SUSPENSION DE L’ELECTION DES RECTEURS ET ASSIMILES DANS LES UNIVERSITÉS PUBLIQUES DU BÉNIN : Come-back à craindre ou réforme de rigueur ?

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Après la réforme opérée dans le rang des organisations estudiantines à caractère syndical en vue de leur réorgani-sation, le gouvernement de la « Rupture » s’intéresse désormais aux modes de fonctionnement et de désignation des autorités des universités publiques du Bénin. Ainsi, par décret no2018-441 du 20 septembre 2018 portant me-sure transitoire à la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance des universités publiques, l’élection des recteurs, vice-recteurs et assimilés vient d’être suspendue. Mais à bien des égards, l’on est tenté de se demander si cette déci-sion du gouvernement de Patrice Talon ne présage pas à l’horizon, un retour du système de nomination qui préva-lait avant l’année 2006, dans les universités nationales béninoises.

Acquise, il y a de cela une douzaine d’années, et ce, grâce à de rudes luttes, l’élection des recteurs et assimilés dans les universités publiques nationales du Bénin devra s’interrompre en attendant les nouvelles dispositions du Conseil national d’éducation (Cne). Un conseil dont l’installation est prévue pour fin décembre ou janvier 2019. En effet, par décret n°2018-441 du 20 septembre 2018 portant mesures transitoires à la mise en œuvre de la réforme de la gouvernance des universités publiques du Bénin, l’élection des recteurs, vice-recteurs, membres élus de Conseil d’administration d’Université, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints est suspendue jusqu’à l’examen des nouvelles normes de gouvernance des établissements publics d’enseignement supérieur par le Cne. Une décision qui permettra à ce Conseil de définir les normes désormais applicables dans le secteur. Selon l’article 1er dudit décret, les dispositions de l’article 19, 24, 27, 31, 33, 34, 39, 39 et 44 du décret N°2016- 638 du 13 octobre 2016 relatives à l’élection des recteurs, vice-recteurs, membres de conseil d’administration d’université, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints d’unité de formation et de recherches des universités nationales du Bénin sont suspendues. Pour ce qui touche l’article 2 dudit décret, les recteurs, vice-recteurs, membres de conseil d’administration d’université, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints dont les mandats sont à terme sont à titre transitoire maintenu à leur poste.

Des vagues de contestation

La suspension de l’élection des recteurs et assimilés dans les universités publiques du Bénin est diversement appréciée par l’opinion publique. Pour preuve, elle n’a pas reçu l’assentiment de l’Intersyndicale des enseignants des Universités nationales du Bénin qui est montée au créneau pour donner de la voix. Ceci à travers un communiqué rendu public le mercredi 31 octobre 2018 et dans lequel elle fustige la décision gouvernementale et appelle par la même occasion, la communauté universitaire à la vigilance pour la préservation des acquis fondamentaux obtenus au prix de lourds sacrifices et de hautes luttes notamment  la démocratisation au sein des Universités du Bénin. De même, les organisations estudiantines à caractère syndical n’entendent pas rester indifférente face à une telle mesure. Approché, Alimi Gounou, président de la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) estime que cette option qui tend peut être vers la nomination des recteurs, et assimilés est pour sa part « rétrograde » et ne peut en rien avancer la gouvernance des établissements publics d’enseignement supé-rieur. Et comme ces deux intervenants, plusieurs sont les universitaires qui marquent de leur opposition, cette décision.

Election et nomination : pour quel aboutissement ?

