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SUSPENSION DU MOUVEMENT ÉTUDIANT : Déboutée, la Rupture rejette un Nouveau départ

 

En plus de la vacuité d’actions pour révéler la jeunesse béninoise au monde entier, avec le régime de la « rupture » de Patrice Talon, Président de la République du Bénin, apparemment, tout bouge pour que rien ne change. Environ deux ans après le fameux décret attentatoire aux libertés en milieu universitaire, la collaboration État organisations estudiantines, les subventions des activités desdites organisations sont toujours en mode « rupture », sine die en faveur de la politique de surdité développée au sommet de l’État et ses démembrements. N’en déplaise à la Cour Constitutionnelle, ruse et rage dictent leur loi.

Alors qu’il s’était convaincu de ce que son pays (le Bénin) est un « désert de compétence », malheureusement, le maître de chœur à l’improviser ne ménage aucun effort pour montrer son «inconnaissance» des enjeux cardinaux et inévitables pour bâtir une société nouvelle ; une société où la jeunesse, majoritaire, est capable d’une myriade de progrès.

L’Université d’Abomey-Calavi, à travers les organisations estudiantines qui la composent, fléchie sous le poids de cette évidence depuis bientôt deux ans. En effet, depuis la crise qu’a connue l’Uac en 2016, laquelle a servi de tremplin à la rude décision du 05 octobre 2016 du régime Talon interdisant les activités des mouvements et associations d’étudiants dans les quatre universités du Bénin, les institutions estudiantines qui se sont donné comme devoir d’« aider la masse estudiantine à préciser sa personnalité, ses talents » par des formations adaptées, souffrent le martyre.

Et pour cause, si de par le passé, lesdites institutions étaient accompagnées par les pouvoirs qui se sont succédé, le président Talon et sa cohorte, malgré le « non-lieu » prononcé par la Cour Constitutionnelle quant à leur ambition d’attenter aux libertés en milieu universitaire, tiennent mordicus à la réorganisation du mouvement étudiant avant tout propos.

Le manifeste de l’ingérence

Au lendemain de la décision de la Cour Constitutionnelle, c’est le «décret n° 2017- 485 du  02 octobre  2017 définissant  les  modalités de  collaboration  des organisations  estudiantines  avec  l’État  et  les autorités  des universités  publiques  en République du Bénin» qui est brandi auxdites organisations. Toute chose qui va contre la loi 1901 et confirme le désir manifeste d’intrusion du gouvernement dans le fonctionnement des associations de jeunesse en République du Bénin et viole une nouvelle fois les dispositions prévues par le législateur.

En quintessence, l’article 2 dudit décret stipule que « dans le  cadre  de  leurs  relations  collectives avec I‘Etat  ou  les  autorités  universitaires,  les étudiants  élisent  leurs  organisations  associatives  les  plus  représentatives. L’élection  a lieu  tous  les  trois  (03)  ans  au  niveau de chaque  université  publique et  au  niveau national».

Face à cette  ambition « non grata » près de la cible, les responsables étudiants n’ont manqué de marteler leur désaccord sur le dessein qu’ils jugent autocrate et hitlérien. À propos, Alain Nouho, président de l’Union Nationale des Etudiants du Bénin, a été clair ; « les étudiants ne sont pas prêts ni aujourd’hui ni demain pour cette captieuse fusion.

Nous prônons la diversité de penser et l’unité d’actions. Ce que nous faisons déjà», confie-t-il. Les présidents de l’Unseb et de la Fneb n’en disent pas le contraire.  Face à d’aussi nombreuses critiques et hostilités contre la réorganisation, on s’intéresse à la motivation de l’insensibilité du régime de la « rupture ». Environ deux ans après son accession au pouvoir, pourquoi Talon semble bégayer devant l’Histoire ?

Primauté du « moi » sur la « raison »…

S’il y a une raison qui justifie la désinvolture et l’indifférence du pouvoir en place à réhabiliter le mouvement étudiant, à tout point de vue, «le désir manifeste de la régence» en est une. Preuve, n’est-ce pas le même Patrice Talon, alors candidat à la présidentielle de 2016, qui confiait au cours de l’émission « Moi président » que : «…dans les petits pays comme les nôtres, ce qui permet à un président en exercice d’être réélu, c’est sa capacité à soumettre tout le monde.

Quand tous les députés sont à sa solde ; quand tous les maires sont à sa solde ; quand tous les élus locaux sont à sa solde ; quand tous les commerçants le craignent, sont à sa solde ; quand les partis politiques sont affaiblis, sont à sa solde, sa réélection est facile… » ? La pensée vaut l’acte dit-on.

Plus évident, rapprochant cette déclaration aux faits susmentionnés, il est davantage clair que le régime est en respect à la conviction de son leader pour qui, «ce qui permet à un président d’être réélu avec assurance… ce n’est pas son résultat ; …c’est la manière dont il tient tout le monde, la manière dont personne n’est capable de lui tenir tête, d’être compétiteur contre lui. Quand vous n’avez pas de compétiteur, vous avez beau être mauvais, vous serez réélu.».

Intégrant cette philosophie jupitérienne du président Patrice Talon, le doute se fait plus grand sur l’accompagnement réservé aux institutions estudiantines qui s’efforcent de faire des étudiants « des compétentes au service de la nation ».

Mieux qu’ « un désert de compétence »…

Le peuple béninois, en l’occurrence la jeunesse estudiantine, a toutes les aptitudes pour « révéler le Bénin » comme le chantent si bien les chantres de « La Rupture » refusant d’assumer un « Nouveau départ ».

Au vu des œuvres qu’accomplissent ces institutions mises sous embargo, au lieu de s’efforcer à les réduire à néant dans un système éducatif où l’on apprend aux étudiants qu’à théoriser, le soutien et la valorisation de ces institutions profiteraient bien à la nation afin de mettre sur le marché de l’emploi, de milliers de jeunes dynamiques et compétents.

D’ailleurs, il y a-t-il une gloire à tenir en respect un peuple qui a soif du développement ?  L’avenir des étudiants en dépend, celle de l’université également, et par ricochet le développement du Bénin.

 

Sylvestre DOSSA

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