non pour soutenir. Une allégation que Léon Bani Bio Bigou, ancien secrétaire général de l’Uac rejette en bloc au cours d’un entretien avec des journalistes il y a trois ans. : « A ce que je sache, aucun arrêté n’a institué le port systématique de costume pour les soutenances à l’UAC. Et pourtant, c’est la chose la mieux partagée.

Le marché béninois et ses artisans en souffrent énormément.  Il est donc nécessaire de redorer le blason des tenues locales en favorisant leur insertion dans l’habitude vestimentaire de l’administration béninoise bien que  l’initiative selon laquelle le vendredi serait désigné pour porter le local dans l’administration mérite d’être saluée. On ne peut se développer en s’appuyant sur les valeurs d’autrui.

 

Raymond AMEGAN (Stag)



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