Avec cette décision du gouvernement, le Cne, dont l’installation est prévue pour fin décembre ou janvier 2019, pourra avoir le temps nécessaire de définir les normes désormais applicables dans le secteur. Mais toute analyse bien faite, et peu importe l’examen de la nouvelle gouvernance des établissements publics d’enseignement supérieur, l’on parviendra forcément à deux issues possibles : l’élection et la nomination. Mais qu’en est-il de chaque option dans le contexte actuel et à quelles implications aboutira-t-on avec une ou l’autre ? D’une part, l’article 3 du décret gouvernemental stipule que « Le présent décret, qui prend effet pour compter de la date de sa signature, abroge toutes dispositions antérieures contraires. » Autrement dit, l’arrêté n°2018-593/MESRS/DC/SGM/CT-AAPDS/SA/059SGG18 du 19 septembre 2018 portant organisation des élections des doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints des unités de formation et de recherche (UFR) des universités d’Abomey-Calavi et de Parakou vient d’être vient abroger. Ce qui suppose que le système électif gouvernant, depuis 2006, la désignation de ces autorités universitaires n’est plus une question d’actualité. Un fait qui ne voudra pas dire que son retour n’est pas probable. Considéré sous cet angle alors, devra-t-on, si les élections sont reconduites, les réorganiser ? La question reste suspens. Puisque, à se rendre à l’évidence des faits, son adoption est le fruit d’une lutte acharnée entre le pouvoir exécutif d’alors et les enseignants des universités publiques du Bénin. Donc s’avérant comme un acquis fondamental obtenu au prix de lourds sacrifices. Cependant, si on suspend, d’autre part, l’élection de ces dirigeants universitaires, serait-ce pour l’instituer à nouveau ? Répondre à la négative amène alors à s’interroger à nouveau sur l’opportunité d’un retour au système relatif à la nomination. Or, il est connu de tous que pour un poste nominatif, les bénéficiaires sont prêts à remuer ciel et terre pour agrandir la joie de leur supérieur hiérarchique au grand dam des intérêts du peuple souverain au risque de se voir éjecter du circuit. Un fait prêtant main-forte à l’ingérence de la politique, la promiscuité et autre facteur du même acabit dans l’enseignement.

La nomination, probable source conflictuelle ?

Examen de la nouvelle gouvernance des établissements publics d’enseignement supérieur. C’est répondant à cet objectif que cette mesure gouvernement est venue à exister. Toutefois, si après son installation, le Conseil national d’éducation se résout à concilier nomination et désignation des recteurs et assimilés dans les universités publiques du pays, l’université peut ne pas en bénéficier en termes décisionnels et d’objectivité. Puisque dorénavant, toute décision prise par les nommés devra transiter par les autorités tutélaires  afin d’être validée ou non. Et ce, en raison de son caractère salvateur au risque de voir son auteur éjecter de son fauteuil. Autrement dit, ce mode de désignation semble être porté par une probable mainmise sur la gouvernance  des universités nationales du Bénin. Tout en reconnaissant qu’aller à des interprétations aujourd’hui à propos de cette mesure, c’est vite allé en besogne, Yedomonhan Hounankpon, vice-doyen de la Faculté des sciences et techniques de l’UAC, estime que  nommer les responsables devant chapeauter les entités des universités n’est pas judicieux. « Désormais, si c’est le gouvernement qui devra nommer les recteurs et autres responsables universitaires, ça suppose que ces derniers devront toujours faire allégeance au gouvernement pour quoi que ce soit. Ils n’auront plus la liberté de diriger nos universités comme cela se doit. » Complète Alimi Gounou, président de la Fneb. Un fait qui peut être source de conflit, de mouvements de grève, de discorde entre les différents acteurs du sous-secteur vue le combat rudement mené pour décrocher la démocratisation dans ces hauts lieux de savoir du pays. Dès lors, les universités publiques du Bénin prendront un coup et pourront être chutées en matière de rendement en distinctions internationales vues que c’est grâce à cette démocratie acquise que l’université nationale du Bénin, Uac, a engrangé bon nombre de trophées aussi bien dans la sous-région qu’à l’international. Eu égard à tous ces argumentaires, il faudra que l’examen de la nouvelle gouvernance des établissements publics d’enseignement supérieur par le Cne soit fait en rapport aux réalités qui gouvernement le sous-secteur. Ceci pour le bonheur de tous.

 

Anselme CODJO



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